Jack Lang et les langues régionales à l'école Le mercredi 25 avril 2001

       

 


Jack Lang

PARIS, 25 avr (AFP) - Jack Lang a donné mercredi un coup de pouce à l'enseignement des langues régionales à l'école, de l'alsacien au corse en passant par le breton, en annonçant la multiplication d'écoles bilingues et la création d'un concours spécial de recrutement d'enseignants. Le plan annoncé mercredi, ouvert aux 30 académies, concerne 17 d'entre elles. Il doit permettre de "mettre fin à l'injustice" du système scolaire républicain qui a "éradiqué" pendant de nombreuses années "un certain nombre de parlers et de cultures", a déclaré le ministre de l'Education nationale devant la presse. "Il n'y a pas de langues minoritaires, il n'y a que des langues et cultures particulières qui font partie de notre richesse patrimoniale", a-t-il ajouté en "regrettant" que la France n'ait pas pu ratifier la charte européenne des langues et cultures régionales, à la suite d'un veto du Conseil constitutionnel sur le sujet. "Ce plan est une anticipation concrète sur le terrain des engagements que le gouvernement avait pris en souhaitant signer cette charte. Le jour venu où nous pourrons enfin la ratifier, nous constaterons que les faits ont précédé les textes", a-t-il dit. Depuis la rentrée de septembre, le ministère recense 152 557 élèves du primaire, des collèges et lycées publics ou privés sous contrat, qui reçoivent un enseignement de langues et cultures régionales.
"immersion"
Pour faire augmenter ce chiffre, répondant ainsi à une demande des familles dans certaines régions à identité forte, le ministre veut faire évoluer les réglementations. Le 3 mai, il demandera l'approbation du Conseil supérieur de l'éducation (CSE) sur les projets de circulaires qu'il a présentés mercredi. Dans chaque académie, l'élaboration du plan pluriannuel de recrutement des enseignants permettra de fixer les besoins en enseignants de langues régionales. Un concours spécifique sera créé dès 2002 pour les professeurs des écoles. Pour répondre aux craintes des syndicats défenseurs de l'idéal laïque de l'Education nationale, qui craignent de voir la création d'un corps de fonctionnaires à plusieurs vitesses, le concours sera le même pour tous mais comportera deux épreuves de plus pour les langues régionales, l'une à l'oral et l'autre à l'écrit.
Dans le second degré, les CAPES spécialisés existent déjà. Le plus récent, en créole, est en cours de mise en oeuvre. Au delà de la multiplication d'établissements bilingues, où la langue régionale est enseignée à parité avec le français, le plan encourage aussi la création d'établissements un peu plus révolutionnaires, pratiquant "l'immersion", en pariant sur un partenariat avec les collectivités locales. Dans les premières années d'école (maternelle, CP), tous les cours sont en langue régionale. Le français est introduit progressivement durant le primaire. Arrivés en CM2, les enfants sont censés pratiquer à égalité les deux langues. Jack Lang a salué cette pratique pédagogique qui a "fait ses preuves". "Les écoles associatives Diwan en Bretagne ont un nombre d'admis au bac aussi bon, sinon meilleur que les autres", a-t-il dit.
Mais l'immersion fait grincer des dents chez certains syndicats d'enseignants et au sein du Comité national d'action laïque (CNAL), qui historiquement, se sont battus pour la généralisation du français comme langue de la République. "Nous ne voulons pas balkaniser la République", a assuré le ministre en estimant que "si en d'autres temps, elle avait été plus généreuse, des solutions privées n'auraient pas eu à se développer pour répondre aux demandes des familles".
Les écoles Diwan, en négociation depuis des mois avec le ministère en vue d'une éventuelle intégration au sein du service public de l'Education nationale, doivent d'ailleurs se prononcer au cours du week-end, en assemblée générale, sur les propositions qui leur sont faites, a déclaré le ministre.

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