Interview donnée au Journal Scolaire de la Corse
Par Noëlle Vincensini
Résitante et Déportée
Combien de temps êtes vous resté dans les camps de concentration ?
Savez-vous qui vous a dénoncée ?
Quel a été votre rôle dans la Résistance ?
Pourquoi avez-vous choisi la Résistance ?
Dans quel(s) camp avez-vous été? Un camp de concentration ou d’extermination?
Savez-vous qui vous a dénoncée?
Qu'avez-vous subi durant vos interrogatoires?
Quel genre de travaux faisiez-vous?
Etiez-vous dans un camp de femmes? Il y a-t-il des choses qui vous ont à jamais choquée?
Quelles étaient les conditions? Aviez-vous beaucoup d'amis?
Avez-vous été malade? Avez vous gardé des séquelles?
Qui vous a libérés?
Combien de temps êtes vous resté dans les camps de concentration ?
Près d’un an. De 17 à 18 ans.
Savez-vous qui vous a dénoncée ?
C’ est à dire que c’était un petit peu plus compliqué que cela.
J’étais dans une organisation de Résistance, l’I.F.T.P. et j’avais rendez-vous avec des amis du Lycée qui appartenaient à un autre groupe de
Résistants, l’A.S., qui était parachutée de Londres, et dix minutes après mon arrivée, la Gestapo était là.
En fait, l’A.S. avait été infiltrée par la Gestapo, et quand tout le mouvement s’est retrouvé à Montpellier, ils ont fait une arrestation massive de 50 personnes.
C’est à dire que si j’étais arrivée en retard, je n’aurais pas été arrêtée.

Quel a été votre rôle dans la Résistance ?
Tout d’abord, j’ai été membre d’un groupe de Lycéens qui faisaient des actions spontanées. Nous n’étions donc pas organisés.
Ensuite , nous avons été contactés par la résistance à travers un parti qui s’appelait le Front Uni des Jeunes Patriotes et nous nous occupions de la diffusion de tous les écrits clandestins, de droite comme de Gauche :
France d’abord, Combat, l’Humanité clandestine, etc...
Nous collions des affiches et collections des armes que nous transmettions à un groupement installé sur Montpellier.
Ensuite j’ai été contactée par l’I.F.T.P., je distribuais des Balises qui contenaient des armes, des écrits, du matériel d’imprimerie.
Pourquoi avez-vous choisi la Résistance ?
Il fallait vivre à cette époque pour comprendre : nous étions révoltés par le Régime Nazi, l’absence de libertés...
Les gens disparaissaient, les Allemands faisaient la chasse aux Juifs, aux Résistants et nous ne pouvions l’accepter, nous les " jeunes ".
Dans quel(s) camp avez-vous été ? Un camp de concentration ou d’extermination ?
Tout d’abord j’ai été dans la prison allemande de Montpellier, mais peu de temps car nous étions en printemps 1944, où j’ai subi 3 interrogatoires très durs.
Ensuite , j’ai été transférée à Romainville, un camp de triage, et enfin Ravensbruck. De toute façon, les camps sont faits pour exterminer. Certains donnent une mort rapide, d’autres lente. Mais, après avoir profité de notre main d’œuvre, ils nous éliminaient...
Ils ont surtout fait des exterminations massives sur les raciaux ? les enfants, les vieillards.
Qu'avez-vous subi durant vos interrogatoires ?
Nous faisions du terrassement. Et lorsque les S.S. passaient et considéraient que nous ne portions pas de charges trop lourdes, ils y mettaient toutes leurs forces et nous devions continuer porter car nous étions les femmes et eux les " maîtres "
Quel genre de travaux faisiez-vous ?
Je ne préfère pas donner des des détails car, maintenant encore, cela me choque, mais j'ai été battue, pendue...
Bref, j'ai été assez malmenée.
Etiez-vous dans un camp de femmes ?
Oui, en effet. Ravensbruck était un camp de femmes.
Il y a-t-il des choses qui vous ont à jamais choquée ?
Je dirais même que le mot " choquée " est insuffisant pour dire ce qui s’est passé dans ces camps. En effet, nous étions à toute heure aux ordres et à la merci du sadisme des S .S ; par exemple, le soir, après avoir travaillé toute la journée, ils faisaient un appel général : deux heures à rester debout, quel que soit le temps...
Quelles étaient les conditions ?
Aviez-vous beaucoup d’amis ?
Les conditions de vie étaient épouvantables : elles étaient faites pour que nous mourions au bout de cinq ou six mois.
De plus, réveillées à quatre heures du matin et parfois en pleine nuit, nous n’avions aucun répit.
Bien sûr, et je pense que sans cette solidarité entre détenus, personne ne serait revenu de ces camps. Et dans ce sens, un des principaux buts des camps, qui était de nous faire devenir des bêtes, a échoué
Avez-vous été malade ?
Oui, mais dans les camps, il ne valait mieux pas être malade longtemps, sans quoi les " Commandos Noirs " vous abattaient impitoyablement dans un lieu qu’on appelait " l’abattoir ", une sorte d’impasse où ils exécutaient les femmes " non valides ", ou bien ils les " piquaient "
Sans oublier les punitions de cachot, sans manger durant des jours...
Avez vous gardé des séquelles ?
Oui, bien sûr, comme tous les détenus, morales comme physiques.
C’est une expérience inhumaine...
Qui vous a libérés ?
Les Russes. Peu de temps avant l’ armistice, je crois que c’était le 28 Avril.
Interview réalisé en mars 2000 par Jean-Pascal du Collège Fesch
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