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NATHALIE et MORGAN
TOC de Maître...
Interview du maître japonais Morio MATSUI... “Dans la tradition
japonaise, quand on est heureux, il faut peindre. J’ai envie de peindre, d’être utile”.

C o m m e n t
votre passion
pour  la pein-
ture    a-t-elle
démarré ?

tu dois choisir une profession libérale :
artiste, show-business, chanteur… ».
Alors j’ai pensé, OK chanteur d’opéra
et j’ai étudié mais  malheureusement
non, ça n’allait  pas. Alors j’ai  pensé
acteur à Hollywood, où toutes les fem-
mes sont belles… mais à mon époque
il n’y avait pas encore la
chirurgie  esthétique  et
donc je  me  suis  dit «
non, pas acteur ». Donc
je me suis dit écrivain.
Mais écrivain au Japon,
c’est la corvée. Donc il
n’y avait plus que peint-
re. Ce n’est pas que je
voulais devenir peint-
re,
obligé    de    devenir
peintre, parce qu’il n’y

contrôle, ne me dirige » et là, on m’a
jeté, on m’a ignoré, on m’a vraiment
coupé en 10000 morceaux, donc j’é-
tais obligé d’être tout seul et c’est
comme ça que je suis devenu fort,
que  je  pouvais  résister.  A  mon

Je suis né au
milieu
Japon,    dans
une   ville   de
360.000  habi-
tants,

du

Toyota et Sony
sont nés. Aussi, quand j’étais petit, on
me  disait  «  tu  vas  réussir,  comme
Toyota et Sony », on était tous édu-
qués comme ça. Donc j’ai étudié. Je
pensais : “soit on devient diplomate ou
banquier,   soit   enseignant”.
quand j’avais 14 ans, ma mère est
morte

tion japonaise c’est non seu-
lement  l’éducation à  l’école
mais aussi à la maison, donc
s’il  manque  le  père  ou  la
mère,  on ne peut  pas  être
éduqué complètement, alors
j’étais  malheureux  que  ma
mère soit morte, alors mon
maître d’école est venu me
voir, il m’a dit « je sais que tu

c’est  que
j’étais
Mais
(je suis né en 1942) et l’éduca-

avait    plus
que

Donc,  à  18
ans, j’ai déci-
dé d’aller aux
Beaux-Arts je suis donc allé
à Tokyo: deux ans et puis je
suis arrivé à Paris en 1967,
c’était normal, car beaucoup
d’étrangers  aillent  faire  les
Beaux-Arts  à  Paris,  aussi

“Je veux être
ça.
totalement

libre.
On ne sait pas

où me mettre

époque, j’avais la chance il y avait
beaucoup de grands artistes encore
vivants,  comme  Picasso,  Chagall,
Miro, Nodari… Mon professeur s’ap-
pelait  Sanchez  et  il  était  le  plus
grand galeriste de France. Il a com-
pris  ma  passion,  il  m’a  beaucoup
aidé et ma présenté à sa galerie, il
m’a encouragé. Grâce à cette gale-
rie,  j’ai  rencontré  Picasso,  des
grands artistes. Mon préféré, c’était
Picasso parce qu’il a tout fait , vous
savez  l’époque  bleue,   l’époque
rose, le classique, tout… Tandis que
presque  tous  les  artistes  connus,
souvent c’est la galerie qui les rend
célèbres. Le seul problème quand
on doit sa carrière à une galerie, on
est obligé de continuer tout le temps
dans la même chose, c’est ce qui
s’est  passé  pour  Chagall.  Tandis
que Picasso, c’était la liberté : dès
qu’il a un bébé, il fait son portrait,
classique, puis en cubique… Et je
voulais être comme lui, libre...  Moi
aussi, j’ai eu mes époques, noire,
grise,    époque    lumière    corse,
époque  bleue,  tableau  Cathédrale
d’Ajaccio, projet pour Vatican, por-
traits,

je ne suis pas
contemporain,

ni abstrait, ni

classique, et
moi, j’aime ça
.”

