langue corse


Textes de Piero Pietri

REGIONE CUNFINANTE

Serìa ghjuvèvule se qualchi studiu fussi fattu nant'à certe regione bislingue cume u Valle d'Aosta, l'Alsassia, l'Alto Adige etc..
Ste regione di fruntiere hanu a particularità di parlà una
lingua regiunale cumpresa in a sfera linguìstica di u paese
cunfinante :
I Valdostani (Valle d'aosta) di lingua francopruvenzale sò Taliani ; ma si sò resi contu che l'imparera di u francese l'aiutava à mantene u so vernàculu, e di più unn'eranu spaisati quand'elli francàvanu l'Alpe.
L'Alsassiani, essendu Francesi, hanu a so lingua regiunale chi è sumigliante assai à l'alemanu. Amparanu u tedescu ch'elli cunsidereghjanu forma scritta e sapiente di a
lingua alsassiana :
Cusì ammaestreghjanu duie lingue maiò d'Auropa e li si pare d'esse in casa soia ch'elli sìanu di quà o di là di u fiume Renu (rhin). Ponu cusì travaglià e campà sia in Francia, sia in Alemania, sia in Sguizzara.
A Còrsica ch'ùn vole micca assume a s'appartenenza à l'area linguistica taliana [dicenu chi u corsu hà sumiglianze dinù cù u spagnolu e cù u portughese (sic)] ; distante di 170 chilòmetri da Nizza, è sola sola in u mediterraniu, e e pruspettive per a nostra ghjuventù ne venenu ridotte assai..

 

 

 

Les propos sont de la responsabilité de l'auteur, mais le JSC en assume la diffusion

Pour franciser l'ile, il fallait expugner la langue italienne, agent conservateur de la corsitude:

Si la majorité des corses d’aujourd’hui ont une maîtrise imparfaite de leur langue, ce n’est sûrement pas de leur fait, et il n’y a aucune honte à éprouver si l’on a pas eu la possibilité de grandir dans un contexte de profonde corsophonie. Nous connaissons trop bien quelles sont les causes et qui sont les responsables de cet état de fait. Toutefois cette connaissance toujours plus approximative de la langue corse et une ignorance presque totale de la culture italienne (ignorance voulue, entretenue et soutenue par une précise volonté POLITIQUE de l’État français), ont permis la prolifération d’arguments propagandistes jacobins qui ne répondent à aucune vérité historique, de subsister dans les esprits de nombreux nationalistes de la Corse contemporaine, et d’into xiquer ainsi tout débat sur la langue corse.
Pour qu’un débat sur la langue se fasse sur "des bases saines", il est primordial TOUT D’ABORD de se débarrasser des malentendus, des inexactitudes, et des nombreuses altérations de la réalité historique que nous avons hérité de la propagande jacobine, à savoir

1 - LES DOMINATIONS PISANES ET GENOISES N’ONT JAMAIS ÉTÉ PERÇUES PAR LES CORSES DE CES ÉPOQUES COMME DES DOMINATIONS "ÉTRANGÈRES".
Culturellement, la Corse a fait partie à part entière du sous continent italien depuis les anciens romains jusqu’en 1852, date à laquelle la langue toscane fut abolie, et date à laquelle les sgiò corses furent obligés de cesser la traditionnelle fréquentation des universités de Pise et de Rome. Jusque là les Corses se considéraient tout aussi italiens des pisans et des génois, tout comme les anciens grecs qu’ils fussent d’Athènes, de Corinthe, de Sparte, de Syracuse, de Neapolis (Naples) ou de Massilia (Marseille) se considéraient grecs à part entière. Pou r les uns comme pour les autres cela ne les empêchaient pas d’avoir des patries différentes et de se déclencher perpétuellement des guerres intestinales. La domination génoise en Corse est une des nombreuses guerres intestinales d’Italie (Pise fut conquise par Florence, la république de Bologne fut conquises par les armées du Pape, Brescia et Bergame furent arrachées à la Lombardie par la République de Venise, Amalfi fut conquise par Naples, la république de Sienne dut se rendre face à Florence, les républiques maritimes de Gênes, Pise, Amalfi et Venise furent durant toute leur existence constamment en guerre entre elles, les Siciliens se sont souvent soulevés contre Naples, etc…)

