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Un soir enfin, comme je passais devant sa porte, je l'aperçus qui fumait sa pipe, à cheval sur une chaise, dans son jardin. Je le saluai, et il m'invita à entrer pour boire un verre de bière. Je ne me le fis pas répéter.
Il me reçut avec toute la méticuleuse courtoisie anglaise, parla avec éloge de la France, de la Corse, déclara qu'il aimait beaucoup cette pays, cette rivage, où il avait habité pendant treize années.
Mon hôte, Sir John, commença à me décrire avec passion la vie, le caractère et les traditions corses. Il me parla surtout des « vendettas » , ces querelles entre familles, de ces bandits qui, après avoir commis un crime, se réfugiaient dans le maquis pour échapper aux gendarmes et à la famille de leur victime. Il avait plus particulièrement en mémoire l'histoire surprenante d'un nommé « Bandinelli » dont les crimes ont continué même après sa mort. La nuit tombant, je lui proposai de continuer ce récit palpitant le lendemain.
Le jour suivant, à l'heure convenue, je me rendis donc à nouveau chez mon voisin. Mais une fois dans la rue je vis que sir John avait déjà de la visite. C'était un couple à l'air austère, distant, froid et inquiet. L'homme portait une grosse malle noire entourée de plusieurs chaînes cadenassées. La femme, quant à elle, jetait des coups d'œil furtifs autour d'eux. Me sentant de trop, je tournai les talons et rentrai chez moi…
A treize heures, alors que je m'apprêtais à sortir, j'entendis la porte d'entrée. C'était Sir John, avec cette malle, très impressionnante vue de près. Je lui proposai du thé et il continua son histoire sur le bandit corse. Il me dit que c'était un bandit d'honneur. Il jeta un coup d'œil à la malle, il ne m'avait toujours pas dit ce qu'elle contenait, ni pourquoi il l'avait emmenée. Puis il reprit calmement son histoire. En réalité, le nom du criminel n'était pas « Bandinelli » mais Petru-Francescu Orsini, il était devenu bandit car le père de la famille Campana avait assassiné son grand-père. A ce moment là , la voix de mon ami devint très stressée et très stressante, mais il continua son récit. Un soir, « Bandinelli » avait décidé que c'était le moment de venger son grand père, il avait attendu que la nuit tombe et était allé étranglé Orsu-Paulu Campana. En sortant de la maison des Campana, Petru-Francescu s'était fait surprendre par le fils Campana. Ils s'étaient battus. Campana avait attrapé la hache sur le tas de bois et lui avait coupé la main avec laquelle il avait étranglé son père. Depuis ce jour, la main, d'une manière incroyable, voulait se venger, et quiconque l'en empêchait mourait étranglé.
A ce moment là, sir John regarda la boîte d'un air apeuré et il me dit que la main était dans la malle. J'en eus les jambes coupées, je ne voulais pas en croire mes oreilles, une main vengeresse dans ma maison, ce n'était tout bonnement pas possible. Il me dit que des amis corses étaient venus ce matin pour lui demander de la garder loin de l'île.
Il ouvrit alors la malle, en tira une petite cage dans laquelle était enfermée et enchaînée une main d'une laideur inexplicable. Elle avait été coupée au niveau du poignet, ses ongles étaient jaunis et recouverts de sang séché, la chair à vif. On voyait que cette main était assez âgée, mais qu'elle avait encore une force effroyable, ses doigts étaient d'une longueur inimaginable. Je voyais que mon voisin essayait à tout prix de ne pas la regarder.
Il referma la malle, la cadenassa et partit sans un mot. Ayant vu et entendu ce qu'avait fait cette main, je décidai de ne plus retourner chez mon ami pendant quelque temps.
Mais un matin, alors que je me promenai avec mon chien, il se mit à aboyer devant la maison de sir John, il ne voulait plus avancer. Il s'engagea dans l'allée qui conduisait jusqu'à sa porte, j'allai le chercher, mais arrivée là bas, j'eus un mauvais pressentiment.
Je frappai à la porte, personne ne répondit. C'était ouvert. J'entrai. Et là, en plein milieu du hall d'entrée, la cage où se trouvait la main était ouverte, mon cœur commença à s'emballer. J'appelai mon voisin, il ne répondit pas, j'entrai dans sa chambre et je le vis : allongé, inerte, mort étranglé.
Alors je me baissai vers le mort, et je trouvai dans sa bouche crispée un des doigts de cette main disparue, coupé ou plutôt scié par les dents juste à la deuxième phalange.
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