Morgan et Nathalie avec Morio

es malheureux mais à partir d’aujourd’-
hui, il faut que tu penses et  que tu
continues  que  tu  es  comme  tout  le
monde et que tu continues à étudier ».
Quand j’ai eu 18 ans, je voulais aller à
l’université pour être diplomate, ban-
quier ou enseignant mais on m’a dit «

après  les  deux  ans  de  préparation
avec cours de Français, on faisait 4
années aux Beaux-Arts, où il n’y avait
que la peinture. J’ai pensé que peintre
c’était bien et je suis devenu le plus dur
du monde, j’ai dit « personne ne me

paysages
corses…
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musée  du  Louvre,  est  le  deuxième
musée de peintres italiens primitifs. Je
connaissais,  à  Calvi,  le  propriétaire
d’un hôtel, et on est venu ensemble de
Calvi, en voiture, pour mon exposition
en mars 1997 au musée Fesch. Dans
la  tradition  japonaise,  quand  on  est
heureux, il faut peindre. J’ai envie de
peindre, d’être utile.

normalement,  un  créateur  doit
créer  après souffrance.

30 ans, j’ai souffert. Alors mainte-
nant, j’ai un peu le droit à la créa-
tion sans souffrir.

Jusqu’à

Sur quoi porte votre travail en ce
moment ?

Depuis que je suis installé ici, je tel-
lement heureux maintenant, et en
même temps je me dis que c’est
dangereux. Mais un jour, mes amis
sont  venus  et m’ont dit  «  on t’a
entendu pleuré ». Parce que, mal-
gré mon bonheur, souvent je me
sens tout seul. Je n’ai jamais tra-
vaillé avec un sujet. Donc tu laisses
faire. C’est comme ça que je n’ai
jamais craqué. Je laisse faire. Pour
moi, c’est bonheur et malheur à la
fois.

Trouvez-vous  qu’il  y  a  des  points
communs  entre  la  Corse  et  le
Japon?

Mais j’ai souffert, et ma liberté c’est ma

richesse. J’étais un petit peintre qui par-
lait  comme  un  grand  artiste  et  cette
liberté je l’avais toujours.
Mon premier collectionneur, qui était    
directeur de banque à Paris, m’a dit    
«tu es toujours pauvre, tu dois souf    
quand je suis arrivé ici, j’ai pensé c’est
frir. Mais moi, je dois me lever et toi    
tu peux dormir quand tu veux».    

J’ai rencontré quelques grands artistes,
c’est très important. Mais il y a grand
artiste parce qu’il a du talent et grand
artiste parce qu’il est connu, ou peut-
être parce que quelqu’un l’a fabriqué.
Aussi attention, il y 50 % de vrais et 50
% de faux. J’ai rencontré Picasso et il
m’a dit «petit chinois…», j’ai dit « non,
petit Japonais ». Il m’a dit : « tu seras un
grand artiste comme moi », j’ai dit
«comment  ?  Vous  n’avez  jamais  vu
mon  tableau,  comment  vous  pouvez
savoir ?» et il m’a répondu «dans tes
yeux, on voit tes tableaux». Et c’est le
seul qui m’a dit  ça. A  notre  époque,
c’est la télé qui fait les stars, regardez
Star Academy, l’art c’est pas du show-
business. Même  moi j’ai 60  ans,  j’ai
encore à travailler, c’est sûr qu’il faut
encore  trouver  beaucoup  de  choses,
mais il faut travailler, c’est tout. C’est ça
qui donne la force.

Oui,  d’abord,  ce  sont  des  îles,  en
même temps isolés, avec leur propre
culture, et très curieux pour l’extérieur.

Politiquement,  c’est  la  France,  mais
-    

pas du tout Paris!, quand je suis venu
ici, c’était le Japon. La seule différence,
c’est qu’au début le corse est méfiant
avec les étrangers, on n’est pas venu
vers  moi tout de  suite. Parce  qu’au
Japon  on  n’a  jamais  été  envahis,
contrairement à la Corse, donc pour
nous, les  étrangers c’est une bonne
chose. Donc au début, j’étais malheu-
reux, mais maintenant j’ai compris.
Moi, ici, j’adore tout. Parce que vous
avez cette lumière et tout est comme
au Japon. L’intelligence, la culture et …
l’imagination: ici, on a pensé que j’étais
de la mafia japonaise !  Les artistes
corses n’ont pas beaucoup de chance
de vendre des tableaux, donc ils sont
obligés de travailler en dehors. Tandis
que  moi,  je  ne  travaille  que  mes
tableaux. Il n’y a pas de mécénat, d’ai-
de aux artistes corses. Il faut les aider.
Donc peut-être, je peux être utile pour
ça. C’est très dur pour les jeunes créa-
teurs.

Comment  avez-vous  réussi  à
vous faire un nom ?