2 - LA LANGUE TOSCANE N’A JAMAIS ÉTÉ IMPOSÉ POLITIQUEMENT EN CORSE NI PAR PISE, NI PAR GENES
Durant l’époque Pisane, les textes officielles étaient rédigés en Latin (comme dans toute l’Europe occidentale chrétienne). La langue toscane fit son apparition en Corse durant la période génoise. Cela dit les génois parlen t une langue (le ligure) qui est beaucoup plus éloigné du Toscan que ne l’est la langue corse. Si l’on considère en plus que la Corse fut arrachée aux pisans et que de nombreux corses étaient encore des partisans de Pise et rêvaient le retour de celle-ci, on voit mal comment les génois aurait pu "imposer" en Corse le toscan, langue de leur ennemis les Pisans… S’il y avait une langue à "imposer", celle-ci aurait logiquement dut être le Ligure, langue que l’on parlait couramment dans les villes fondées par les génois comme Bastia, Calvi et Bonifacio. De plus, jamais U Babbu n’aurait officialisé cette langue dans sa Corse libre et indépendante, ni l’aurait-il choisi comme langue de l’enseignement pour son Université de Corte, si celle-ci avait été le fruit d’une "imposition linguistique" de l’ennemi génois…
Le toscan fait son apparition à la même époque dans TOUS les états italiens (y compris la république de Gênes) 8 siècles avant l’unité politique de la péninsule, sans imposition politique et sans que ce ux ci ait du subir une " domination" toscane, mais exclusivement pour des raisons culturelles:
Le Toscan fut en Europe une des premières langues vulgaires écrites. Le prestige de ses auteurs et de leurs œuvres permit à cette langue de s’introduire dans toutes les universités italiennes (jusque là le Latin avait été l’unique langue), tous les sgiò italiens eurent ainsi accès au Toscan…
L’évolution des langues italiennes avait éloigné de plus en plus celles-ci du Latin officiel, cela demandait désormais de plus en plus d’effort pour un sgiò italien de s’exprimer correctement en Latin. Le toscan étant pour tous les italiens infiniment plus facile et compréhensible, il est normal que ceux-ci se tournèrent de plus en plus vers cette langue, et que celle-ci, sans officialisation ou imposition d’aucune sorte, commença tout naturellement à remplacer le Latin : Les gens du peuple ne comprenaient presque plus rien au Latin, lorsqu’on publiait un édit dans cette langue, il ne suffisait plus de le lire au pe uple analphabète sur la place des villages, il fallait encore le traduire dans toutes les variantes parlées de ces villages. Le toscan qui avait l’avantage d’être d’intercompréhension immédiate avec toutes les autres langues italo-romanes et d’être par conséquent compris de tout le monde facilita tous ces problèmes bureaucratiques, voilà pourquoi les fonctionnaires des états italiens commencèrent graduellement à l’utiliser en lieu et place du Latin.
C’est comme ça que le toscan s’est imposé à la même époque dans toute l’Italie y compris en Corse, de façon NATURELLE, et non POLITIQUE. Les Genovesi n’y sont pour rien, leur présence en Corse durant ce passage Latin-Toscan n’eut aucune influence sur cette évolution.
Le dernier état qui résista le plus longtemps en n’utilisant que le Latin comme langue officielle fut l’état du Vatican…

3 - L’INTERCOMPRÉHENSION NATURELLE ENTRE LE CORSE ET LE TOSCAN N’EST PAS LE FRUIT DE LA DOMINATION PISANE ET GENOISE
La langue corse présente autant s i ce n’est plus de proximité avec les parlers du Lazio (Latium) ou de l’Umbria (Ombrie) qu’avec le Toscan, sans qu’il n’y ait eu ni en Corse de domination Umbra ou Laziale, ni non plus dans ces 2 régions une domination pisane.
La boussole est une invention qui n’existe qu’à partir du XIe siècle, avant cela on naviguait à vue, c’est pourquoi du temps des étrusques jusqu’aux pisans, les échanges matériaux et humains entre l’île et le continent passaient tous par l’Italie centrale (Toscana et Lazio). Ces échanges n’étaient pas à sens unique, si d’un côté nous avons de nombreux villages dont la population d’origine venait du centre de l’Italie (ex: Pigna en Balagne fut fondé en l’an 1000 par un évêque de Rome, la population d’origine provenait de la ville éternelle car les Pisans favorisaient une politique de repeuplement dans les lieux inhabités de l’île pour empêcher aux sarrasins de pouvoir s’y installer), de l’autre il exista jusqu’en 1800 des flux constants d’immigration de cors es en Italie centrale (e x: le quartier de Rome "Trastevere" a été pendant des siècles le quartier traditionnel des corses à Rome). La proximité géographique et historique et les mélanges humains ont fait du Corse un peuple de l’Italie centrale, c’est pourquoi l’évolution du Latin de Corse aurait de toute manière été très proche du toscan comme le sont l’Umbro ou le Laziale même dans l’absence d’une domination pisane ou génoise.
Les italiens historiquement n’ont jamais exercé de politique "d’impositions linguistiques". Ceci est une prérogative jacobine.
Les Génois sont restés 300 ans à Chypre et dans d’autres petites îles grecques, l’officialité de la langue grecque dans ces lieux n’a jamais été mise en discussion.
De même les vénitiens occupèrent pendant 500 ans Crète et 700 ans Corfù. Là aussi on retrouve dans le parler local quelques rares mots d’origine vénitienne, mais le grec fut toujours langue officielle.
Les italiens ont toujours administré leur conquête sous le modèle de "La Pax Romana": Donner à César ce qui est à César, c’est à dire dans le cas des génois par exemple: "payer nous nos taxes", mais sur le domaine de la culture et des croyances religieuses (les îles grecques par exemple ne furent jamais converties au catholicisme), "vous êtes chez vous, conservez vos usages et vos coutumes et faites ce qui vous semble meilleur…"
Ce qui intéressait les Genovesi, c'etait seulement " le fric ", ils n'étaient pas des impérialistes, mais des Businessmen, c'est là toute la différence entre leur domination et celle des jacobins : Les uns voulaient notre argent, les autres veulent notre âme...

