Sherlock Holmes a t'il réellement
existé?
Dès le prologue c’est le choc…
Les
carnets d’Ugo Pandolfi ont disparu dans l’explosion de la
Trésorerie de Bastia en 2002...
Cela met d’emblée en
doute la réelle existence des preuves de la visite du
détective en Corse. On peut alors se demander si toute
l’histoire n’a pas été inventée, même si les deux points ne
sont à priori pas liés, mais… le descendant de l’ingénieur
corse, Jean Pandolfi-Crozier a tout prévu : disparus oui mais
sauvés in extremis en numérique. Là au moins il est sûr que
l’on ne les lui demandera pas, ces fameux carnets….
…
aussitôt sortis des brumes de ce découragement de départ, la
lecture de l’ouvrage s’avère facile et captivante : le style
employé est caractéristique de l’époque littéraire et la
découverte de l’histoire nous plonge dans ce merveilleux passé
ou les plaisirs des sens et du goût se mêlaient au quotidien
sans retenue, et de surcroît en territoire corse.
Il
n’y a pas de doute, il existe bien un lien entre Messieurs De
Maupassant, Pandolfi, Holmes en ce qui touche la littérature.
Leur plume facile et leur passion commune de la nature donnent
une dimension littéraire à l’ouvrage qui n’est pas sans
déplaire, en marge de sa dimension de policier à suspense… Du
moins le croît t’on puisqu’à peu d’action(s) succèdent des
saveurs par dizaines et une découverte du plus célèbre des
détectives sous un angle inhabituel.
Les références
historiques au passé de la Corse abondent et donnent toute sa
crédibilité au récit de l’ingénieur Pandolfi. Du Corse
redécouvrant son île et ses saveurs à l’Etranger les
découvrant pour la première fois, tous se retrouvent autour de
cette littérature de «voyage suspense» qu’Ugo Pandolfi se
charge de diriger, tirant avec lui ce Sherlock Holmes dont
nous avons tous entendu parler et qui devait apparemment
décéder après un corps à corps avec… Moriartini lui-même. Coup
de théâtre, Holmes est vivant et se cache pour mieux traquer
ses ennemis, ce qui est une réussite.
Les révèlations
de Mycroft Holmes sur Pascal Paoli et le rôle des services
secrets britanniques sont des rebondissements inattendus et
remettent à cette occasion certaines choses à leur place,
voire expliquent certains comportements historiques des
parties en présence en Corse à ce temps là. Paoli père de la
nation corse en opposition à Bonaparte défenseur de la Corse
française, une manière partisane d’opposer les Français aux
Anglais, avec peu de choses restant à la patrie
corse…
Sherlock Holmes existe bel et bien, c’est LA
révélation du livre, Ugo Pandolfi l’a vu et grâce à son
témoignage écrit, nous apprenons même à le connaître mieux,
sans la présence de son cher Watson. Dommage que la lecture
des notes de bas de page soit un peu gênante avec le décalage
de plusieurs pages en aval, car elles représentent à elles
seules le résultat des recherches historiques de Jean
Pandolfi-Crozier, et sont de toute importance. Elles ne nous
éclairent pas seulement sur le contexte mais tissent aussi les
liens entre passé et présent. C’est ce passé, consigné dans un
journal et découvert depuis peu, que nous acceptons et
validons. Sherlock Holmes est bien venu chez nous poursuivre
et éliminer le Professeur Moriarty, il n’y a pas de doute et
la destruction même des carnets de Ugo Pandolfi n’y changera
rien….
Eric Schneider, Ajaccio, le 5 septembre
2004 |