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Le message arrive non souhaité par e-mail : pour les dix-huit
ans de Blanche-Neige, les sept nains, devenus coquins, lui préparent
une "grosse" surprise, promet un certain "hahaha@sexyfun.net".
Un clic sur le fichier joint, censé contenir une orgie de conte
de fées, et c'est la contamination : Hybris, un virus informatique
apparu en novembre, poursuit sa course sur le Net, d'ordinateur en
ordinateur. Les cas d'infection se sont multipliés dans le
monde, le propulsant notamment en tête du "top 10"
français du fabricant d'antivirus Trend Micro. Et il faudra
s'habituer à le recevoir dans sa boîte électronique
régulièrement, tout au long de l'année.
Pour éviter la contamination: ne pas cliquer sur le
fichier tentateur. A la fois mutant et à la propagation lente,
Hybris sort du lot des centaines de virus qui apparaissent chaque
année. Et mérite une dissection en règle. Un
virus brésilien... L'auteur principal d'Hybris est connu sous
le pseudo de Vecna. Il vivrait au Brésil, comme semblent
le confirmer les premières alertes, venues d'Amérique
du Sud. Dans le petit milieu des coders, il est considéré
comme "l'un des tout meilleurs", selon l'un d'eux. Assez
éloigné du profil du franc-tireur philippin à
l'origine de I Love You que personne ne connaissait avant son arrestation,
Vecna est connu pour ses dons en programmation de virus. Et sa sensibilité
à la quasi-mystique du genre, telle que décrite par
un autre coder : "Programmer un virus, c'est approcher l'émotion
de ceux qui, dans les légendes, créent de la vie partir
de rien : Frankenstein, le Golem." De fait, le virus mutant de
Vecna est l'un des plus aboutis qui soit. L'idée lui est venue
juste après la diffusion de Babylonia, un virus datant de décembre
1999 qui mutait lui aussi, en allant pêcher de nouvelles propriétés
sur un site web. Inconvénient : pour bloquer les mutations,
il suffisait de fermer ledit site. Illico, Vecna décide de
perfectionner l'idée avec un virus capable de se régénérer
sur un forum de discussions très couru : alt.comp.virus.
Au contraire d'un site web, impossible ici de couper la source des
charges virales : les forums sont répartis sur des centaines
de machines disséminées dans le monde, et il faudrait
toutes les arrêter en même temps. Le concept au point,
il lui faudra quasiment une année de travail et l'aide d'autres
coders pour accoucher d'Hybris. ... polyglotte... Blanche-Neige n'évoque
rien en Amérique du Sud. Pour se faire comprendre de tous,
Hybris peut donc s'adresser aux internautes en quatre langues : anglais,
français, espagnol ou portugais.
"C'est un virus semi-polymorphique, explique Marc Blanchard,
directeur du laboratoire de recherche de l'éditeur d'antivirus
Trend Micro. Il s'adapte à l'environnement de la machine infectée.
Quand c'est un ordinateur français, il se réexpédie
en français." Ainsi, si vous recevez Hybris d'un ami contaminé
de New York, vous avez droit aux aventures de SnowWhite. S'il habite
Arpajon, c'est Blanche-Neige. ... mutant... Les coders, les auteurs
de virus informatiques, ont toujours cherché à mimer
au plus près les comportements les plus pointus des virus biologiques.
Hybris est ainsi un mutant : une fois infiltré sur la machine
cible, il ne se contente pas de se reproduire et de se réexpédier
à d'autres internautes. Il se connecte via le Net sur des machines
lointaines contenant différentes charges virales mises à
disposition par son auteur : des plug-in, autant de fonctions différentes
modifiant son mode d'action et les dommages causés à
l'ordinateur contaminé. Aucun, pour l'instant, ne semble détruire
des données. C'est à peine si l'un de ces plug-in affiche
une spirale à l'écran. "Depuis quelque temps, on
recense une dizaine de virus de ce type, qui se servent du Net pour
modifier leurs propriétés", signale Pascal Lointier,
expert en virologie, qui les appelle des "virus communicants".
On est loin du rudimentaire I Love You : une fois lâché
sur le Net par son créateur, celui-ci ne changeait plus. Hybris
peut être contrôlé à distance par son auteur,
et ainsi muter sur commande : il suffit au coder de mettre à
disposition un nouveau plug-in, et tous ses rejetons dispersés
dans le monde se mettront à jour avant de continuer leur course.
Racontant peut-être cette fois l'histoire de Panpan le lapin
ou détruisant tous les fichiers des internautes. ... infectant
lentement.
En matière de propagation de virus, il y a le Blitzkrieg et
les stratégies plus douces, selon Spanska, l'auteur du virus
Happy 99, très virulent il y a deux ans. I Love You était
de la première catégorie : une fois parvenu sur la machine
infectée, il plongeait dans le carnet d'adresses et s'expédiait
tout seul à tous les correspondants de l'utilisateur. Hybris,
lui, une fois en planque sur le disque dur, surveille les e-mails
sortants. Puis s'expédie dans la foulée, à chaque
envoi. Résultat, alors que I Love You, parti des Philippines
début mai, avait semé le bazar sur les ordinateurs de
la planète en quelques heures, cette épidémie
se montre beaucoup plus lente : elle suit le rythme des envois de
e-mails des utilisateurs infectés. Certains internautes n'en
expédient que peu. D'autres arrosent : une mauvaise manipulation,
et les quelque 1 600 abonnés d'une lettre d'information du
site Internet Actu ont écopé d'Hybris dans leur boîte.
Repéré in the wild (dans la nature, selon le jargon
des coders) début novembre 2000 en Amérique du Sud,
la bête commence seulement ces temps-ci à toucher le
reste de la planète. Et devrait poursuivre sa course encore
de longs mois.
Spanska, adepte de ce rythme lent de diffusion, aimait ainsi à
recevoir dans sa boîte son propre virus Happy 99 des mois après
l'avoir lâché : "C'est un peu comme un fils perdu
qui rentre à la maison pour dire bonjour.".
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