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En quoi l'exode actuel vers les pays du Nord est-il différent
des migrations africaines de jadis? Bien avant l'arrivée des colonisateurs européens
l'Afrique de l'Ouest était un espace de grands voyages. Certains
se déplaçaient pour des raisons d'ordre économique,
d'autres religieuses, pour répandre la bonne parole, celle
de l'islam en particulier. Au début du vingtième siècle,
il y avait non seulement les colporteurs qui se déplaçaient
d'un pays à l'autre sans tenir compte des frontières
tracées après la conférence de Berlin (1885),
mais aussi ceux qui, pour des raisons personnelles, à la
recherche du savoir, se dirigeaient vers certains lieux comme Kankan
(en Guinée). Il faut ajouter que les guerres de Samory (capturé
en 1898 par les Français et mort en 1900, déporté
au Gabon), ont provoqué aussi un certain "exode"
: de nombreux guerriers ont dû déserter l'armée,
se sont installés là où ils pouvaient, se sont
mariés, ont eu de nombreux enfants en Côte d'Ivoire...
De manière générale, les frontières
héritées de la colonisation ont mis du temps à
être intériorisées par les populations. Jadis
on se déplaçait donc par nécessité,
parce que c'était la guerre, on fuyait devant l'ennemi ou
on désertait l'armée. On pouvait s'installer dans
une région d'accueil. On se déplaçait pour
des raisons d'ordre économique et commercial, en suivant
des routes renommées, ou des chemins de traverse découverts
par soi-même. On se déplaçait parce qu'on avait
envie de savoir; on se déplaçait loin de chez soi
pour aller consulter un guérisseur ou un devin de talent.
S'agissant des voyages en vue du savoir, "voyages initiatiques",
la plupart du temps, on revenait chez soi. Il y eut quelques cas
isolés de voyages de l'Afrique vers l'Europe comme celui
d'Anniaba d'Assinie vers la France. Aujourd'hui, on part de chez
soi souvent dans l'urgence pour des raisons d'ordre politique et
économique, mais aussi parce qu'il y a la guerre. Je pense
à tous les intellectuels des deux Congo, du Rwanda et d'autres
pays africains qui ont dû partir ces dernières années...
On va s'installer ailleurs parce que de réelles menaces pèsent
sur la vie des individus. Dans les villes - et surtout à Abidjan - on retrouve les femmes à l'Assemblée Nationale, responsables de partis politiques, responsables d'ONG, chefs d'entreprises, magistrates, médecins, ministres, professeurs, grandes ou petites commerçantes, propriétaires de "maquis" etc. Les femmes cherchent leur place partout dans la société ivoirienne. Il n' y a plus de métier "réservé". C'est vrai qu'elles pourraient être plus nombreuses à des postes de prise de décisions et que ce n'est pas encore le cas. Symboliquement, les soeurs et les mères jouent un rôle extrêmement important. Même si elles ne sont pas toujours sur le devant de la scène politique ou économique, elles sont dans l'ombre et tirent quelques ficelles. Il a paru important à la rédaction du JSC
de mettre en évidence à travers l'action et le travail
de Tanella Boni, professeur de philosophie, poète et écrivain,
que l'on n'oublie pas ce pays fantastique qu'est la Côte d'Ivoire.
Tanella Boni enseigne à la Faculté des Lettres, Arts
et Sciences Humaines de Cocody (Côte d'Ivoire). Son oeuvre
littéraire comprend plusieurs romans, des recueils de poésie
et des livres pour les enfants. Son dernier recueil de poésie
(enrichi de trois encres du peintre Jacques Barthélémy)
s'intitule Il n'y a pas de parole heureuse (Solignac - France: Le
bruit des autres, 1997). Au nombre des très nombreuses études
publiées par l'auteur au cours de ces dernières années,
on relèvera: La Tolérance (1997); Grobli Zirignon
(1998); Carnet de route (1998); Ecritures et savoirs (1998); Entretien
avec Tiébéna Dagnogo, peintre et sculpteur (1999);
"Nous en avons assez de mourir, nous voulons vivre pour l'Afrique
(Nocky Djedanoum)" (2000), Internet, le temps et la tradition
orale (2001) Jean-Marie Volet
est Chargé de Recherche à l'Université de Western
Australia, Perth. Il partage son temps entre sa recherche sur la
lecture, Mots Pluriels et la mise à jour du site Lire les
femmes écrivains et la littérature africaine francophone.
Quelques articles récents ou en cours de publication: "La
Lecture ou l'art de réinventer le monde tel qu'en nous-même",
Essays in French Literature 37 (2000), pp.187-204; "Peut-on
échapper à son sexe et à ses origines? Le lecteur
africain, australien et européen face au texte littéraire",
Nottingham French Studies 40-1 (2001), pp.3-12; "Du Palais
de Foumbam au Village Ki-Yi: l'idée de spectacle total chez
Rabiatou Njoya et Werewere Liking", Oeuvres & Critiques
XXVI-1 (2001), pp.29-37; "Francophone Women Writing in 1998-1999
and Beyond: A Literary Feast in a Violent World", Research
in African Literatures 32-4 (2001), 187-200. |