 

4 – L’ABOLITION DE L’ITALIEN EN 1852 N’A PAS ÉTÉ UN ACTE LIBÉRATOIRE DANS LE BUT D’EFFACER LA LANGUE "ÉTRANGÈRE" DES "EX COLONISATEURS" ! !

Les français ne pouvaient pas abolir la langue parlée des corses vu que celle-ci n’était qu’une forme d’expression orale qui n’avait jamais eu aucun statut d'officialité, cela dit ils savaient parfaitement qu’ en abolissant l’expressi on littéraire des Corses (le Toscan), l’absence d’intercompréhension avec le Français condamnait les parlers locaux (Capicorsinu, Balanninu, Pumunticu, Cismuntanu, Bonifazincu) tôt ou tard à disparaître, favorisant ainsi le processus de francisation (FRANCISATA)

IL EST IMPORTANT D’EXPLIQUER AUX JEUNES CORSES QUI ONT GRANDI DANS UN SYSTÈME FRANCOPHONE QUI EXCLUT TOUTE COHABITATION AVEC UNE AUTRE LANGUE, QUEL EST LE DEGRÉ D’INTERCOMPRÉHENSION ENTRE LA LANGUE CORSE ET LES IDIOMES ITALIENS.

La langue corse appartient à la famille des langues italo-romanes. L’Italie est un pays qui possède de nombreuses langues issues dans leur majorité de cette famille italo-romane. Contrairement au Corse, les langues régionales italiennes sont toutes en excellente santé, et ceci sans qu’aucune d’entre elles ait droit à la coofficialité ou soit enseignée à l’école. La raison de cette subsistance des langues vivantes italiennes est due à l’intercompréhension naturelle et immédiate qui existe entre celles-ci e t le toscan, langue officielle du pays. EX :Un zitello sicilien qui grandit à Rome peut lorsqu’il rentre en vacances en Sicile comprendre et donc communiquer avec ses petits cousins ou amis qui lui parlent Sicilien. De même celui ci peut, s’il le désire, facilement s’approprier de cette langue, car comprendre une langue, c’est déjà la connaître, de là à la parler l’effort est très modeste, il suffit juste un peu de pratique…
Ce n’est pas le cas d’un zitellettu de la diaspora Corse qui grandit à Paris. Celui ci est totalement exclus lors d’une conversation en langue Corse.. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, historiquement, la Bourgeoisie corse est celle qui a mis le plus de zèle pour soutenir le processus de Francisata. On faisait tout pour que les enfants grandissent en parfaits francophones, car seul le Français pouvait donner accès aux aspirations sociales et économiques de la Bourgeoisie. Une fois grandis ces gosses ne pouvaient supporter l’idée de se sentir excl us dans leur propre île, c’est pourquoi il faisaient tout pour accélérer le génocide de la langue Corse. Ce racisme de classe sociale est une des causes à la base des nombreux complexes qu’à dû souffrir a lingua nustrale…

La langue Corse est désormais EXCLUE de pratiquement TOUS LES DOMAINES DE LA VIE COURANTE. L’écrasant monopole de la francophonie a relégué la lingua nustrale uniquement à la culture spécifique de notre île (chants et poésies) et aux quelques rares moments d’intimité entre corsophones. Ces derniers ont perdu l’habitude de s’adresser directement en langue corse dans les lieux publics car c’est désormais une perte de temps: 9 fois sur 10 ils ne sont plus compris.

