Interview donnée au Journal Scolaire de la Corse

Par Nathanël MAÏNI
Comédien


Comment devient-on comédien à vingt ans ?
Où es-tu parti pour faire du Théâtre ?
D'où te viens quand même cette envie de faire du Théâtre ?
Comment as-tu vécu cet "exil" ?
Quel est ton avenir proche ?
Conseilles-tu aux jeunes de suivre ton exemple ?



J'ai 20 ans !

Comment devient-on comédien à vingt ans ?

Ma vie commence à 15 ans...
(rires)
Avant ce n'est pas très intéressant; juste une vie normale de petit corse...
A 15 ans juste après mon Brevet, j'ai décidé de partir " faire du Théâtre "
Depuis toujours j'ai su que j'allais faire du théâtre, je ne me suis même jamais posé la question de savoir pourquoi uo comment cela est venu, car je l'ai toujours eu en moi, comme une respiration.

remonter
Où es-tu parti pour faire du Théâtre ?
J'ai choisi Avignon.
La première raison de ce choix a été que le conservatoire d'Art dramatique ouvre ses portes aux jeunes de 16 ans alors que pour les autres il faut attendre d'avoir 17 voire 18 ans... Je ne voulais pas attendre !
(rires)
Et puis Avignon est une ville artistique complète. J'ai dû choisir un établissement scolaire, un internat et je suis allé dans un établissement très stricte chez les Jesuites ! Je pouvais suivre des cours à l'atelier St Joseph.
Je n'y suis resté qu'un an, j'ai pris à 16 ans un studio et je me suis inscrit au lycée et au conservatoire, je faisais la navette entre les deux, mais j'ai vite dû abandonner ma scolarité pour me consacrer aux 6 à 8 heures de cours par jour au conservatoire.
J'y ai suivi des cours de chant, de danse, d'escrime traditionnelle et artistique pendant 3 ans.
Cela a été une très bonne école, en plus du théâtre on doit faire des lectures publiques, il y a aussi à côté d'Avignon la "Chatreuse" où des auteurs sont hébergés pour réaliser au calme leurs oeuvres, nous avions la chance de pouvoir les approcher, d'y être accueillis, et dès la fin d'un texte, nous l'avions en main pour le livrer au public.
Quelle merveille pour un comédien, pour un jeune de créer une oeuvre toute fraîche, de s'en imprégner et de la présenter au public !
J'en suis sorti à 19 ans. Au début nous étions 200 en première année, en dernière année plus que 4 ...
2 filles et 2 garçons.
C'était assez dur... chaque trimestre nous étions sélectionnés, mais voilà, çà c'est bien passé.
Puis je suis "monté" à Paris.
J'ai passé plein de concours, visité des tas d'agences. Il ne se passait trop rien pour moi... Je suis donc entré dans un petit cours, chez Pierre Spivakoff.
On y fait un travail original, et génial, très en profonduer. On y est avant tout peu nombreux, on réalise un travail "à la caméra" que j'ai ainsi découvert. Ensuite j'ai fait plein de choses, de l'assistanat à la mise en scène, des cours métrages...
remonter
D'où te viens quand même cette envie de faire du Théâtre ?

Non, c'est indéfinissable, ce n'est pas une envie...
Je ne me suis jamais posé la question que je pourrais faire autre chose, ce n'est même pas une évidence.
Peut-être est-ce l'art du mensonge ?
(rires)
Peut-être lorsque très petit j'ai découvert que je pouvais influencer avec les mots, avec le jeu des mots...?
Et puis c'est l'envie de dire des choses, comme certains chantent, écrivent, jouent. J'aime les textes, leur lecture, les interpréter.
remonter
Comment as-tu vécu cet "exil" ?

Très très mal, pendant 2 ans je pleurais tous les jours, mais je vivais çà comme un défit, et je me suis donc accroché à cette idée, et maintenant à 20 ans, après 5 ans, je ne regrette pas du tout. Je pense qu'en débutant jeune j'ai une longueur d'avance.
Ajourd'hui dans "le milieu" on commence à me faire confiance, j'ai pris de la mâturité. C'est vari qu'en arrivant sur Paris à 19 ans, on ne prenait pas au sérieux, je pense...
C'est pour cela que l'acquis de la formation est important, pour passer les caps.
remonter
Quel est ton avenir proche ?

Dès que j'ai l'occasion de venir travailler en Corse, je le fais, cela me permet de revoir mon pays, ma famille, mes amis...
Pendant 2 mois (janvier février) j'étais sur une pièce Britannicus de par A Voce di a en répétition, j'interprète le rôle de Britannicus, je suis le seul corse de la troupe... La première était à Bastia le 29 février, il va y avoir une tournée en Corse puisune nationale à partir d'octobre.
Je suis ici car hier j'ai tourné pour France 3, une nouvelle série.
Je commence à avoir une expérience au niveau cinéma, mais ma passion c'est le théâtre, donc je ne m'arrêterai pas, mais comme on en vit très mal, je compte faire du cinéma.
Je me bats depuis 10 mois pour avoir un agent très côté à Paris, je pense que nous signerons bientôt !
remonter
Conseilles-tu aux jeunes de suivre ton exemple ?

Tout dépend de la motivation... Je pense qu'il faut partir jeune, le plus tôt posssible. Il faut faire plein de choses, jeune ! J'ai conscience aujourd'hui que mes années galères, sont inexistantes car j'étais trop jeune pour les subir réellement. Un comédien qui suit un cursus "normal" après son bac à 19 ans et qui doit encore faire le conservatoire pendant 3 ans sort à 21 ou 22 ans, il est conscient de "galérer" J'ai appris plein de choses, c'était un vrai pont. Je n'ai pas conscience d'avoir galéré, tout c'est fait naturellement, aussi je pense qu'il faut faire çà jeune. Mais à 15 ans, ce n'est pas possible de partir pour Paris surtotu sans support famillial. Avignon a été l'idéal, C'est une très jolie petite ville, avec du soleil, très artistique, pas trop loin de la Corse et de Paris.
Et puis il ne faut pas risquer d'être traumathisé ou découragé, il faut pouvoir tenir le choc. En fait il faut arriver à Paris déjà "armé" avec un bagage, une certaine mâturité, sinon on risque de se faire bouffer.

Interview recueilli en mars 2000 par Jacques
Du Collège Laetitia d'Ajaccio.

            [Les Unes]             [Le sommaire]             [Les Interviews]