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V dort il est allé seul sur une odeur sublime de frangipane au Club
Métro écouter un gars j'ai oublié le nom.
En haut dans studio, grande baie ouverte mais froid d'ombre, le tintelis
dans l'arbre du patio est tout fou. Buée dans salle de bain, le séchoir
à linge : fallait laver odeurs rances du Métro, mais aussi taches
de boues d'escapade dans les montagnes.
Hier la pluie, la pluie (en continu), mais tiède. Jean-François qui
a un air à la Papa (le mien) nous a conduit dans la montagne, serpentant
habillement (vitesse constante) entre des lacis je vous raconte pas
(des nouilles emmêlées). Nous étions là où se fabriquent les nuages,
plongeant et émergeant des poches de brumes où paissent les fantômes.
Les arbres ils les appellent Sugi ; nous on traduit en cryptomères.
Sugi, c'est mieux. Ce sont des sapins qui ressemellent à des bambous
parce qu'on coupe toutes les branches latérales. Ce sont des mats
extrêmement droits.
J'ai lu dans un livre que les femmes lavent les troncs (lavaient)
que les hommes avaient coupés. Le bois est blanc mais sent presque
comme du cèdre rouge.
Troublant ces arbres tout raides et si rapprochés, hauts aussi, et
les lacis, entre. Nous nous sommes arrêtés à un endroit où tuyau sorti
de contre-fort : de là coulait eau pure et douce.
Jean-François vient chaque semaine y prendre le nectar dans deux jerricans
plastoc.
Eau goûteuse, pluie et brume.
De l'autre côté de la route, le long de rigole de rivière, des déchets
dégueu à demi enfouis : canettes de café gisant entre fougères et
herbes inconnues de moi .
Mangé onigiri (triangle de riz). Pas trop mal au coeur, malgré les
slaloms périlleux : soyez des maîtres en arts martiaux chinois et
vous aurez tous les estomacs de nénettes à vos pieds Jean-François
est un bon. J'en ai vu la preuve, plus tard, chez lui, sur une cassette.
Mais il avait aussi esquissé quelques mouvements taïchi pour répondre
à mes questions sur un pan de barrage au dessus du vide.
Là les troncs d'arbres étaient un peu mauve à cause de la brume dans
l'ombre. Souvent ils sont verts, couverts d'une mousse spongieuse
mais pas détrempée. Nous avons aussi bu un thé au caramel dans baraque
du village Momoé qu'un paysan prête à Jean-François, son ami Jon et
leurs amies .
V a sorti des sushis au coeur jaune, fuschia ou vert ; on a ouvert
les deux fenêtres, la table chauffait par en dessous (classique).
Et puis on est allé au bain, au bain chaud, en plein air. Kuruma Onsen.
Assoupie, alanguie en regardant les gouttes tomber de l'arbre gros
de bourgeons. Entre, mes yeux, des seins voisins aux bourgeons, attitude
pensive, devant vallon sapiné. Les garçons, bien sûr dans le bain
d'à côté. Le bain un peu trop chaud (oui), les gouttes de pluies ne
réussissaient pas à me rafraîchir assez. Aurais dû approcher du rebord
(en bois) une bassine (en faux bambous) d'eau glacée (misui). Trop
alanguie.
Dîner chez Jean-François dans une maison surprenante d'agrément.
Deux étages, des tatamis, des plafonds en bois, des poutres apparentes,
des coussins recouverts de tapis aux poils longs, des fleurs belles
(que vend le marchand de vin avec autres douceurs destinées aux femmes
en colère contre mari découchés), un beau vaisselier de bois sombre
aussi ; prunes dans bonbonne de verre, kimutchi très forts, carottes
roses ; portraits du Maître (jeune et vieux), disques dansants. Pour
aller acheter de la bière, je suis sortie par la porte de derrière
à droite du jardinet.
Trois dalles de granit, de la mousse, des buissons taillés. J'ai baissé
la tête, la porte est basse ; traversé le square contigu au petit
cimetière bouddhiste apercevant déjà l'enseigne verte et orange du
"Seven-eleven" ; de retour avec mon sac en plastique, charmé par un
arbuste rond et blanc de fleurs. Délicieux bien sûr la poêlée variée,
le double poisson grillé, le vin de prune, le tofu. Le dîner s'est
préparé sans effort, pas d'attente, constance, comme dans les virages
en auto. Musique afro-cubaine gaie, mais pas la compagnie créole.
Mets entrecoupés de lectures de philosophie chinoise pratique. Je
suis buffle, et pas tigre, le tigre c'est V.
Jean-François est singe (le singe relié à son philosphe). Livres bien
traduits, mystérieux, plurivoques.
J'ai oublié le nom des livres divinatoires ; plus intéressants au
petit déjeuner que les horoscopes de Elle. Et puis j'ai vu des croupes
frémir, des ergots maîtriser le sol, des bambous tomber, des gestes
souples, des corps étranges, longs ou pas ; l'intuition d'un continent
inconnu mais réel. Des photos, des séquences vidéos, mais usées, comme
regardées à l'infini. Un vrai sabre effilé, une lance, petite, pour
s'entraîner à la maison. Seuls les manient ceux qui ont une conscience
de la mort. La philosophie chinoise avec Jean-François est pratique.
Action. Pas de la fiction. Le sabre, si tu te trompes tu ne le remets
pas dans son étui de laque mais te transperces. Moi qui n'arrive pas
à reboucher mon stylo sans me mettre de l'encre sur les doigts
Fascinée, et le V aussi. Car ce n'était pas prosélyte, mais efficace.
Ils nous a ramené à nos scooters, à l'Institut, dans le début de la
nuit. On avait de l'énergie à revendre
Comme si Bruce Lee était devenu notre ami. Le maître de Jean-François
a des lunettes funky et soixante-dix ans. Il dort le jour et vit la
nuit. Mais quand il dort, il continue à progresser.
Jean-François va depuis vingt-deux ans trois fois par semaine sur
son dojo secret. Tout cela, bien entendu, se dit à mi-voix.
Salut
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