C’est drôle, j’ai 60 ans et jusqu’à
maintenant, je ne me suis jamais
posé cette question. Parce que j’a-
vais tellement de travail, que je n’a-
vais pas le temps, on m’a oublié et,
en même temps, j’avais mon carac-
tère : je n’acceptais pas, je disais
non, non, non… Et à ce moment, il
y avait de la spéculation en peintu-
re, et on m’a rejeté complètement.
On m’a oublié et pendant ce temps,
j’ai  travaillé.  Les  peintres,  pour
vivre, ont été obligés de suivre la
mode.  C’était  devenu  comme  le
show-business, des  produits, pas
de la création. Moi je suis un peu
comme l’eau de source qui est tou-
jours fraîche, et l’été c’est agréa-
ble. Il y a la politique, les problèmes
économiques  et  puis  après,  la
guerre, malheureusement, l’art et
l’argent ne vont pas ensemble. Et
puis  je  change  de style,  j’ai  des
époques, si on est collectionneur,
on est obligé de suivre ce que je
fais.  Je  ne  suis  pas  comme  un
peintre qui fait le même style, on lui
achète un tableau. C’est le miracle
de la vie ...

Avez-vous des loisirs ?

Quand j’étais jeune l’amour était ma
source de création ainsi que les voya-
ges  parce  qu’on  rencontre  d’autres
lumières. A mon âge, ici en Corse, je
suis à la fois heureux et malheureux.
Pourquoi ?

Comment vous êtes-vous installé en
Corse ?

En Corse, on n’a pas besoin de voya-
ger, on a tous les paysages du monde,
c’est incroyable, même des paysages
japonais, des  paysages magnifiques,
ici les paysages sont tellement beaux.
Et le climat. Et puis les Corses, vous
êtes belles, même les vielles dames
ont une beauté, une beauté profonde.
Ma   religion,   c’est   le   Shintoïste.

Comme je suis arrivé à Paris en 1967,
on voulait fêter mon trentième anniver-
saire en 1997. Mais quelqu’un m’a dit
que comme je n’avais pas de contrat
avec  une galerie,  je  ne  pouvais  pas
exposer dans un musée, les musées de
Paris  m’ont  refusé.  Mais  comme  en
1997, un petit peu j’étais respecté, on a
choisi  le  musée  Fesch  qui,  après le

Ici, je crée sans souffrir
Retour à la UNE de JUIN 2003

J’ai  eu  des  collectionneurs,  donc  je
pouvais  vivre  sans  galerie.    A  mon
époque, ce sont les hommes qui fai-
saient vivre les femmes. Maintenant,
les femmes travaillent. Donc je ne me
suis pas marié, mais je suis marié avec
mes tableaux et avec l’argent de mes
tableaux, je peux être utile pour des
enfants malheureux et c’est ça que j’ai-
me beaucoup maintenant.

Sa BIOGRAPHIE
- Né en 1942 à Toyohashi (JAPON)

- Diplômé de l'école des Beaux-Arts de
Musashino à Tokyo, il arrive à Paris en
1967, titulaire d'une bourse du gouverne-
ment français. Il continue sa formation à
l'Académie Julian (Atelier Guancé) et à
l'école Nationale des Beaux-Arts (Atelier
Singier). Il vit et travaille en France, en
corse depuis 1998.

Est-ce que vous avez pensé ensei-
gner ?

C’est mon rêve ! Mais je ne l’ai pas fait.
Il y a des moments où j’ai enseigné,
quand j’étais dans mon atelier à Paris.
Mais moi, comme je l’ai dit, je ne suis
pas un géni. Je ne cours pas deux liè-
vres à la fois. Ce qui fait que quand j’ai
enseigné,   chaque   mercredi,   aux
enfants à partir de trois ans jusqu’à 90
ans ! Je me consacre entièrement à ce
que je fais, mon problème : je donne
tout, soit je peins, soit j’enseigne. C’est
pourquoi j’ai beaucoup de respect pour
les professeurs qui enseignent et qui
peignent  aussi. Moi ça, je peux pas
faire. Si je veux être bon peintre, je ne
fais que ça et c’est normal jusqu’à 60
ans. Si dans 100 ans, on veut dire que
vous êtes devenu un petit Picasso c’est
parce qu’il n’a fait que ça.
Mais mon rêve, c’est enseigner la pein-
ture dans les prisons.

J’ai  60  ans, je suis  cherché du
monde entier et je suis ici... et  je
suis bien...!