SCORE

Solidement arrimé à son île, Score affronta l' avenir, à l'aube du 21è siècle.
Il évalua les atouts considérables de son insularité et décida de puiser l'originalité de son développement dans la terre, la mer, le soleil.
Score ne souhaitait pas un programme disproportionné et déconnecté par rapport aux hommes de sa communauté et leurs besoins.
En effet une poignée seulement d'individus vivait sur l'île, portion visible d'un iceberg dont la partie invisible était immergée dans la diaspora.
Le développement devait satisfaire prioritairement les intérêts de cette communauté dont la composition, les structures, les aptitudes et les besoins devaient être préalablement minutieusement étudiés, en vue d'un plan spécifique adapté, en quelque sorte protectionniste.
Le protectionnisme est légitime car il se manifeste dans tout les mécanismes naturels de la vie.
La matière inerte, pour se maintenir, n'offre t'elle pas l'exemple d'une résistance aux contraintes extérieures? Quant à l'organisme vivant il est doté des défences néçessaires à sa survie par rapport à toutes les formes d'environnement. Ces défences existent également à chaque niveau structurel humain, l'individu, la famille, la cité, la région etc.
Score considéra qu'il n'était donc pas honteux de recourir au protectionnisme, qui ne résiste certes pas au temps mais permet à une communauté d'évoluer sans traumatisme vers l'inéluctable, avec une langue et une pensée ésotérique, ouvertes aux initiés.
C'est dans cet état d'esprit que Score fixa ses priorités.

Score ne fût pas enthousiasmé par le symbolisme trop ambigu de la terre.
Certes la possèder était enviable. Hélas inégalement répartie, beaucoup de ses compagnons, dont c'était le gagne-pain, en avaient étés dépossédés.
Le sujet n'était abordé qu'à demi-mots, demi-silences, sur fonds de lutte des classes et d'endettement ou par boutade :
"Per piscia nantu u soiu ci vulerebbe che si strachjassi in terra"
Bien entendu chacun devait agir au mieux pour conserver ses acquits et accroitre son patrimoine. La terre se pare ainsi de scènes bibliques pastorales, d'harmonieux ordonnancements agricoles, d'élégantes édifications architecturales, de remarquables artisanats.
Mais cette perspective restait limitée, discriminatoire et en définitive réductrice pour Score, qui avait d'autres ambitions.

En raison de la qualité exceptionnelle des spectacles naturels les insulaires avaient détourné la notion du droit de propriété vers des directions originales, uniques peut on dire dans les annales juridiques.
A côté de la nue propriété, de l'usufruit, de l'antichrèse, avaient curieusement surgi dans la pratique la propriété visuelle, métaphysique, divine, ancestrale, notions imaginées pour pallier judicieusement à la dépossession.
Alors, Score considéra qu'il était essentiel que les diverses collectivités locales acquièrent le maximum de terres pour conforter ces nouveaux droits, satisfaire le regard des âmes avides de possession, restituer à la terre sa propriété initiale qui est d'accueillir et d'abriter les hommes.

Le symbolisme de la mer était multiple et puissant.
La mer était à la fois un vide à combler et une matière spécifique, une frontière naturelle à franchir et un isolement pour la méditation.
Score rechercha l'antidote de chacun de ces paramêtres.
Depuis l'avènement des techniques modernes de télé-communication et d'informatique le vide pouvait être poldérisé.en lancant vers le continent de grandes autoroutes de communication qui remplacaient navigation, presse, téléphone pour sortir enfin de l' isolement.
Ors l'île avait une prédisposition à la communication. Les ancêtres de Score communiquaient déjà mentalement à distance, comme Es'Roc avec les dauphins !
Score comprit que cette vocation imposait l'excellence.
De nombreuses initiatives avaient déjà germé, dans un certain désordre où les sitologues foisonnaient.
Score connaissait la propension de ses compatriotes à satelliser le language et les idées, loin dans l'univers, bien au-delà des besoins pragmatiques d'une petite collectivité.
Il fallait donc éviter ces écueils et ne pas déconnecter les actions de promotion des véritables bénéficiaires.
Score entrevit donc la création d'un grand site informatique Corse pour héberger toutes les initiatives individuelles, servir de fil conducteur et permettre le rangement des informations, dans une organisation trés efficace.
Ce site informatique devait être unique, conçu, élaboré et géré par la Collectivité Territoriale de Corse, avec le souci impératif de favoriser l'accés de tous au système, par la formation et la convivialité.
Il fallait définir le système en partant des besoins et des aptitudes du plus humble des acteurs économiques, pour être certain de drainer tout l'éventail. Personne ne devait rester au bord des autoroutes de la communication.
Alors le site informatique aurait une efficacité redoutable, amplifierait en amont les sources actives de l'économie et développerait un corps social de braves nautoniers-télé-transporteurs-communicants dont la compétence serait croissante. Le retard d' insularité se transformerait alors en savoir faire qui franchirait la frontière et irait bien au delà des promotions locales.

