


votre passion
pour la pein-
ture a-t-elle
démarré ?
artiste, show-business, chanteur… ».
Alors j’ai pensé, OK chanteur d’opéra
et j’ai étudié mais malheureusement
non, ça n’allait pas. Alors j’ai pensé
acteur à Hollywood, où toutes les fem-
mes sont belles… mais à mon époque
il n’y avait pas encore la
chirurgie esthétique et
donc je me suis dit «
non, pas acteur ». Donc
je me suis dit écrivain.
Mais écrivain au Japon,
c’est la corvée. Donc il
n’y avait plus que peint-
re. Ce n’est pas que je
voulais devenir peint-
re,
obligé de devenir
peintre, parce qu’il n’y
jeté, on m’a ignoré, on m’a vraiment
coupé en 10000 morceaux, donc j’é-
tais obligé d’être tout seul et c’est
comme ça que je suis devenu fort,
que je pouvais résister. A mon
milieu
Japon, dans
une ville de
360.000 habi-
tants,
sont nés. Aussi, quand j’étais petit, on
me disait « tu vas réussir, comme
Toyota et Sony », on était tous édu-
qués comme ça. Donc j’ai étudié. Je
pensais : “soit on devient diplomate ou
banquier, soit enseignant”.
quand j’avais 14 ans, ma mère est
morte
tion japonaise c’est non seu-
lement l’éducation à l’école
mais aussi à la maison, donc
s’il manque le père ou la
mère, on ne peut pas être
éduqué complètement, alors
j’étais malheureux que ma
mère soit morte, alors mon
maître d’école est venu me
voir, il m’a dit « je sais que tu
que
Donc, à 18
ans, j’ai déci-
dé d’aller aux
Beaux-Arts je suis donc allé
à Tokyo: deux ans et puis je
suis arrivé à Paris en 1967,
c’était normal, car beaucoup
d’étrangers aillent faire les
Beaux-Arts à Paris, aussi
On ne sait pas
beaucoup de grands artistes encore
vivants, comme Picasso, Chagall,
Miro, Nodari… Mon professeur s’ap-
pelait Sanchez et il était le plus
grand galeriste de France. Il a com-
pris ma passion, il m’a beaucoup
aidé et ma présenté à sa galerie, il
m’a encouragé. Grâce à cette gale-
rie, j’ai rencontré Picasso, des
grands artistes. Mon préféré, c’était
Picasso parce qu’il a tout fait , vous
savez l’époque bleue, l’époque
rose, le classique, tout… Tandis que
presque tous les artistes connus,
souvent c’est la galerie qui les rend
célèbres. Le seul problème quand
on doit sa carrière à une galerie, on
est obligé de continuer tout le temps
dans la même chose, c’est ce qui
s’est passé pour Chagall. Tandis
que Picasso, c’était la liberté : dès
qu’il a un bébé, il fait son portrait,
classique, puis en cubique… Et je
voulais être comme lui, libre... Moi
aussi, j’ai eu mes époques, noire,
grise, époque lumière corse,
époque bleue, tableau Cathédrale
d’Ajaccio, projet pour Vatican, por-
traits,
contemporain,
moi, j’aime ça.”
hui, il faut que tu penses et que tu
continues que tu es comme tout le
monde et que tu continues à étudier ».
Quand j’ai eu 18 ans, je voulais aller à
l’université pour être diplomate, ban-
quier ou enseignant mais on m’a dit «
avec cours de Français, on faisait 4
années aux Beaux-Arts, où il n’y avait
que la peinture. J’ai pensé que peintre
c’était bien et je suis devenu le plus dur
du monde, j’ai dit « personne ne me


musée de peintres italiens primitifs. Je
connaissais, à Calvi, le propriétaire
d’un hôtel, et on est venu ensemble de
Calvi, en voiture, pour mon exposition
en mars 1997 au musée Fesch. Dans
la tradition japonaise, quand on est
heureux, il faut peindre. J’ai envie de
peindre, d’être utile.
créer après souffrance.
30 ans, j’ai souffert. Alors mainte-
nant, j’ai un peu le droit à la créa-
tion sans souffrir.
moment ?
lement heureux maintenant, et en
même temps je me dis que c’est
dangereux. Mais un jour, mes amis
sont venus et m’ont dit « on t’a
entendu pleuré ». Parce que, mal-
gré mon bonheur, souvent je me
sens tout seul. Je n’ai jamais tra-
vaillé avec un sujet. Donc tu laisses
faire. C’est comme ça que je n’ai
jamais craqué. Je laisse faire. Pour
moi, c’est bonheur et malheur à la
fois.
communs entre la Corse et le
Japon?
lait comme un grand artiste et cette
liberté je l’avais toujours.
Mon premier collectionneur, qui était
directeur de banque à Paris, m’a dit
«tu es toujours pauvre, tu dois souf quand je suis arrivé ici, j’ai pensé c’est
frir. Mais moi, je dois me lever et toi
tu peux dormir quand tu veux».
J’ai rencontré quelques grands artistes,
c’est très important. Mais il y a grand
artiste parce qu’il a du talent et grand
artiste parce qu’il est connu, ou peut-
être parce que quelqu’un l’a fabriqué.