L’unique moyen pour INVERSER la tendance de L’EXTINCTION du corse, est celui de RE-CONSTRUIRE un mécanisme de contexte naturel qui lui soit favorable et qui puisse lui restituer toutes ses PREROGATIVES DE LANGUE VIVANTE.

L’handicap qui fait le plus de tort au corse est sa complète EXCLUSION DU M ONDE DU TRAVAIL:

-L’absence d’intercompréhension franco-corse font que l’apprentissage de cette langue représente un réel effort. TRÈS PEU DE GENS SONT DISPOSES À FOURNIR CE GENRE D’EFFORT POUR UNE LANGUE QUI NE DONNE AUCUNE SORTE D’OPPORTUNITÉ ECONOMIQUE et qui n’est lié qu’au domaine du sentiment identitaire. Si la plupart des corses et des "nationalistes" abandonnent eux-mêmes ce genre de projet en cours de route (la tâche demande trop de temps et les possibilités de "bains linguistiques" sont trop rares pour être efficaces), comment vouloir espérer que l’autre moitié de la population d’origine continentale puisse trouver l’incitation nécessaire pour se rapprocher de notre langue?…
Il est IMPERATIF de redonner à la langue corse une IMPORTANCE PLURALISTE (économique et culturelle) favorable à son épanouissement. Le moyen le plus efficace pour libérer le corse de sa PRISON FOLKLORISTIQUE est celui de RENOUER les liens culturels avec la sphère linguistique italienne. Le modèle à suivre est l ’exemple du Québec, car l’ intercompréhension qui existe entre le Québécois et le Français est semblable à celle qui existe entre le Corse et le Toscan.
Se rapprocher de la culture italienne signifie reprendre contact avec les autres langues italiques, et entre autre avec le Gaddurese de nos frères les "Corsicani" de Sardaigne. Cela permettrait aux Corses de découvrir combien ces dialectes sont présents dans la littérature et le Cinéma italien. Gadda, Pasolini et Verga sont trois écrivains d'importance capitale dans la littérature italienne (ils sont mandataires dans le système scolaire italien) : Leur œuvres plus importantes ont été écrites en DIALECTE ROMANESCO et en SICILIEN.
IL N’EST PAS RARE DE VOIR DES FILMS INTÉGRALEMENT EN SICILIEN, EN NAPOLITAIN OU EN ROMAIN.

Il faut être totalement myope (ou malintentionné) pour ne pas comprendre que favoriser un tel rapprochement donnerait LA POSSIBILITÉ AUX OEUVRES CORSES ET À NOTRE LANGUE E N GÉNÉRAL D’ACCEDER À UN MARCHÉ DE 60 MILLIONS DE LOCUTEURS CAPABLES DE COMPRENDRE A LINGUA NUSTRALE…

Les langues italiennes et le Corse reposent sur une "Forma Mentis" commune. Pas besoin d’avoir une imagination hors du commun pour comprendre toutes les opportunités qu’implique un tel état de fait pour l’épanouissement de notre langue. Tourner le dos à une culture si proche de la notre est pour la langue corse UN ACTE SUICIDAIRE.

Il est malheureux de constater que désormais les touristes italiens s’adressent à nos compatriotes en français ou en Anglais (sic) car la Francisata est tellement bien ancrée qu’ils n’ont plus conscience de la possibilité de communication directe qui existe avec notre langue.

IL FAUT ABBATRE CE GENRE DE BARRIÈRE DE COMUNICATION, CELA REPRÉSENTE LA DERNIÈRE CHANCE POUR NOTRE LANGUE D’ÉCHAPPER AU PIÈGE DE L’ISOLEMENT… entre Corses et Italiens, non au filtre du français, de l’anglais ou de l’Espagnol…

Voilà pourquoi je pense, qu’il est dangereux de soutenir que le cors e est à équidistance entre l’Italien et l’Espagnol. Cela est un piège pour empêcher l’épanouissement de notre langue. S’il faut obtenir l’enseignement obligatoire du corse dès la maternelle, il faut aussi pousser les jeunes corses à privilégier l’Italien (qui appartient à notre patrimoine culturel) par rapport à l’Espagnol.
                                                                 Piero Pietri


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