|
Ces deux derniers mois, il a surtout été question pour l’Association Aide au Développement de participer à l’installation d’un cybercafé dans la commune de Masina (une de 24 communes de la ville de Kinshasa [1] ) en attendant l’exécution de son programme universitaire pour le restant de l’année 2001[2]. La problématique était simple : Est-ce que les habitants d’une commune défavorisée et assez peu scolarisée peuvent-ils tirer avantage d’une connexion à Internet de façon réellement efficace ?
Les activités préparatoires du centre ont commencé au début du mois de mai. Il s’agissait d’abord d’aménager un local et de l’équiper en ordinateurs. Le financement émanait d’un particulier, membre de l’Association, qui a associé le club dans l’organisation et dans la gestion du cybercentre bien que le patrimoine demeurant son bien privé.
La commune de Masina est située en périphérie de la ville (sud-est) de part et d’autre de la route (Boulevard Lumumba) qui mène à l’aéroport international de N’Djili. Il s’agit d’une commune récemment peuplée (depuis à peine une trentaine d’année), conséquence de l’explosion démographique de la ville. C’est la commune la plus peuplée de la ville de Kinshasa d’où son surnom de « Chine populaire » que les kinois [3] aiment bien lui donner. Elle est entourée par deux autres communes, également très populeuses : celles de N’Djili et de Kimbaseke. Les trois communes étant séparées du reste de la ville par la Rivière N’Djili qu’enjambe très allègrement le boulevard Lumumba [4] qui relie les deux parties de la ville et qui mène à l’aéroport international avant de desservir les communes plus éloignées de N’Sele, Kinkole et Maluku. La pyramide des âges de cette commune est sur une base très étalée du fait d’une population très jeune, conséquence logique de la forte natalité qui prévaut dans la commune. Les habitants de ces quartiers, souvent peu scolarisés, se livrent pour survivre au commerce informel (vente à l’étalage, petites combines, commissions, etc.). On y trouve aussi quelques écoles mais qui sont pour la plupart sous-équipées et animées par des enseignants mal payés et démotivés. Il faut quand même signaler qu’une certaine bourgeoisie s’est également installée dans la commune mais elle est surtout concentrée dans quelques quartiers bien délimités.
C’est donc dans ce contexte que le projet « Cybercafé Gloire de Dieu » (Cybergd) a vu le jour sous l’initiative de Monsieur Serge Kabongo, chargé des ventes à la SONANGOL [5] et actuel Chargé des projets de l’Association Aide au Développement. Le cybercentre a été installé sur 18B, avenue Mobutu, quartier Sans-Fil, commune de Masina (Tél : +243-8936815 et +243-9903313).
Nous avons démarré les activités avec un matériel constitué de quatre ordinateurs (PC compatibles) et d’une imprimante HP Deskjet 610 C. Le mardi 22 mai 2001 est le début des activités du centre. Tout de suite, nous avons déclenché une vaste campagne de vulgarisation de l’Internet auprès des jeunes et une semaine de gratuité pour tous nos services. Chaque jour, de 18 à 19 heures, on organisait des séances gratuites d’initiation pour toute personne intéressée et on créait gratuitement des boites e-mails. De plus, on accordait une session journalière gratuite de 20 minutes de navigation à tout le monde. Au terme de la semaine de gratuité, l’engouement des utilisateurs a été au-delà des attentes des initiateurs du projet, en l’occurrence notre association. Des files d’attente se formaient dès 6 heures du matin jusqu’à 22 heures du soir. Nous avons dû ajouter une cinquième machine pour essayer de juguler la demande mais sans succès.
La période de gratuité d’une semaine étant terminée, il restait à assurer la continuité de nos services dans un contexte plus commercial en vue d’assurer les frais d’achat et d’entretien des machines ainsi que les frais d’abonnement à Raga, notre fournisseur d’accès [6]. Toutefois, nous avons essayé d’appliquer des prix aussi modestes que possible dans un contexte socio-économique difficile afin d’encourager le plus possible nos clients à utiliser Internet. S’il est vrai que le taux de fréquentation du centre par rapport à la période de gratuité s’est reduit de plus ou moins 20 %, ce qui du reste est tout à fait normal, la leçon à tirer de cette expérience est très explicite : il existe un réel besoin des jeunes et adultes de cette communauté de découvrir Internet à l’instar d’ailleurs des habitants des autres communes de la ville..
