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J'avais huit ans lorsque ma famille est allée au Japon: j'y ai habité pendant six ans. C'était une expérience positive que je n'oublierai jamais. Il est très difficile d'expliquer ou de raconter ce que j'ai vécu au Japon à quelqu'un qui n'y était jamais. Le quotidien japonais est totalement différent de la vie de tous les jours en Allemagne. La langue et l'écriture présentent déjà de grandes différences, comme tout le monde sait. Tout d'abord, la ville de Tokyo / Yokohama est immense. Imaginez des autoroutes (à péage, à vitesse limitée) de plusieurs étages et souvent encombrées. Un réseau de métro incroyablement dense. Un système de circulation pour des millions d'habitants, toujours sur le point de s'effondrer, mais qui fonctionne quand même. Pourquoi? C'est que le comportement des gens est différent. En Allemagne, aux heures d'affluence, tout le monde se précipite, pousse, bouscule, se presse. Les Japonais, eux, attendent sagement leur tour, en rang de deux, comme au jardin d'enfants. Ils sont vraiment disciplinés. Pour moi, c'est un contraste profond: l'impression d'un monde chaotique, démesuré mais qui fonctionne grâce à une exactitude et une discipline de fer. Quand on entre dans un appartement japonais, on est frappé par l'étroitesse de l'espace dont dispose une famille. L'impression de cette étroitesse vient aussi des meubles nombreux, souvent entassés dans une pièce. Vivre sur si peu de place exige un art de vivre spécial. En général, les prisonniers deviennent vite agressifs. Pour survivre une telle situation, il faut développer des rites, des règles. Par exemple, avant d'entrer, il faut enlever les chaussures. Les prescriptions vestimentaires n'en restent pas là: même pour les toilettes, il y a des chaussures spéciales qu'il ne faut pas confondre avec les pantoufles que l'on porte normalement. Quelle honte que de marcher dans une salle de séjour avec des chaussures pour toilettes! Restons un moment dans ce lieu intime. Au Japon, il est souvent ultra-sophistiqué: appuyez sur un bouton, et la chasse d'eau se déclenche, appuyez sur un autre, et un doux zéphyr sèche vos fesses. Il y a pas de boutons, et je n'ai jamais pu deviner à quoi ils servent. Il y aurait des gens qui ont inondé les toilettes en appuyant sur le mauvais bouton. Le fameux sourire japonais n'exprime pas forcément de la sympathie, de la gentillesse, l'enchantement de vous voir. Il est plutôt une attitude figée, utile partout et à chaque occasion. Derrière, la vraie amitié peut se cacher quand même. C'est surtout les étrangers, qui, au Japon, profitent de cette gentillesse. Vous avez roulé trop vite? La police, vous ayant arrêté, fait mine de rien si vous, vous faites semblant de ne pas savoir parler le japonais. Cette école japonaise est l'une des plus renommées de l'archipel nippon. N'y entreront que des élèves qui auront fait preuve d'aptitudes remarquables. Un premier tri s'opère à partir d'exercices classiques de littérature, de mathématiques, de sciences naturelles, d'histoire et de langues vivantes. Après cela, une dernière épreuve décisive. Chaque candidat est d'abord introduit dans une antichambre où attendent, silencieuses, cinq ou six personnes. Très vite on l'appelle et il pénètre dans une salle très vaste, espace totalement dépouillé comme savent le concevoir les Japonais. A l'extrémité de cette salle, une solive énorme repose sur un plancher lisse. Rien d'autre, sinon un rouleau de corde et une robuste barre de fer. La consigne est d'amener la solive près de l'entrée de la salle, ce qui suppose qu'il faut la déplacer de six bons mètres. Certains élèves, se servant de la barre de fer comme levier, de la corde comme instrument de traction, parviennent, à force de sueur, de temps et d'efforts, à accomplir la performance. Toutefois, ils n'obtiennt qu'une note fort médiocre. Il y a, en effet, un autre moyen de déplacer la solive. Lequel? Florence Vidal, L'instant créatif. Paris: Flammarion 1984, p. 319 |