CHAPITRE PREMIER
Cela devait être une simple excursion de plaisir devant la côte
de l'Afrique, en été 1999, mais tout changea lorsqu'une terrible tempête
se déchaîna vers six heures du matin. Les douze jeunes qui s'étaient
embarqués sur «L'Intrépide» furent réveillés brusquement. Il y avait
un vent comme un ouragan; les lames étaient extrêmement hautes et
le bateau commença à rouler de façon véhémente. L'eau qui claquait
sur le voilier faisait un bruit énorme et attaquait avec une force
indescriptible. Les vagues devenaient de plus en plus dangereuses.
Florence remarqua la première que l'eau s'était infiltrée dans le
bateau. Elle alerta les autres:
«Au secours!» Stephanie, la plus âgée du groupe, descendit
chez elle.
«Tu penses que nous allons couler?
- Si ça continue comme ça, sans doute!» En effet, de minute
en minute, l'eau coula avec plus de vigueur. Impossible de l'arrêter.
Sur le pont, Fofo, qui tenait la barre, essayait de maintenir la direction,
mais à cause des violentes secousses c'était presque impossible. D'ailleurs,
on ne voyait presque rien.
«Nous allons couler! Nous sommes perdus!» cria Jean-Pierre.
Tout à coup, à l'horizon, une silhouette.
«C'est une île!, s'écria Thomas. - Tu parles, il n'y a pas
d'île par ici! - Si! Regarde!» Au fait, on voyait quelque chose de
gris au lointain.
«Tenez bon! On va pouvoir se sauver! Ramassez toutes vos affaires,
tout ce que vous trouvez. Surtout les vestes de sauvetage! Vite! Il
faudra quitter le bateau.» Florence, toujours pratique, toujours
débrouillarde, avait vu que le bateau allait bientôt sombrer. Heureusement,
il s'approchait encore de la côte et on pouvait discerner une plage
plate, quelques arbres. En deux minutes, tout le monde était prêt,
veste bien attachée, sac à dos sur les épaules.
«Vous y êtes? Sautez!» Mais en ce moment, la carène heurta
quelque chose de dur, un rocher sous-marin probablement, le bateau
s'immobilisa un moment et s'inclina dangereusement. La secousse avait
projeté le groupe entier à l'eau. Il fallait nager. Pas facile dans
les vagues de cette mer agitée. Mais le courant qui avait attiré «L'Intrépide»
vers la petite île, les poussa en direction de la plage. Ils avaient
de la chance, les douze filles et garçons. Sarah, qui avait bu la
tasse, pleurait de peur, tout en nageant désespérément. Elle ne voyait
plus les autres. Si! Ci et là, parmi les vagues, une tête, un sac
à dos rouge. Plus elle s'approchait de l'île, plus la mer se calmait.
Elle pouvait distinguer des palmiers et parmi eux, quelque chose de
blanc. Soudain, elle sentit du sable sous ses pieds. Sauvée! Elle
remonta la pente douce vers la plage. Arrivée, elle se retourna pour
chercher ses camarades. Ils arrivèrent, un à un, trempés bien sûr,
mais riant de bonheur.
«Mesdemoiselles, messieurs, bienvenus sur l'île!» dit Sarah qui avait
retrouvé son sourire habituel. On se regarda. Tout le monde était
là, sain et sauf. La tempête avait chassé les nuages, le soleil inondait
la petite île. Pratique pour sécher les vêtements et se réchauffer,
car on grelottait de froid. Marc ouvrit son sac-à-dos et fouilla longtemps.
«Qu'est-ce que tu cherches?
- Mes cigarettes. Putain! Elles sont mouillées.
- Tant pis pour toi. Tu as ton briquet?
- Oui, il est là.» On soupira. On aurait du feu. On avait formé un
cercle et Tim s'était assis à côté d'Ayoko qui respirait profondément
après la fatigue. Ou y avait-il autre chose? En tout cas, elle avait
pris la main de Tim. «Nous sommes où? demanda le petit Jean-Pierre
qui avait facilement peur.
- Tu vois bien! Sur une île! - Marc, ici tu ne pourras certainement
pas acheter de cigarettes!» En effet, qu'est-ce qu'on pouvait
acheter sur cette île? Etait-elle habitée?
«On doit explorer l'île et surtout il faudra trouver de l'eau douce.
- Comment faire?
- Nous allons rester ensemble, ça sera une jolie promenade du dimanche.
- Alors, les enfants, on y va.» Le groupe partit. L'île n'était pas
très grande, mais il y avait beaucoup de palmiers, différents arbres
et des plantes exotiques que les Européens ne connaissaient pas. Sophie
était heureuse d'avoir trouvé un fruit tout en couleurs et était en
train d'y mettre les dents. «Arrête! Cela ne se mange pas, cria Sika
qui était la seule à avoir remarqué que Sophie était en train de s'empoisonner.
Heureusement, les Togolais connaissaient la végétation. Sophie pâlit
et laissa tomber le fruit. En se promenant sous les palmiers et en
admirant la grande variété des plantes, des oiseaux, des papillons,
de fleurs, de coléoptères et d'autres animaux, tous très exotiques
et beaux, Kpatcha remarqua tout à coup deux huttes un peu délabrées
et cria:
«Regardez! Là-bas, il y a des huttes! - Restez ensemble, on
va voir s'il y a quelqu'un.» Mais il n'y avait personne, les huttes
étaient vides. Florence avait une idée:
«S'il y a des huttes, l'île doit avoir été habitée et il doit y
avoir de l'eau! - On cherchera la source. - J'en ai plein le dos!
On laisse les sacs ici, décida Tim. Ayoko et moi, nous resterons ici
pour les garder.»
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