Il faut bien réaliser que les réseaux de téléphonie fixe de la République Démocratique du Congo sont complètement hors service pour la plupart. Depuis quelques années, des opérateurs de téléphonie sans fil (portables) ont envahi le marché mais ils pratiquent des prix qui bien qu’en baisse constante ne sont toujours pas à la portée de toutes les bourses. L’Internet devient donc un moyen privilégié de mettre en relation des personnes et a, en plus, le bénéfice d’être rapide et précis. Quant on sait qu’une ville comme Kinshasa (plus ou moins cinq millions d’habitants) vit en grande partie des aides que ses habitants reçoivent des congolais immigrés à l’étranger, on se rend bien compte de l’importance que l’Internet peut avoir. Des études menées montrent que les membres de la diaspora utilisent de plus en plus Internet pour rester en contact avec les membres de leurs familles restés au pays et s’informer de la situation socio-politique du pays.
A part l’aspect communicationnel, l’Internet joue
aussi des rôles divers et multiformes. Pour illustrer ce phénomène,
nous pouvons citer le cas de Crispin Biayi, un jeune opérateur
économique résidant à Masina, il dirige une petite
savonnerie et souhaiterait démarrer la production des savons
en poudre. Pour ce faire, il a besoin d’un fournisseur pour ses emballages
en sachets imprimés. Grâce à Internet et à
notre cybercentre, il a pu facilement trouver un fabricant d’emballage
en France et les tractations sont en cours pour finaliser une éventuelle
commande. Il y a aussi le cas de ce dirigeant d’Ong qui s’occupe d’enfants
défavorisés de la commune de Masina et qui recherche
des partenaires à l’étranger. Il a donc contacté
notre centre et nous lui avons créé une boite e-mail
grâce à laquelle il a pu établir quelques contacts
prometteurs via Internet. Tel est encore le cas de ce directeur d’une
petite entreprise familiale de transport « Travis » vers
Tshikapa (au centre du pays) qui vient chercher sur Internet des camions
d’occasion pour renouveler son charroi automobile.
Grâce à la téléphonie sur Internet, nos utilisateurs peuvent communiquer par téléphone avec les membres de leurs familles résidents à l’étranger et se donner des nouvelles mutuelles pour un prix trois fois inférieur aux prix réglementaires. Il y a enfin ces étudiants en Théologie de l’Eglise « l’Arche » et de l’Université CEPROMAD qui viennent nous voir pour communiquer avec leurs bienfaiteurs ou d’autres correspondants par e-mail ou pour enrichir la bibliographie de leurs travaux académiques.
Ces exemples suffisent à démontrer que l’Internet peut réellement jouer un rôle de développement de façon pratique et efficace dans notre pays en particulier et en Afrique en général.
Il y a, à notre avis, deux éléments qui font de l’Internet un moyen pratique et efficace de sauter certains stades de développement : le premier est que l’Internet constitue une banque des données très importantes et diversifiées et peut valablement constituer un support pédagogique incontestable et une source d’information bien utile dans différents domaines de la vie socioprofessionnelle ; le second est la mise en relation des personnes et des communautés.
Les besoins de l’Afrique sont immenses, il est vrai, et les nouvelles technologies de l’information et de la communication peuvent à première vue apparaître comme un luxe pour l’Afrique mais l’avantage de l’Internet est de permettre aux africains, de l’intellectuel au paysan, de présenter au reste du monde les énormes potentialités et les ressources que possèdent l’Afrique et les moyens de les utiliser pour un développement durable du continent noir. Notre Association est intimement convaincue qu’Internet ne doit pas se retrouver en aval mais plutôt en amont du développement de l’Afrique car il peut réellement sous-tendre et encourager une croissance durable de nos communautés de base à la seule condition qu’il soit bien vécu et bien mené.
Afin d’atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés à savoir la vulgarisation et la promotion de l’outil informatique et de nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’Association Aide au développement est à la recherche des subsides et des dons pour développer ses activités et financer la création des cybercentres pour permettre à un plus grand nombre des gens d’accéder au cyberespace. Nous avons l’expertise nécessaire mais nous manquons des moyens. Nous [7] recherchons toute forme des dons qui peuvent nous aider à développer nos activités. Les dons peuvent être en nature sous la forme par exemple d’un ordinateur, d’une imprimante, d’un moniteur (écran), d’une unité centrale, etc. En fait, tout ce qui peut permettre d’équiper un centre pour initier des gens souvent modestes à l’Internet et aux nouvelles technologies. La qualité ou la quantité du don n’est pas le plus important, ce qui est primordial est de savoir que même un disque dur, un CD d’installation, un livre ou un lecteur CD donné avec joie peut aider un anonyme à sortir de son ignorance informatique et de partager son idéal avec les autres membres du cyberespace. Jeppy Mayombe
Mosabu |