Armin Volkmar Wernsing
Alain Finkielkraut, lui-même présent sur plus de 700 sites de la toile, aurait déclaré que l'internet est «une vaste poubelle» et qu'il faudrait interdire aux enfants l'accès aux micro-ordinateurs qui leur enlèveraient le goût de lire. Je n'ai pas pu vérifier la citation; elle peut donc être authentique ou non. Finkielkraut, vedette médiatique de la philosophie française, qui nous fait savoir son opinion sur tout et rien, ne fait que répéter ce que pensent beaucoup de gens; et il n'a pas tout à fait tort: l'internet est en effet une «vaste poubelle» - entre autres. Et il continue la tradition philosophique qui consiste à critiquer les médias. Platon a critiqué l'écriture, car elle met une entrave à la mémoire, ce qui n'est pas faux non plus. On peut avoir raison sans rien dire.Un marteau est certainement utile quand on veut enfoncer un clou; on peut aussi s'en servir pour massacrer une personne; les outils sont ambigus. Puisque c'est ainsi, l'internet n'est ni méchant ni salutaire en soi. Tout dépend de l'usage qu'on en fait. Il est vrai que la toile mondiale se distingue des médias connus jusqu'alors: elle est universelle, facile d'accès, bon marché et tout le monde peut y mettre n'importe quoi. Et surtout, elle est devenue une réalité quotidienne. Or, comme Freud nous l'a enseigné, il est toujours dangereux de refouler une réalité. Il est malsain d'ignorer ou de vouloir ignorer les faits, il il est également illusoire d'attendre la solution de tous les problèmes d'un moyen de communication en plus, qui a - cela va de soi - ses propres lois. Mais personne ne reproche au téléphone de ne pas produire de lettres.
Si l'école veut réagir à cette réalité, elle n'a qu'une chose à faire: apprendre aux élèves de se servir raisonnablement d'un instrument mis à la disposition de chacun et, si possible, de s'en servir pour développer la compréhension, la critique, la créativité des jeunes qui de toute façon utilisent l'internet et qui, très souvent, en savent plus que leurs professeurs. Cette situation est bien inconfortable, mais, comme je peux observer chez les enseignants en formation, est en train de changer, parce que ceux-ci ont appris à se servir du www.
La question pédagogique est donc bien simple: qu'est-ce qu'on peut en faire?
On vante souvent l'amas d'informations accessibles sur internet. Il est vrai qu'on y trouve presque tout sur tous les sujets. Même trop. Reste à trier et à distinguer l'utile du superflu, le bavardage et le mensonge publicitaire du sensé et d'un savoir qui mène plus loin. Et cela est la tâche permanente de l'école, l'apparition de l'internet n'y a rien changé. Exemple concret: Najoua Abid, une de mes stagiaires, a décrit, dans sa thèse d'examen d'Etat, l'apprentissage de stratégies de lecture de textes internet, stratégies qui facilitent la distinction (rapide) entre information utilisable et superflue; un modèle qui devra être affiné, mais qui va dans la bonne direction. Petite remarque: l'objectif n'est pas nouveau, il y a toujours eu de mauvais livres.
Apprendre aux élèves de faire une recherche dans l'internet n'est pas une question de technique, mais au contraire la tentative de développer leur intelligence générale. Comme une partie importante de l'information passe aujourd'hui par les médias électroniques, il serait peu réaliste de vouloir exclure les élèves d'une telle communication. L'offre est fragmentée certes, sans structure, sans secours, souvent peu qualifiée; d'autant plus il est nécessaire d'aider les élèves à s'y retrouver.
Les possibilités de recherche font souvent oublier que l'internet est un formidable instrument de production et de publication de textes. Si j'avais à encourager mes collègues à utiliser les NTICES, ce serait avec cet argument (faible, on verra). Depuis quatre ans, mon lycée a un journal scolaire franco-allemand sur internet. Vous trouvez «Tricolore» à l'adresse:
http://home.t-online.de/home/MSM.Krefeld/tric/tricstar (allez donc voir ce que c'est)
lieu d'échange et d'apprentissage pour jeunes francophones et germanophones. Il est tout à fait facile de leur faire écrire des articles en langue-cible; ils acceptent ce travail comme exercice et surtout, parce que leurs textes sont lus. Il est beaucoup plus difficile d'amener un professeur (allemand ou français) à participer à l'entreprise. Allez savoir pourquoi. Finalement, on n'a qu'à essayer. Il y a plus de fenêtres que de murs. Je ne promets pas monts et merveilles, mais un peu d'air frais.Dr. Armin Volkmar Wernsing, enseignant au lycée, formateur, auteur (Birmesstr. 21, D-47807 Krefeld, Allemagne). Professeurs d'allemand: si vous voulez de la littérature sur «Tricolore», écrivez-moi.