Le développement d'une infrastructure appropriée et la formation des hommes, permettraient le déploiement d' une chaine d' établissements spécialisés dans le télé-travail, pour accueillir, au moyen de mesures d'incitation, des entreprises voulant se délo- caliser.
Ces étranges hôtels-télé-travail seraient comme des cerveaux artificiels braqués sur le monde pour observer et juger les phénomènes, agir à distance, comme le faisait déjà Es'Roc il y a fort longtemps.

Score réalisa aussi que l'isolement physique de l'île et la prédisposition des habitants créaient les conditions idéales pour mener des expériences pilotes de modernisation pouvant étonner le monde.
Il entrevit un véritable destin. sur plusieurs sujets d'importance.
Par exemple, le goût prononcé de ses ancêtres tout au long de l'histoire pour la politique, les tourments d'une identité et d'une liberté inassouvies créaient des conditions judicieuses pour étudier et expérimenter la démocratie directe que Score intitula "la volonté du peuple en temps réel".
Par ailleurs la lourdeur administrative des procédures et de la rêglementation applicables aux entreprises et aux personnes était, de notoriété publique, devenue un grave problème de société. Score pouvait exporter l'expérience administrative historique variée qu'il avait sur ce thème.

Puis Score scruta le ciel. Alors le symbolisme du soleil l'impressionna.
Les différents dieux solaires restaient de grands complices de Kurnos qu'ils n'avaient jamais pu se résoudre à quitter lorsque leur représentation devenait obsolette. Ils étaient toujours présents dans ces scintillations mystérieuses, ces flamboiements étranges, ces curieux reflêts qui animaient les panoramas de l'île et que seul Score percevait.
L'oracle du Roi Soleil des Romains revint en songe à Score, "c'est uniquement à Kurnos que je dévoilerai un jour les secrêts de ma puissance physique dont l'étude révolutionnaire sera alors au centre des préoccupations de l'île".
Score mesura les effets incommensurables d'une telle entreprise dont il allait solliciter l'exclusivité pour son île auprés des sommités du pays.
Il agirait avec opiniâtreté et détermination mais sans forfanterie, le rôle de Kurnos étant d'accueillir les scientifiques et créer toutes les conditions d'une émulation propice au succés.
Son passé le prédisposait à une telle mission. Ses ancêtres avaient excellé dans les tenures, l'accueil, la critique, l'animation et l'ambiance.
Pour réussir le pari de l'énergie solaire il utiliserait tout les leviers, de l' action solennelle auprés de l'Etat pour la réactivation du centre de recherches, à la création d'unités d'études à l'Université et à l' incitation au développement industriel.

Score était heureux de ces approches sur la terre, la mer, le soleil.
Elles permettraient, dans un premier temps, de combler les vides du fonctionnement économique et social, fortifier la volonté de vaincre et le goût des victoires qui avaient toujours hanté secrêtement l' âme de Score et de ses ancêtres.
Certes les activités habituelles, classiques ou spécifiques, de la communauté Corse appartenaient exclusivement à l'initiative privée et au bon vouloir des habitants de l'île.
Mais les approches stratégiques de Score les stimuleraient considérablement.

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     C'est la dernière nouvelle de cette série par Jacques                        Réagissez ici le JSC fera suivre...


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