Es'Roc
Es'Roc vivait il y a 9000 ans sur les contreforts
montagneux de l'île.
Il était le fruit d' une longue évolution qui avait accompli
des progrès considérables dans la matière d'abord
puis dans le règne vivant..
Ses ancêtres promus primates chez les mammifères, avaient
déambulé dans le périlleux et aléatoire labyrinthe
des anthropoïdes, des hominoïdes puis des homonidés pour
enfin devenir hommes.
A la sortie de toutes ces circonvolutions, le cerveau d'Es'Roc avait atteint
les 1500 cm3 de volume réglementaire et renfermait désormais
toutes les qualités de l'humanité.
Le rire était son propre.
Ce n'était pas un rire de jeux. En ces temps il fallait rapidement
assurer sa survie, à l'instar d'une volée de perdreaux fraîchement
éclose.
Ce rire etait en fait une des premières manifestations de la pensée
abstraite.
Es'Roc riait à s'en tordre le cou, à s'en taper les cuisses,
à en crier, lorsqu'il constatait que contrairement aux autres créatures
il avait une tête bien séparée du corps, qu'il etait
bipède, doté de mains préhensiles et de langage articulé.
Il riait d'être sur une terre entourée d'eau et se demandait
confusément comment il avait échoué sur un tel rocher
alors qu'il n'était ni navigateur ni apte à imaginer le
franchissement du cordon d'écume frappant les rivages.
Pourtant il ne s'était pas développé "in vitro"
sur cette île et pressentait avoir erré et vécu en
d'autres lieux. Il ignorait que son île, jadis rattachée
au continent, s'en était séparée à la suite
d'un effondrement géologique.
Il riait aussi de tous les spectacles qui s'offraient à ses yeux
et qui fondaient progressivement les bases de sa personnalité.
La vue rapprochée sur son environnement immédiat, utile
à la vie courante de chasse et de cueillette, développa
ses qualités de labeur, d'adresse et d'analyse.
La vue lointaine sur les merveilleux panoramas naturels édifia
son âme et lui conféra des aptitudes originales.
Les spectacles, tellement somptueux, développèrent en lui
une exigence de perfection et un rejet de la médiocrité,
à la limite du raisonnable.
Leurs très grandes diversités rendirent son esprit mobile
et vivace.
Parfois les tendres teintes pastel glissaient en se dégradant
sur les reliefs immobiles. Elles terminaient leur course comme un ruissellement
vaporeux dans le bleu-vert-ocre de la mer dont la large surface luisante
fendait l'horizon, telle une lame polie et acérée.
Ces images franchissaient les diaphragmes écarquillés d'Es'Roc
et tapissaient le fonds de son esprit d'harmonie, de sérénité
et de tendresse indélébiles.
Parfois les spectacles s'animaient. Les couleurs crues caracolaient alors
en force les flans rocailleux du terrain jusqu'aux écumes hérissées
d'une mer sombre de rage.
Ces images bombardaient littéralement l'enceinte psychique d'Es'Roc
d'un jet de particules dont les entrechoquements engendraient une prédisposition
à l'emportement et à la violence.
Ces tendances étaient le plus souvent passagères, comme
les turbulences maritimes éphémères. Parfois elles
se dissimulaient en profondeur lorsque la lame de fonds etait solidement
ancrée.
Comme il siégeait toujours sur son promontoire à la pointe
des angles d'observation, il acquit le sentiment d'être, au centre
du monde, le seul interlocuteur des éléments naturels..
C'est ainsi que se développa son individualisme forcené.
Vint un temps où Es'Roc fît d'intéressantes découvertes.
Il avait observé au loin d'étranges masses sombres qui voltigeaient
sur l'eau.
Elles semblaient se rapprocher toujours un peu plus familièrement
du rivage, jusqu'au jour où Es'Roc réalisa qu'il s'agissait
de gros poissons, les dauphins !
L'un d'entre eux ayant échoué accidentellement dans les
rochers du rivage, Es'Roc l'examina de près, constata que cet animal
était fort sympathique et l'aida à regagner son élément
naturel.
Une bien étrange communication s'instaura alors entre Es'Roc et
les dauphins.
Ils n'avaient pourtant en commun que le fait d'être mammifères
et vivipares, d'avoir un grand cur à quatre cavités
et un encéphale relativement développé.
Es'Roc exploita totalement cette maigre parenté.
Il scrutait la mer, observait et analysait les manifestations de l'animal
et apprit à en discerner la signification.
Es'Roc développa ainsi une véritable communication à
distance avec les dauphins.
Cette aptitude prit de grandes proportions, au point de lui permettre
de deviner au loin les mobiles de l'animal et de pénétrer
son psychique au sein même de la profondeur maritime.
Es'Roc prit alors l'habitude d'appliquer cette aptitude auprès
de ses semblables.
Et c'est ainsi que naquit son fantastique don d'investir littéralement,
après un simple regard, l'esprit et l'âme d'autrui pour en
deviner le continu.
Es'Roc allait utiliser ce don pour le meilleur et pour le pire.
Le temps qui s'écoula paisiblement continua de forger ainsi l'esprit
d'Es'Roc.
Beaucoup plus tard viendrait l'époque des présages troublants,
des signes et des formes fugitives d'un type nouveau apparaissant à
l'horizon.
Es'Roc arriverait il a entrer en communication avec ces manifestations
d'un genre inconnu, comme il l'avait fait avec les dauphins?
Il fallait pour cela attendre ses nouvelles aventures .
Réagissez
ici le JSC fera suivre...
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