" La micheline "
par Rouleau de printemps

 

J'avoue, entre Ajaccio et Bastia mon cœur balance…Je suis comme ces touristes qui, au moment crucial du choix de la location hésitent entre les deux pôles de la Corse… C'est vrai, je viens du Sud, et fréquemment, j'y reviens. Mais c'est aussi à regret que je quitte le week-end venu, ma nouvelle maison.
En empruntant notre mythique Micheline pour la première fois, je ne cache pas que je ressentis une certaine inquiétude : Bastia n'a beau être qu'à quelques centaines de kilomètres d'Ajaccio, 4h de voyage inconfortable et bruyant sont tout de même nécessaire pour joindre les deux villes, concurrentes et antagonistes. Habitant en Corse depuis toujours, je n'avais pourtant jamais mis un pied à Bastia, ville mystérieuse sur laquelle de folles rumeurs circulent dans la Cité Impériale … Les Bastiais, tous des bergers…qui roulent en 4 ´ 4…qui prononcent les S « ch »…et qui disent même pas « toc »… Rien en effet pour rassurer l'ajaccienne d'adoption que je suis devenue en trois ans. Et puis je me rappelai notre réputation : les Ajacciens, tous des monta sege… qui roulent vitres fermées l'été pour faire croire qu'ils ont la clim'… qui savent pas parler corse et qui ponctuent toutes leurs phrases d'un tonitruant « tockeuh de mackeuh !!! »… Je décidai donc de laisser les clichés au vestiaire pour me faire ma propre idée de mon nouvel « home sweet home »…
A première vue, rien de bien différent à la sortie de la gare : les sacs Sonia Ryckiel sont toujours LA référence, ainsi que les lunettes dont le logo est plus gros que les verres, bien en place sur la chevelure dégradée-effilée-brushinguée… Le caleçon Pull-in criard dépasse comme il faut du jean diesel, les portables sont toujours à portée de main…A Bastia comme à Ajaccio le règne de l'apparence est une donnée universelle. Mais à bien tendre l'oreille je perçu soudain comme un son parasite…ou plutôt, des rugissements bestiaux…La panthère perdue depuis des années à Ajaccio aurait-elle effectuée une migration ? Non, mais tout simplement, les bastiais font honneur à leur réputation et parlent fort. Très fort. Et moi, je déteste le bruit. Non ça va pas le faire. Enfin, en fouillant quelque peu dans ma mémoire, je me rappellai à quel point les cris stridents des ajacciennes en bande m'horripilaient ; et puis finalement, je m'y étais habituée.
Prochaine étape : le bar. Lieu de rendez-vous de première importance de la jeunesse, le bar est un formidable vivier de spécimens rares à observer, aussi il faut veiller à bien choisir ce bouillon de culture de première main. Une constatation : les Ice-Tea sont bien les mêmes. Enfin un peu de réconfort et de soulagement ! Mais, fait étrange, le serveur n'apporta pas de note avec les commandes. Et oui, à Bastia, on demande la note au bar quand on s'en va, une bizarrerie qui vise peut-être à ce que le client ne se sente pas chassé comme c'est le cas à Ajaccio. Cette ville commençait à m'intriguer !
Il me fallait à présent vérifier les boutiques de la ville, car si j'allais y passer un an, autant que je puisse m'y adonner à mon activité favorite d'ajaccienne superficielle : le shopping (non ce n'est pas la lecture de « Littérature du XVIIIème siècle en Ouzbekistan Magazine », désolé de vous décevoir) ! L'inquiétude pointa alors le bout de son nez : comment me repérer dans cette ville inconnue ? Heureusement, en comparaison avec Ajaccio et son alignement parfait Cours Napoléon-Rue Fesh, je ne suis pas trop dépaysée par le parallélisme Boulevard Paoli-Rue César Campinghi. La plus grande source d'étonnement pour moi fut de constater qu'avec les boutiques qu'on trouve à Bastia, il est étonnant que les Ajacciens ne soient pas en fait des Bastiais ! Seconde source d'étonnement, les vendeuses ici n'ont pas l'air emmerdées par la présence des clients.
Il me fallait à présent faire connaissance avec des Bastiais purs et durs… Malheureusement je dois avouer que la plupart de mes fréquentations sont, comme moi, des expatriés… Mais je peux tout de même indiquer que les Bastiais sont, dans l'ensemble, beaucoup plus sympathiques et ouverts, et beaucoup moins peignes-cul et hautains. En fait, si à Ajaccio, il y a énormément de faux Ajacciens et peu de vrais (beaucoup d'accusés, peu de coupables), à Bastia il existe certes un nid de ces parasites de la société qui n'ont rien à envier aux natif de la ville sus-citée, mais la plupart des gens sont vraiment beaucoup plus, comment dire, humains.
En bref, pour résumer la différence essentielle entre Bastia et Ajaccio, je conclurai ainsi : Si vous voulez rencontrer des gens sympas, courez à Bastia, mais si vous voulez voir une belle place, choisissez plutôt celle du Diamant.

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