CORSE
Corse vivait à Bustanico en l'an
de grâce1729.
Depuis le début du millénaire, la mémoire collective
des bustanicolais avait accumulé de bons mais aussi de mauvais
souvenirs qui avaient profondément marqué les caractères
déjà très complexes.
L'autorité pisane, très cléricale, avait été
chaleureuse. Chacun bénéficiait dans la vie courante d'une
sorte de statut égalitaire d'enfant de chur rieur au service
des hommes et de Dieu, sous les ailes sacrément bienfaisantes des
églises et chapelles romanes. Corse en hérita la charmante
caractéristique
Par contre l'administration de la Sérénissime République
de Gênes avait laissé de mauvais souvenirs.
D'abord, d'étranges organismes, se prévalant de St Georges,
convertirent les taches familières quotidiennes agricoles pastorales
et forestières en curieux paramètres financiers d'un type
inconnu auparavant.
De cette époque Corse garda un ressentiment à l'égard
des banques, de l'économétrie et de leurs concepts.
Puis sa Sérénissime s'octroya divers monopoles, accorda
des concession à des seigneurs génois et leva de lourds
impôts.
Corse devint un contestataire obstiné, non seulement de ces dispositions
mais aussi de toutes formes d'organisations étatiques pouvant les
émettre.
Mais le comble fût l'obligation faite à chacun de planter
chaque année, sous peine d'amende, un nombre déterminé
de pieds de vigne et d'arbres fruitiers.
Alors naquit chez Corse une méfiance vis à vis des plantations
et des planteurs en général, causes de contraintes, d'enclosures
et d'entraves au parcours des bergers.
Il conservera aussi une profonde aversion vis à vis des ordres
et toute autre forme d'atteinte à la libre disposition, qu' aucune
révision historique sur le rôle bienfaisant de la sérénissime
n'allait plus modifier.
Le jour vint alors où Corse participa à la révolte
des petites gens qui dévalèrent, tel un ouragan, la montagne
en direction du littoral et des villes.
Ils furent bientôt suivis par tout ce que l'île comportait
de seigneurs et notables qui s'empressèrent de récupérer
cette révolte.
Corse assista, dans la plus grande confusion, à la recherche désordonnée
d'un leader.
Peu importe qu'il fût roi, empereur, gouverneur, prélat,
capitaine, pourvu qu'il fût un bon médiator au milieu de
tous.
C'est en définitive un jeune sous-lieutenant du royaume de Naples
qui fût promu général de la nation corse par le Directoire
des insurgés en 1755, comme pour ériger le peuple en une
grande armée qui fonderait à son tour une nation.
Ainsi, aprés la découverte du cercle grec, du carré
romain et de la courbe, Corse venait d'inventer les célèbres
concepts de Directoire, de Généralissime, de Nation.
Une Nation qui s'organisa en instituant la fameuse "Constitution"
inspirée des théories de Montesquieu.
Rien de comparable n'existait à l' époque en Europe où
les grandes idées novatrices restaient à l'état de
lumières.
Mais Corse ne s'arrêta pas en chemin.
Jugeant sa Constitution imparfaite il demanda en 1764 à Rousseau
d'en étudier une nouvelle, plus démocratique.
Faute de temps cette commande resta à l'état d' ébauche.
En effet l'épopée de Corse n'avait duré que treize
ans. Suffisamment pour marquer éternellement la mémoire.
Trop peu pour étonner l'Europe.
Le traité de Versailles y mit fin en 1768.
Curieux traité qui laissera perplexes les juristes. Cession pour
dette, ou encore dation en paiement avec clause de reprise, à moins
que cela soit un droit réel de jouissance sur la chose d'autrui
par bail de longue durée ou emphytéose, soit en grec "planter
dans".
Paradoxalement ce traité restera peu connu du public, relégué
dans l'inconscient social, comme un fait traumatisant non dit et non pensé.
Corse sortait pour un temps indéterminé de la tutelle italienne
pour entrer dans celle de la France. Pauvre âme troublée
qui errera dans les chaumières, les palais les musées et
hantera longtemps la conscience collective sur ses projets inachevés
.
Mais Corse était conscient des taches majeures qu'il lui faudrait
encore accomplir et qui constituaient un programme peu banal :
Réaliser l'oracle du dieu soleil des romains en dévoilant
par l'étude le secret de son énergie.
Terminer l'uvre constitutionnelle dont le cycle inachevé
avait commencé avec les grecs, Montesquieu, Rousseau, et dont la
phase terminale serait la modernisation des institutions politiques par
l'instauration de la démocratie directe.
Revoir l'insolite et désuet traité de Versailles pour refonder
la relation entre les parties, sur des bases clairement consenties.
D'une manière générale inventer une nouvelle forme
géométrique, différente du cercle du carré
et de la courbe, pour accomplir une autre prédiction "étonner
enfin l'Europe et le Monde".
Cependant pour un tel destin Corse devait trouver un nouvel anagramme.
Nouvelle 1/6 de Jacques
Nouvelle 2/6 de Jacques
Nouvelle 3/6 de Jacques
Nouvelle 4/6 de Jacques
Nouvelle 5/6 de Jacques Réagissez
ici le JSC fera suivre...