Interview donnée au Journal Scolaire de la Corse

Par Jean-François BERNARDINI
Chanteur et Poète Corse


Quand avez-vous surfé sur Internet pour la première fois, utilisez-vous internet ?
Avez-vous un site-web officiel ? Aimeriez-vous avoir un site perso plus rigolo ? ou fait par un Fan-club ?
Internet dans les écoles et les collèges, y croyez-vous ? Les profs nous disent ne pas être formés pour cet outil de communication...
Où passez-vous vos dernières vacances ? Il paraît que l'on a tous un parent corse, est-ce votre cas ?
A une certaine presse anti-corse qu'auriez-vous envie de dire ?
Quelles grandes voies voyez-vous pour sortir la Corse de ses problèmes économiques ?
Quel serait votre vœu pour la Corse pour le 3° Millénaire ?


Quand avez-vous surfé sur Internet pour la première fois, utilisez-vous internet ?

J'ai débuté sur Internet il y a deux ans environ.
Je n'ai pas encore l'équipement Internet chez moi parce que là j'ai déménagé. Donc je le fais moins souvent que je le voudrais, mais là au bureau on a Internet.
Au bureau, j'utilise Internet assez souvent, mais moins que je le souhaiterais parce que mon métier ne me laisse pas toujours tout le temps et la liberté que je souhaite, c'est-à-dire que j'ai des priorités : c'est l'écriture, la tournée, voilà. Et puis, en même temps, je n'ai pas eu, jusqu'à présent, l'outil Internet chez moi qui me permet de le faire plus librement.
Il m'arrive d'avoir surfé sur les sites Internet des autres parce que d'abord, c'est un référent.
La première chose qu'on fait quand on est chanteur … on se dit ça serait bien qu'on fasse un site Internet
On y a pensé il y a trois ans, et la première chose qu'on fait, c'est regarder le site des autres. On a regardé les gens du monde entier, ça nous a intéressés et rendu curieux.
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Avez-vous un site-web officiel ? Aimeriez-vous avoir un site perso plus rigolo ? ou fait par un Fan-club ?

Oui nous avons un site officiel.
On l'a mis en place il y a deux ans et demi et là on est en train de le restructurer. Il est devenu Imuvrini.com on n'avait pas vraiment un site bien identifié. Aujourd'hui, il est mieux restructuré, on travaille aujourd'hui à sa restructuration pour le rendre encore plus attractif.
C'est nous même qui le pensons, mais en même temps, on se fait aider par des techniciens. J'ai fait venir un technicien qui nous a expliqué comment modifier, On va faire appel à un créatif pour inventer, pour nous créer nos pages, le graphisme de nos pages, parce qu'à un moment donné, on a besoin d'une technicité qu'on n'a pas.
Après, on envisage de faire des opérations à la fois parce qu'un Internet c'est intéressant comme un lien avec l'extérieur et avec l'ailleurs. On peut imaginer que tous les mois ou tous les deux mois on pourra dialoguer en direct avec les Muvrini sur Internet par exemple. On intègre l'outil Internet puis on essaie de trouver la façon originale de l'utiliser.
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Internet dans les écoles et les collèges, vous y croyez ?

Oui.
Mais Internet est intéressant que s'il répond à des questions, ce n'est pas une finalité, c'est un outil, (il faut avoir un but) si on n'a rien à enregistrer ou à se dire, il peut être totalement obsolète c'est-à-dire ne servir à rien. Internet c'est un peu ça aussi, il se trouve qu'aujourd'hui, avec le travail que fait le groupe au niveau international, on a de plus en plus de connexions, on a de plus en plus d'interlocuteurs, il y a plein d'autres pays qui s'intéressent à nous et qui découvrent notre musique. Je pense que c'est un outil qui est un raccourci, c'est une sorte de boite aux lettres, de téléphone, un fil rouge avec le monde...

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Où passez-vous vos vacances ?
Cela fait bien longtemps que je n'ai plus pris de vacances...
On travaille beaucoup dans ce métier...
On est beaucoup sollicité aussi...
La corse nous sollicite aussi beaucoup, quand on y voit tout ce qui se passe, et bien notre esprit n'est pas souvent en vacances...
Et sur mon emploi du temps j'ai rarement l'occasion d'inscrire "libre" , "vacances"...
Mais comme mon métier est ma passion, c'est aussi du travail d'être ici avec vous, mais aussi une façon d'oxygéner votre esprit, d'être en vacances...
Plus on est responsable plus on donne...
Pour moi être en vacances... c'est de dire aujourd'hui: il y a rien sur mon emploi du temps, et je peux faire du sport, voir des amis, aller au concert voir les autres...
A l'affirmation tout le monde a un parent corse, que diriez-vous ?
Là où il y a de l'humain, j'ai des parents et ma famille, c'est comme ça.
Alors après, c'est clair qu'il y a des gens que je vois plus que d'autres. Dans mon coeur et dans mon esprit, je suis parfois choqué de pouvoir entendre dire " tous les parents aiment leurs enfants " et en même temps je ne peux pas accepter qu'on aime ses enfants et que l'on puisse cracher sur celui de l'autre ou d'excuser l'agression sur l'autre.
Il y a la famille et le sens plus large de la famille : celle de l'humanité, elle est aussi importante que l'autre.
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A une certaine presse anti-corse qu'auriez-vous envie de dire ?