Aussi attention, il y 50 % de vrais et 50
% de faux. J’ai rencontré Picasso et il
m’a dit «petit chinois…», j’ai dit « non,
petit Japonais ». Il m’a dit : « tu seras un
grand artiste comme moi », j’ai dit
«comment ? Vous n’avez jamais vu
mon tableau, comment vous pouvez
savoir ?» et il m’a répondu «dans tes
yeux, on voit tes tableaux». Et c’est le
seul qui m’a dit ça. A notre époque,
c’est la télé qui fait les stars, regardez
Star Academy, l’art c’est pas du show-
business. Même moi j’ai 60 ans, j’ai
encore à travailler, c’est sûr qu’il faut
encore trouver beaucoup de choses,
mais il faut travailler, c’est tout. C’est ça
qui donne la force.
même temps isolés, avec leur propre
culture, et très curieux pour l’extérieur.
-
ici, c’était le Japon. La seule différence,
c’est qu’au début le corse est méfiant
avec les étrangers, on n’est pas venu
vers moi tout de suite. Parce qu’au
Japon on n’a jamais été envahis,
contrairement à la Corse, donc pour
nous, les étrangers c’est une bonne
chose. Donc au début, j’étais malheu-
reux, mais maintenant j’ai compris.
Moi, ici, j’adore tout. Parce que vous
avez cette lumière et tout est comme
au Japon. L’intelligence, la culture et …
l’imagination: ici, on a pensé que j’étais
de la mafia japonaise ! Les artistes
corses n’ont pas beaucoup de chance
de vendre des tableaux, donc ils sont
obligés de travailler en dehors. Tandis
que moi, je ne travaille que mes
tableaux. Il n’y a pas de mécénat, d’ai-
de aux artistes corses. Il faut les aider.
Donc peut-être, je peux être utile pour
ça. C’est très dur pour les jeunes créa-
teurs.
vous faire un nom ?
maintenant, je ne me suis jamais
posé cette question. Parce que j’a-
vais tellement de travail, que je n’a-
vais pas le temps, on m’a oublié et,
en même temps, j’avais mon carac-
tère : je n’acceptais pas, je disais
non, non, non… Et à ce moment, il
y avait de la spéculation en peintu-
re, et on m’a rejeté complètement.
On m’a oublié et pendant ce temps,
j’ai travaillé. Les peintres, pour
vivre, ont été obligés de suivre la
mode. C’était devenu comme le
show-business, des produits, pas
de la création. Moi je suis un peu
comme l’eau de source qui est tou-
jours fraîche, et l’été c’est agréa-
ble. Il y a la politique, les problèmes
économiques et puis après, la
guerre, malheureusement, l’art et
l’argent ne vont pas ensemble. Et
puis je change de style, j’ai des
époques, si on est collectionneur,
on est obligé de suivre ce que je
fais. Je ne suis pas comme un
peintre qui fait le même style, on lui
achète un tableau. C’est le miracle
de la vie ...
source de création ainsi que les voya-
ges parce qu’on rencontre d’autres
lumières. A mon âge, ici en Corse, je
suis à la fois heureux et malheureux.
Pourquoi ?
Corse ?
ger, on a tous les paysages du monde,
c’est incroyable, même des paysages
japonais, des paysages magnifiques,
ici les paysages sont tellement beaux.
Et le climat. Et puis les Corses, vous
êtes belles, même les vielles dames
ont une beauté, une beauté profonde.
Ma religion, c’est le Shintoïste.
on voulait fêter mon trentième anniver-
saire en 1997. Mais quelqu’un m’a dit
que comme je n’avais pas de contrat
avec une galerie, je ne pouvais pas
exposer dans un musée, les musées de
Paris m’ont refusé. Mais comme en
1997, un petit peu j’étais respecté, on a
choisi le musée Fesch qui, après le
pouvais vivre sans galerie. A mon
époque, ce sont les hommes qui fai-
saient vivre les femmes. Maintenant,
les femmes travaillent. Donc je ne me
suis pas marié, mais je suis marié avec
mes tableaux et avec l’argent de mes
tableaux, je peux être utile pour des
enfants malheureux et c’est ça que j’ai-
me beaucoup maintenant.
Musashino à Tokyo, il arrive à Paris en
1967, titulaire d'une bourse du gouverne-
ment français. Il continue sa formation à
l'Académie Julian (Atelier Guancé) et à
l'école Nationale des Beaux-Arts (Atelier
Singier). Il vit et travaille en France, en
corse depuis 1998.
gner ?
Il y a des moments où j’ai enseigné,
quand j’étais dans mon atelier à Paris.
Mais moi, comme je l’ai dit, je ne suis
pas un géni. Je ne cours pas deux liè-
vres à la fois. Ce qui fait que quand j’ai
enseigné, chaque mercredi, aux
enfants à partir de trois ans jusqu’à 90
ans ! Je me consacre entièrement à ce
que je fais, mon problème : je donne
tout, soit je peins, soit j’enseigne. C’est
pourquoi j’ai beaucoup de respect pour
les professeurs qui enseignent et qui
peignent aussi. Moi ça, je peux pas
faire. Si je veux être bon peintre, je ne
fais que ça et c’est normal jusqu’à 60
ans. Si dans 100 ans, on veut dire que
vous êtes devenu un petit Picasso c’est
parce qu’il n’a fait que ça.
Mais mon rêve, c’est enseigner la pein-
ture dans les prisons.
monde entier et je suis ici... et je
suis bien...!