Cyber café au Tibet Par Emmanuelle

    

Sources: AFP via Libération

Au Tibet :
Le Barkhor cybercafé, du nom du chemin de ronde emprunté par les pélerins autour du temple du Jokhang, est le plus haut cybercafé du monde. Il a fait son apparition en 1998 à Lhassa, la capitale du Tibet perchée à 4000 mètres d'altitude. Situé au cœur de la vieille ville, il est rapidement devenu un des lieux branchés de la capitale. A l'origine, l'endroit était réputé pour son ambiance sympathique et son accueil chaleureux. Touristes et Tibétains aimaient s'y retrouver. Son responsable, Kunga, était Tibétain. Mais un Tibétain n'est pas autorisé à emprunter de l'argent à la banque. Kunga a donc dû s'allier avec un richissime Chinois qui venait de racheter l'hôtel Holiday Inn de Lhassa. Changement de service, changement de mentalité. Les ordinateurs sont restés, mais les habitués ont déserté les lieux. Aujourd'hui, lorsque l'on entre dans le Barkhor café, on ressent la même impression que lors de la visite des monastères du pays: le lieu s'est vidé de son âme.
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Selon le bureau local de l'Agence France Presse, Wang Jinbo a été arrêté le 9 mai. Les policiers venus le chercher ont expliqué à son père qu'il « faisait l'objet d'une mesure de détention de quinze jours pour avoir diffamé la police locale sur l'internet » Quelques jours auparavant, le 30 avril, Wang Sen avait été interpellé pour avoir accusé, toujours via le net, un centre médical public de vendre des médicaments antituberculeux donnés par la Croix-Rouge. Aucune date pour les procès de ces deux dissidents n'a été fixée.Ils risquent 10 ans de prison... 11 opposants seraient actuellement détenus dans le pays pour avoir mené des activités politiques ou religieuses sur le web chinois. Qi Yanchen est le premier de la liste à avoir été condamné en septembre 2000 à quatre ans de prison pour « actes de subversion sur le net » et Huang Qi, arrêté en juin 2000 en tant qu'éditeur d'un site d'informations sur les personnes disparues. Le site avait été attaqué par la police suite au message d'une mère se plaignant des sévices subis par son fils lors des massacres de la place Tiananmen en 1989. Ce dernier risque jusqu'à dix ans de prison, son procès a été (officiellement) ajourné pour « raisons médicales », et cela pour une durée indéterminée...


Tibet.org est un site qui revendique haut et fort l'indépendance du pays. Dédié au Dalai Lama, le site contient de nombreuses références culturelles historiques et touristiques. Tibet online a aussi développé un réseau intranet pour le gouvernement tibétain du Dalai Lama à Dharamsala, en Inde. Véritable portail sur le Tibet, le guide Internet des études tibétaines compilé par la Virtual Library: tourisme, cartes et images du Tibet, vidéos et photos, un guide de ressources artistiques, une chronologie historique du Tibet au 20e siècle et la douloureuse question des droits de l'homme...

Tibet Information Network (TIN), une agence non gouvernementale de recherche met en ligne son rapport d'activité dans les domaines politique, économique et social au Tibet.

Tibet-info.net, un site francophone de référence sur la question du Tibet, un pays grand comme sept fois la France. Egalement précieux pour son agenda culturel.

Free Tibet est basé à Londres et lutte pour la fin de l'occupation du Tibet par la Chine.

Tibet House.org est une ONG basée à New York, dédiée à la préservation du patrimoine culturel tibétain, mis à mal par cinquante années d'occupation chinoise.

846 internautes officiellement recensés à Lhassa

Pourtant, les cybercafés ont fleuri à Lhassa, une ville en pleine expansion économique. Résultat du processus de «sinisation» du Tibet, la population de Lhassa se répartit aujourd'hui de la manière suivante: deux tiers «d'immigrants» ou colons chinois pour un tiers seulement de Tibétains. D'après les calculs de l'agence de presse officielle chinoise Xinhua, il y avait très exactement huit cent quarante-six utilisateurs de l'Internet recensés en janvier 2000 dans la ville. Un chiffre flou, qui correspondrait au nombre de personnes ayant accès à un ordinateur connecté à travers les adminstrations, les entreprises... Mais comme la capitale du Toit du monde est la cité de tous les mythes, on se demande dans quelle mesure ces internautes existent vraiment. Le réseau téléphonique ne supporterait pas plus d'une cinquantaine de connections simultanées à Lhassa...

Un surfeur, deux contrôleurs

Lhassa, qui était encore, dans les années cinquante la cité des dieux, est presque morne et décevante, grand bazar-vitrine de la société de consommation à la chinoise. Les autorités communistes locales ont bien pris conscience de la puissance des nouveaux outils de communication et du rôle politique important qu'ils peuvent jouer. Ils ont ainsi mis au point des systèmes de contrôle très sophistiqués, décourageant toute vélléité d'ouverture électronique autre que touristique. Les médias sont sous étroite surveillance, tout comme un simple accès à l'Internet. Pour avoir une autorisation de connection, les habitants de Lhassa doivent faire une demande à un bureau spécialisé, et s'inscrire pour obtenir une «carte d'identification». Si sa requête est acceptée, le «demandeur d'Internet» peut alors, pour la somme de 20 centimes pour trois minutes, se connecter au Web. Mais tout n'est pas gagné pour autant, car pour un utilisateur, deux à trois contrôleurs d'une cyberpolice spécialisée sont mobilisés: contrôle des sites visités, quand leur accès n'a pas été verouillé auparavant comme c'est le cas pour les sites d'exilés tibétains, interception des mails, mouchards présents dans les cafés Internet... Tout est fait pour dissuader les Tibétains de s'initier à ce dangereux outil de liberté.


[La Une de JANVIER 2002]       [Cyber café en Chine]          [Retour vers le sommaire]