Le 31
J'ai rêvé que le plus simplement du monde ma maman regardait et
commentait le nombre de protubérence sur mes tits ;
que je prenais un café dans un sale gobelet en plastoc parisien, pause
de copines bosseuses
Que tout s'éclaircissait : je cohabite avec un magma de pages html,
de logiciels webs, de brumes, de divers lits et futons, d'odeurs soufrées
ou aigre-douces ; bien-être aqueux, flottement, indécisions, trains
bruns qui tremblent comme les plaques tectoniques, taxi maigre et
néons, argent, what that's mean ça déjà ? ; tableaux puissants mais
perdus du demi-sommeil, sons, fôrets de sons, de voix, singuliarités
à peine entrevues, à quoi bon courir en insensée vers elles, pourquoi
?, demi-réveil moite sur le terrain vague de leur effacement, terreur
indifférente d'un oubli qui s'opère sans même laisser une trace d'amertume.
Le message trente et un est un difficile cap à franchir.
Kyoto : L'aube du mois de mars et pourtant contre fleurs de prunier
et camélias rouges, la neige. Ça fond doucement en même temps que
la nuit sur la ville embrumée : nous sommes de retour à la villa Kujo
Tokyo : Trois jours chez Zumi.
Zumi qui n'a pas dormi quand nous squattions son lit, Zumi qui a oublié
d'appeler son pote qui lui aurait prété un futon.
Zumi qui parle un drôle d'anglais et vient pourtant me dire, dans
la nuit, qu'il aime beaucoup Alex dans Mauvais sangde Carax : "Sometimes
you know, I feel the same as Alex". Me to you know Pour moi Alex c'est
un gars qui court le long d'une tôle peinte et ultra longue, qui se
cogne et saigne à la tête.
Zumi rit lui, il ne dort pas mais il rit, et fait pleins de cadeaux
( "one more present, please") :
vidéos, disques, speakers mais mon préféré : son regard en pantoufles,
devant paroi plastoc souple rose, l'oeil doux, un brin triste de nous
laisser filer J'aime bien aussi l'image du bain chaud qu'il a coulé
sur les cinq heures du mat, ses cheveux coupés ramassés ; ou celle
de la brioche emballée sur la table basse pleine de tournevis, breakfast
que je n'ai pas honoré m'enfuyant rigolante déjeuner avec Minako,
ou celle des trois verres acidulés (un jaune un rose un vert) pour
le thé au jasmin glacé, ou la canette de thé vert chaud qu'il m'a
remontée quand je disais que je ne voulais rien merci (et c'était
bien sûr de ça dont j'avais exatement envie).
Zumi, il dit toujours : "oh sorry-sory-sorry" Zumi je le voudrais
comme ami. Mais il faut être à la hauteur We'll see.
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