Oui, en l'occurrence, "Géronimo !" remplacera avantageusement, les habituels "Alléluia !" ou "Gloria !". En effet, dans notre série illustrée, le monde est merveilleux car la fracture numérique se résorbe, la General Services Administration américaine ( GSA) et le Department of Interior (DOI) se sont mis d'accord.
Grande victoire, les tribus indiennes reconnues par l'Etat fédéral auront désormais droit à un suffixe respectable pour leur nom de domaine. Il se composera du nom de la tribu, d'un tiret suivi de "nsn", pour "native sovereign nation" et de la désignation ".gov". Un "point" institutionnel qui est censé être lourd de symbolique. Le Bureau des Affaires indiennes espère pouvoir ainsi métamorphoser sa gestion, sa relation avec les tribus, la mise en place de présentation de ces tribus et l'ouverture commerciale de ces dernières sur le monde.
La confuse impression point que rien n'a changé depuis la fin des guerres indiennes et la mise en place de ces gigantesques parcs. Après la ghettoïsation, les traités signés et violés, on se dit qu'au moins cette proposition-là ne sera pas une traîtrise de plus. Elle représente si peu, tout juste une aumône, les Indiens civilisés ne sortiront pas de leur coutumière réserve pour autant.
On repense aux chevaux sauvages, à la pensée indienne, à
tout ceux que l'homme colonial a mis à genoux et l'on maudit les Custer,
tuniques bleues et autres petitesses humaines. Que vaut un Sitting Bull asservi
devant un écran ?
Il est désormais américain, même s'il reste surtout un "native
american", ultime preuve de l'échec du melting-pot, et on lui accorde
le droit d'une dernière différenciation, comme on le ferait avec
une dernière cigarette.
L'Indien reconnu a donc le droit d'essayer de sauver sa culture folklorisée
en la jetant en ligne. Et de penser à Michelet, qui décidément
avait raison quand il écrivait que "les Anglais d'Amérique,
marchands, puritains, dans leur dure inintelligence, ont refoulé, affamé,
anéanti tout à l'heure ces races héroïques, qui laissent
une place vide à jamais sur le globe, un regret au genre humain."
Les Indiens galoperont désormais sur d'éternels chevaux sauvages dans les plaines cybernétiques d'un pays mort et numérique, leur nom de domaine devenant leur dernier terrain de chasse.
http://www.gov-registration.gov/news_nsn.html
Jules Michelet, "Le Peuple".
http://gallica.bnf.fr/Fonds_Frantext/T0089077.htm
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