An International Journal on Literature and Politics
Periodico di letteratura/politica/cultura
Périodique multilingue. Littérature/politique/culture
ISSN 1777-585X


CODEX CORSICAE

Kentaro Okuba
Il n’est pas donné à tout le monde d’être un fou littéraire. Surtout lorsqu’on ne possède aucune affection psychiatrique profonde. Xavier Casanova, retrouvant la méthode d’égarement du sens propre à Rimbaud, a fabriqué un outil linguistique d’une rare beauté formelle.

Codex Corsicae, l’œuvre folle, dispose en retour d’une rare vertu dévastatrice. Un diamant noir de la culture, exposé à la face des curieux, comme un code. Enigmatique et indescriptible. L’objet dont il s’agit aujourd’hui est certainement manufacturé, mais de manière purement obsessionnelle et selon au moins deux axes cicatriciels, typographique et sémiologique. Le style de la construction résulte de l’improbable rencontre entre le Breton de l’anthologie de l’humour noir, Glenn Baxter et Ludwig Wittgenstein première version (le fantassin du traité). Le discours s’articule à partir d’un concept scientifique où la vision singulière, proche de l’axiomatique et de la structure monadique caractérisée par les éléments chiffrés, s’oppose à une théorie universelle du vertige, livrée au verbiage et à la logorrhée. Voici donc le creuset de la pensée sur la Corse, qui se veut l’alpha et l’oméga d’une situation psychopathogène, d’une impossibilité culturelle à faire. Les deux points de vue, le parcellaire illustrant à merveille le côté implosé d’une culture refusant viscéralement les règles capitalistiques du XXIe siècle, le chaotique révélant l’absence de perspective d’une île en proie aux discours et aux ratiocinations, sont bien sûr compatibles selon un jeu d’allers-retours, ironiques, décalés, absurdes et brusquement significatifs. Le résultat est surprenant. Comme une bombe. Le lecteur vacille sous les coups de boutoir d’une réalité disloquée, d’un monde délirant, d’un projet dont on ne sait s’il est, selon la consigne de Flaubert, un bon moyen « de se f... du bourgeois ». Il expérimente en tout cas une vision du réel sans commune mesure avec toute autre aventure esthétique, sinon peut-être le lettrisme, et en sort ébloui ou médusé. Dans les deux cas, la vue en est affectée à tout jamais.

« 44 : PUR PORE - L’hygiaphone n’est pas une frontière. »

Vous saisissez ? Ecoutez-moi : ne manquez pas cet intense moment de surréalisme, de déconstruction et d’humour au septième degré.

Okuba kentaro

Xavier Casanova, Codex Corsicae, suivi de Esquisse d’une théorie de l’interprétation des socioglyphes de Corse, Editions Albiana, 2005, 121 p, 15 €


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