

Je dis simplement que tout est devant nous. Les Corses ont une part de responsabilité
énorme. Ils faut qu'ils changent de cap. Un homme assisté a besoin de se reconquérir,
de se remettre debout, c'est difficile, ça ne se fait pas facilement. La dépendance
elle tue. Ici les Corses ils sont contre l'indépendance, mais ils sont aussi
contre la dépendance parce que c'est la dépendance qui les tue. La Corse de
demain c'est une autre façon d'imaginer l'avenir, c'est sortir de cette Corse
pauvre et handicapée. La Corse n'est ni pauvre, ni handicapé. C'est un paradis
en jachère. L'insularité n'est un handicap que lorsqu'on instaure un système
d'assistanat, d'assujettissement, qui tue à la fois l'homme, ses potentialités,
qui coupe les mains des hommes. Ici on coupe 99% des mains des hommes. C'est
le propre de toutes les terres assistées. C'est comme ça qu'on appauvri les
populations et qu'on vide un pays de ses potentialités, de ses élans…. .

Notre prochain album s'appellera d'ailleurs " Humani ", humain. Dans la
lecture qu'on fera de la question Corse dans 20 ans, 30 ans, 50 ans, on
comprendra que c'était pas un combat Corse, mais que c'était un combat pour
une certaine idée de l'homme avec tout ce que cela peut comporter de maladroit
ou de douloureux. Je mène le combat de la façon la plus digne, dans la fraternité
des peuples, dans l'identité sans l'hostilité, dans l'identité sans la xénophobie,
justement parce qu'on a souffert d'un système qui nous a d'une certaine
façon renié.
Lorsqu'on avance avec comme seul bagage sa simplicité , son naturel, il
y a une force extraordinaire, la force de rallier, de relier… Je rêve
que les chansons, la musique changent un peu le monde. Je rêve qu'on arrive
à vivre mieux. Je rêve d'un monde plus humain, en sachant que c'est une
utopie. Je rêve de tisser des liens, de rapprocher les gens, de leur parler,
de chanter en leur ouvrant les bras, en les interpellant. Je crois vraiment
que les mots justes changent le monde, que les gestes justes changent
le monde. Mais j'ai du mal à être mon avocat. On a pas de preuve, on laisse
juste des petites pierres sur le chemin. J'espère qu'elles sont belles.
On n'est jamais partie avec l'idée de porter un message, car on peut se
cacher derrière un message, on peut faire sembler, on peut calculer. Ce
qui m'intéresse, ce qui intéresse I Muvrini c'est le parcours… Lui il
est visible. Ou les chansons de la force ou elles n'en ont pas. Si elles
ont besoin d'un avocat c'est qu'elles ne sont pas assez fortes. Et si
notre action a besoin d'être expliqué, argumenté, explicité, décortiqué,
c'est qu'effectivement elle manque de force. J'ai donc le sentiment qu'on
est en mouvement, en chemin et que sur ce chemin là il y a des gens qui
nous reconnaissent par les petits cailloux blancs qu'on a posés.
Interview de Francis GUTHLEBEN journaliste à " L'ALSACE "
Commentaire :
Cet été, lors de la traditionnelle tournée estivale en Corse, Jean-François
Bernardini a offert une lecture pleine de tendresse et d'humour du problème
corse… "
Le problème corse ça peut se résumer à une histoire de la vie quotidienne:
est-ce qu'on peut enfin se mettre d'accord sur le programme télé qu'on
veut regarder ensemble ?
En Corse longtemps on n'avait pas de télé et on a manifesté.
En 1981, on nous a finalement envoyé un téléviseur pour toute l'île. On
regardait Les feux de l'amour, Dallas, la météo… On prenait ce qui venait.
Un jour on a demandé le programme. On nous a répondu : Non on peut pas
vous envoyer le programme. Car avec la Corse, le programme il est susceptible
de changer à tout moment. Le pire c'est quand on a inventé les télécommandes.
Un jour on était sur les Feux de l'amour et ça a zappé sur le Loto. On
a rien compris. On a immédiatement téléphoné à la mairie, qui a téléphoné
au conseil général, qui a appelé l'assemblée de Corse, qui appelé la préfecture.
On nous a répondu : oui, il y a des télécommandes. Mais pour vous, la
télécommande elle est à Paris. Un jour ou ça zappait encore plus on s'est
rendu compte qu'il y avait deux télécommandes et selon celui qui l'avait
ça partait dans tous les sens et c'est là qu'on a recommencé à manifester.
Il y a ceux qui voulaient casser la télé, ceux qui voulaient l'éteindre…
Sur ce, Matignon est arrivé et on a négocié. On a fait des propositions
et on nous a expliqué : on peut pas vous donner de téléviseur supplémentaire,
parce qu'après il y a les Basques qui veulent la prise péritel, les Bretons
qui veulent le 16-9e, on s'en sort plus…
Finalement on nous a dit pas de télé supplémentaire, mais plein de télécommandes…
Ah, c'est pas encore demain qu'on regardera les feux de l'amour tranquille
! Et puis on nous a assuré qu'en 2004 on aura la parabole, mais jamais
le satellite ".