Je pense, à mon avis, qu'il n'y a pas forcément une certaine presse anti corse, c'est plus une incapacité à poser les bonnes questions.
Je crois qu'il y a une couche qui est superficielle : en Corse, il y a la violence, tout ce qu'on dit, tout ce qu'on voit tous les jours, et puis il y a le soubassement. Ce qui fait qu'à un moment donné, il y a des choses. L'information est quelque chose qui se vend aujourd'hui, la violence c'est télégénique, s'il y a des bombes ça passe à la télé, ça fait les grandes pages des journaux, plus c'est spectaculaire et plus ça correspond ce que l'on montre à ce que l'on dit, à ce qu'on le photographie, il y a des meurtres : il y a des caméras qui arrivent, ça c'est une donnée qui, à mon avis, est commerciale. Et après, il y a l'incapacité à dire ce qui se passe réellement en Corse, pourquoi en Corse il y a de la violence, pourquoi il y a des comportements que l'on déplore.
La question est de se dire " est-ce qu'il y a des peuples qui naissent plus violents que d'autres, plus intolérants ? " : non, moi je ne crois pas. La violence elle est partout dans le monde aujourd'hui, regardez les guerres dans le monde. Moi, ce qui m'intéresse, comment on en arrive là et surtout, comment on en sort.
Je ne pense pas qu'il y ait une presse anti Corse, mais tout est réuni pour qu'on soit dans l'incapacité de dire ce qui se passe réellement en Corse. Comme on ne sait pas trop le dire, comme on ne sait pas trop le comprendre, et que parfois on n'a pas trop envie de le comprendre, et bien on dit ce que l'on voit. La position de responsabilité, d'honnêteté, c'est celui qui, à la fois, dit " non, ça ce n'est pas bien, on ne peut pas faire ça " mais en même temps il dit " il faut qu'on change là dessus, ça ce n'est pas juste, ça il faut qu'on le modifie ", il y a un lien entre les deux. Il y a des choses déplorables qui se passent mais, en même temps, il faut comprendre pourquoi elles se passent. La vraie responsabilité est là. Par contre, ils laissent croire qu'ils sont anti Corse. Parce qu'on est dans une situation qui est complexe et qu'il y a beaucoup de gens qui n'ont pas forcément intérêt à dire ce qui se passe et pourquoi, alors on dit " c'est les Corses, ils sont violents, ils ne comprennent rien " et ça peut faire mal au niveau d'une communauté.
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Quelles grandes voies voyez-vous pour sortir la Corse de ses problèmes économiques ?

Durant des années, on a dit aux Corses que la Corse était pauvre et handicapée, c'est comme si un professeur commençait à dire à un élève " tu es un bourriquot ".
La voie pour que la Corse avance, c'est justement d'oublier çà, parce que la Corse n'est ni pauvre ni handicapée, elle est riche, on peut y faire mille choses et les plus belles choses du monde, et elle n'est pas handicapée parce que c'est une île : après, tout dépend la politique qu'on y mène et de ce qu'on veut y faire.
La première voie c'est celle là : il ne faut plus se dire que la Corse est pauvre et handicapée, qu'on ne peut rien y faire et qu'il faut partir.
Il faut se dire que la Corse a des richesses et des potentialités.
Plus l'homme sera intelligent, travailleur et cohérent, et plus il va y vivre mieux. Ce n'est pas parce qu'il fait beau en Corse qu'on peut y vivre bien. On ne vit pas que de beau temps et de plage.
Il faut qu'on ait confiance en nous et qu'on travaille, par exemple se dire je vais être menuisier mais je vais être le meilleur menuisier du monde, chacun, là où il est, doit faire la plus belle chose possible, et la plus cohérente et la plus originale. C'est les idées, l'imagination.
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Quel serait votre voeu pour la Corse pour le 3° Millénaire ? A mon avis, que nous soyons à la hauteur de ce que la Corse nous donne naturellement et qu'on soit à la hauteur d'une certaine idée de l'homme, c'est-à-dire la solidarité, la fraternité. J'ai toujours vu mes parents travailler, ma mère travaillait comme un homme dans le village, elle faisait tout : les cochons, elle se levait à 5 heures avec une bassine sur la tête pour laver le linge alors qu'il faisait 3°, dans un lavoir faire les draps de la famille, je voyais des grands-mères bêcher le jardin le matin pour moi, pendant que je descendais à l'école. La valeur essentielle est le travail, les Corses, s'il sont toujours là, c'est parce qu'ils travaillent. Soyons à la hauteur des richesses et des beautés de la Corse. Soyons à la hauteur d'une certaine idée de l'homme, l'humanité, la fraternité, être frères de tous les hommes et l'intégrer fortement et en même temps, ayons confiance en eux, c'est un devoir de croire dans notre langue, dans notre identité, dans l'attachement que nous avons à la Corse, à la façon de la protéger, mais en même temps à la promouvoir, de nous y construire et d'être ouverts. Quand on défend une cause juste, il faut la défendre juste, il faut qu'on construise ce pays et ça passe par nous tous, ce qu'on se demande à nous tous.

Interview réalisé début décembre 1999 par Nora OUSSA et Daniel T
Classe CIPPA du collège de Baleone

Un grand merci à l'accueil chaleureux des Muvrini qui nous ont offerts des cadeaux, le plus beau est l'invitation à l'automne 2000 de toute notre classe à leur concert de Bercy...

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