Venaco :              

La foire du fromage devient le lieu d'un échange entre bergers du monde.

A l'initiative de Xavier Sansonetti, organisateur de "a fiera di u casgiu", et de diverses associations telles que l'Association  des Corses de San-Francisco, qui s'attache à crér des liens entre la Corse et les autres pays du monde,  et l'association "Dine Be'iinà" ("Le mouton est la vie"), dont le but est la sauvegarde du mouton Navajo et de la culture des Indiens de l'Arizona et du Nouveau Mexique, Venaco deviendra le 6 mai 2001 un lieu de rencontre et d'échanges entre bergers Corses et bergers Navajos.

Les bergers attendus (ou plutôt les bergères, car c'est surtout à la femme qu'incombe chez les Navajos le soin du troupeau), resteront dans la région jusqu'au 13 mai, et seront accompagnées de la photographe journaliste Stacia Spragg, chargée de couvrir l'évenement pour la presse américaine. Elle présentera à cette occasion à Venaco sa magnifique exposition de photos de la vie quotienne des Indiens Navajos et de leurs paysages, qui a déjà fait le tour du Southwest.
Les bergères, Lena Benally et Dorothy Begay, présenteront un exemple de leurs remarquables travaux de laine. Ce sont en effet des tisserandes. L'une d'entre elles, Dorothy, originaire de Scottsdale, est connue pour les motifs et couleurs de ses tapis dans tous les Etats-Unis, où son oeuvre est exposée dans de nombreuses galeries. Elle a son propre troupeau, qui lui fournit la laine nécessaire à ses travaux. L'autre, Lena, provient d'un coin beaucoup plus reculé de l'Arizona, un de ces endroits où l'on vit souvent encore complètement "à l'ancienne", sans téléphone, parfois sans électricité, où les enfants doivent se lever tôt et marcher une demi-heure jusqu'à la station du bus qui les conduira à l'école. Née chez elle, dans la tribu Navajo, il lui a fallu faire des démarches extraordinaires pour pouvoir se rendre chez nous. Il faut savoir que la situation des Indiens Navajos dans les réservations est très particulière. Lena a dû tout d'abord se lancer dans de longues démarches administratives pour obtenir l'acte de naissance qui lui a enfin permis de déposer sa demande de passeport. Les Indiens nés dans les réservations ne possèdent qu' un "certificat de sang indien" et pour obtenir un équivalent d'acte de naissance il leur faut présenter des documents divers (école, église...) à l'Etat d'Arizona, où le "bureau des affaires indiennes" est chargé de résoudre ces différences entre Nation Navajo et gouvernement américain... Lena veut faire découvrir les plantes sauvages des canyons et la façon traditionnelle de teindre la laine.

Pourquoi donc une telle volonté de venir rencontrer les bergers corses de la part de ces femmes? La curiosité et le besoin d'échanger leur savoir, leur tradition, leurs techniques, leur culture avec d'autres qui font le même métier, dans un pays et sous un climat différents. Leurs lettres, dès qu'elles ont accepté l'invitation, reflètent ce besoin et cet intérêt: elles demandent: "que pensez-vous qui frappe le plus les gens en Corse, visuellement? Quelles sont les couleurs là-bas? Quels types de plantes utilisent-ils? Comment sont leurs chiens? Est-ce que leurs bergers font seulement du fromage? Est-ce qu'on trouve des fileuses? Leurs moutons, comment sont-ils? Pourra-t-on rapporter de la laine de chez eux, et une oeuvre d'art corse? "

Durant leur séjour en Corse, elles rencontreront aussi les artisans, présents à la foire du fromage, et les tisserandes de Lana Corsa. Elles rendront aussi visite aux enfants de l'école de Piedicorti et à leur institutrice, Geneviève Dumas, qui ont exprimé leur désir de les recevoir; elles leur apportent entre autres des photos et diapositives de leurs familles, de leurs villages, des écoles Navajos.

Pour nos bergers et nos artisans, leur venue est une occasion de renouer avec la tradition grâce à ce nouveau regard sur l'extérieur. Chez nous par exemple, les tisserandes se font de plus en plus rares. Les Navajos nous offrent une occasion de relancer cette activité. C'est pourquoi Lana Corsa est aussi impatiente de les accueillir. L'association dont Dorothy et Lena font partie, Dine Beiinà, liée à l'Université de Ganado, Arizona, a pour but de créer et de développer des programmes et infrastructures permettant la continuation des produits traditionnels de fabrication artisanale, leur écoulement sur les marchés, et la protection du mouton Navajo, le "churro", premier mouton domestique introduit par les espagnols au 17eme siècle, en véritable voie d'extinction depuis les années 1850, début des grands massacres de churro par l'armée américaine qui ont persisté jusqu'en 1970, appauvrissant la nation Navajo et mettant en péril son économie. Cette association espère se relier dans un futur proche à l'Université de Corte pour former un groupe de recherche commun et faire bénéficier les bergers corses de leur expérience, tout en bénéficiant de la leur.

On parle souvent de la solitude voulue, vocationnelle du berger: cette solitude ne doit pas cependant devenir synonyme d' isolement. Cette rencontre, historique, car ce sera la première fois que les Navajos seront reçus en Corse, permet l'enthousiasme et l'élan nécessaire à de nouveaux projets, de nouvelles créations. De l'échange naissent les idées; le retour à la solitude les font ensuite fructifier.

Pour compléter cet échange,  deux de nos bergères corses se rendront à leur tour au festival Navajo le 24 et 25 juin. Elles seront reçues une semaine par des familles indiennes et visiteront la région de Tsaile, au nord-est de l'Arizona, toute proche du Canyon de Chelly, berceau du peuple  Navajo et de son histoire. Elles feront une démonstration de la fabrication du fromage et de même, visiteront les familles, les artisans, les enfants des écoles.

Un projet à long terme mené par des universitaires et volontaires vise à jumeler des la mi-août des écoles de villages corses avec des écoles Navajos, répondant au besoin de briser l'isolement des enfants en leur offrant la possibilité de recevoir, de voyager, d'échanger.

Une belle initiative placée sous le signe du partage et de l'amitié, aux rebondissements multiples et qui va dans le sens de l' ouverture de la Corse sur le monde.

Annette Samec-Luciani
P
résidente de l'Association des Corses de San Francisco


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