Paris, le 5 janvier 2000
Totalfina est une entreprise consciente de ses responsabilités vis à vis de la société et respectueuse de l'environnement. Nous cherchons à exploiter avec le maximum de précautions les ressources de la planète et nous cherchons à opérer en prenant également en toutes circonstances le maximum de précautions.
Si nous sommes conscients d'être partie prenante d'un système économique qui a ses lois et ses exigences, nous sommes tout aussi conscients de nos responsabilités vis à vis des générations futures.
Comme nous l'avons déjà expliqué, si les grandes compagnies pétrolières interviennent directement dans les activités d'exploration et de production ou dans celles de raffinage et de distribution, elles n'effectuent plus le métier d'armateur. Compte tenu de la diversité de leurs implantations géographiques, ce serait d'ailleurs matériellement impossible.
Pour transporter nos produits, nous choisissons des bateaux homologués, certifiés par des organismes de certification indépendants.
Je veux que tout le monde prenne conscience que, lorsque chez Totalfina nous prenons la décision d'affréter un navire, la sécurité et le respect de l'environnement sont les préoccupations prioritaires.
Les équipes de Totalfina qui ont affrété l'Erika ont fait leur travail de professionnels avec le souci constant de cette sécurité, ce navire ayant préalablement à son affrètement fait l'objet de contrôles stricts.
Il reste cependant que ce bateau s'est brisé et qu'au-delà de la polémique sur les conditions dans lesquelles cet accident a pu se produire, nous nous efforcerons de comprendre, à la lumière des enquêtes actuellement en cours, ce qui s'est passé afin d'en tirer des conclusions pour l'avenir, et notamment afin de renforcer encore les contrôles déjà effectués.
Dans l'immédiat, la priorité est à l'action pour lutter contre la pollution qui a atteint le littoral atlantique. J'ai souhaité aujourd'hui faire un point global sur les actions menées par le Groupe depuis le naufrage de l'Erika et vous annoncer un certain nombre de décisions complémentaires que nous venons de prendre.
1. Rappel des actions engagées par le Groupe depuis le début de l'accident de l'Erika
A l'annonce du naufrage de l'Erika, notre première préoccupation était le sauvetage des marins et je voudrais saluer de nouveau ici la qualité et le succès des interventions de la Marine Nationale et des Secours en mer qui ont permis d'éviter que ne viennent s'ajouter à des conséquences catastrophiques pour l'environnement des drames humains.
La priorité pour nous a été de travailler aux côtés des pouvoirs publics. Rappelons que sur le territoire français, la conduite et la gestion des opérations de lutte contre la pollution, en mer et à terre, sont du ressort des autorités préfectorales dans le cadre des plans Polmar Mer et Terre. Il n'était ni possible ni souhaitable que Totalfina intervienne de façon isolée.
Nous avons également travaillé avec le CEDRE pour voir comment le fioul réagissait au contact de l'eau et comment on pouvait espérer le récupérer.
Mise en place d'une cellule de crise dès l'annonce de l'accident
Dès le 12 décembre, Totalfina a mobilisé une cellule de crise composée d'une quarantaine de personnes. La cellule de crise s'est immédiatement mise à l'entière disposition des préfectures concernées en répondant de la manière la plus rapide et la plus précise aux demandes qui lui ont été faites, tant en termes de spécialistes que de ressources en matériels et en produits.
Ainsi, des relais ont été installés auprès de la préfecture de Brest dès le 13 décembre, puis auprès de celle de la Rochelle, de Nantes et de Rennes.
Cette cellule de crise est sous la responsabilité de Bertrand Thouilin, responsable des Transports Maritimes du Groupe, qui vous détaillera après mon introduction l'ensemble des opérations dont la cellule s'est chargée ainsi que les moyens qui ont été mis à disposition dans le cadre du déploiement des plans Polmar Mer et Terre.
2. Création de la « Mission Littoral Atlantique »
Pour mettre en &brkbar;uvre l'ensemble des mesures auxquelles le Groupe s'est engagé -en particulier le financement du pompage de la cargaison, la mise en place du fonds d'urgence et la restauration des équilibres écologiques- il a été créé au sein du Groupe la
« Mission Littoral Atlantique ». Les taches de cette mission et son organisation sont les suivantes :
- Nettoyage des côtes : le 30 décembre, j'ai annoncé que Totalfina mettait en place un fonds d'urgence de 40 MF destiné à aider les actions de nettoyage des côtes. En accord avec les Préfectures et les Communes des Départements touchés, ce fonds est affecté à l'achat d'équipements et à la mise à disposition d'équipes et de matériels spécialisés dans le nettoyage des pollutions et d'évacuation des déchets.
- Récupération et recyclage de la cargaison de l'Erika : le 30 décembre, j'ai annoncé que Totalfina avait pris la décision de financer les travaux de pompage de l'Erika, ceci afin que l'enveloppe d'indemnisation des assureurs et du FIPOL, qui s'élève à 1,2 milliard de francs, soit prioritairement consacrée à l'indemnisation des préjudices économiques et au remboursement des frais engagés dans le cadre de la lutte contre la pollution en mer et à terre.
- Restauration des équilibres écologiques que j'évoquerai plus loin.
La Mission Littoral Atlantique est sous la responsabilité de Pierre Guyonnet ici présent qui vous en expliquera plus en détail le fonctionnement.
Pour mener à bien sa mission, il est essentiel que la Mission Littoral Atlantique s'appuie sur des structures de terrain en contact direct et régulier avec les élus et les autorités locales. A cet effet, des représentants de TOTALFINA seront chargés de maintenir le contact sur le terrain. Je leur ai demandé également de voir avec les Maires les actions qui pourraient être engagées pour témoigner notre gratitude vis-à-vis des bénévoles qui ont fait un travail tout à fait remarquable et que je tiens à remercier au nom du Groupe tout entier.
3. Création d'une « Fondation pour la Mer »
Dès le 23 décembre, j'ai annoncé que Totalfina s'engageait à mettre en place en liaison avec les collectivités locales et les associations de protection de l'environnement des programmes de restauration des équilibres écologiques. Cette action, qui s'inscrira dans la durée, sera engagée dès la fin des opérations de nettoyage des côtes.
Pour financer ces interventions, je vous annonce aujourd'hui la création d'une « Fondation pour la Mer » ; cette fondation sera dotée d'un budget de 50 MF pour les cinq années à venir.
Trois domaines d'intervention peuvent dès à présent être envisagés, à commencer par la restauration des sites et des paysages.
Une attention toute particulière sera portée aux îles, ainsi qu'aux zones difficilement accessibles : fonds de baies, estuaires, vasières.
Un deuxième grand domaine d'intervention concernera l'avifaune. Après avoir établi les conséquences de la pollution sur les populations d'alcidés en particulier, nous souhaitons engager à l'échelle nationale mais aussi internationale, des programmes de suivi et de réhabilitation de ces populations.
Enfin, un troisième domaine pourrait concerner les habitats marins des zones côtières : plages, zones de marnage, herbiers, habitats rocheux.
4. Enquêtes en cours
Totalfina a été le premier à demander, dès le 16 décembre, que toute la lumière soit faite sur les causes de l'accident. A cet effet, le tribunal de Dunkerque a désigné un expert judiciaire agréé auprès de la Cour de Cassation qui a actuellement débuté son enquête.
Un certain nombre de communes du littoral représentées par le cabinet Huglo-Lepage ainsi que le FIPOL ont d'ailleurs demandé à pouvoir se joindre à cette expertise.
Conclusion
Nous regrettons tous cet accident.
Comme nous l'avons déjà expliqué, les grandes compagnies pétrolières n'effectuent plus le métier d'armateur, compte tenu de la diversité de leurs implantations géographiques.
Cela dit, nous ne voulons sélectionner que des bateaux en bon état et l'Erika avait subi avec succès tous les contrôles qui paraissaient nécessaires aussi bien à Totalfina qu'aux autres compagnies pétrolières et qu'aux autorités en charge de la sécurité maritime.
Cependant, un accident majeur est arrivé, il nous touche de plein fouet. Nous ferons tout pour que tous ceux qui ont subi un préjudice soient équitablement indemnisés et pour que la qualité de l'environnement soit rétablie.
Il faudra également tirer les enseignements des résultats de l'enquête pour continuer à faire progresser la sécurité des transports maritimes. Ces progrès ne peuvent résulter que d'une amélioration collective qui passera par une réglementation applicable à tous et strictement contrôlée.
A court terme, nous avons déjà pris des mesures conservatoires pour durcir encore la sélection des navires que nous affrétons (recherche plus poussée des historiques d'incidents, attention particulière dans le cadre de changements de société de classification).
A moyen terme, l'amélioration de la sécurité maritime nous paraît passer par un renforcement du rôle des sociétés de classification et par un contrôle de la qualité de leur travail.
L'intensification des contrôles des ports est également indispensable pour la bonne application de la réglementation.
C'est au niveau mondial (OMI) que devraient se décider ces mesures, l'Union Européenne pouvant avoir un rôle d'initiateur.
Dans l'immédiat j'ai écrit aux Présidents des principales compagnies pétrolières en leur proposant de préparer ensemble des propositions de mesures améliorant la sécurité maritime. Une réunion d'urgence se tiendra dès vendredi prochain dans le cadre de l'OCIMF (Oil Companies International Marine Forum).
L'ensemble des actions que nous avons entreprises, des mesures que je vous ai présentées et des axes de recherche que nous avons lancés illustrent la détermination de Totalfina de réparer les conséquences du naufrage de l'Erika et de concourir rapidement à l'amélioration de la sécurité maritime.