Interview donnée au Journal Scolaire de la Corse
Par Francis HUSTER
Comédien
Pourriez-vous nous parler en quelques mots de la pièce " Huster Malher " que vous allez jouer à Ajaccio ?
Qu'est ce qui vous a mené à jouer en Corse ?
Vos impressions ?
Que connaissez-vous de l'univers culturel corse ?
Et Robin Renucci ?
Avez-vous un conseil à donner aux jeunes acteurs ?
Et vous, comment avez-vous débuté ?
Oui, il faut de la technique ?
Vous pensez que le cinéma et le théâtre sont complémentaires ?
Que pensez-vous du nouveau cinéma français ?
quel message aimeriez-vous délivrer au jeune public corse ?
Avec quel acteur aimeriez-vous jouer ?
Que pensez-vous du nouveau cinéma français ?
Pourriez-vous nous parler en quelques mots de la pièce " Huster Malher " que vous allez jouer à Ajaccio ?
C'est une pièce écrite sur un des plus grands musiciens Gustav Mahler qui a vécu en Autriche. Il a été directeur de Vienne, 10 ans de 1897 à 1907. Il fut acheté par les Américains tel que l'on fait aujourd'hui des transferts de foot, parce que c'était un des plus grands. En même temps chef d'orchestre, Gustav a été aussi compositeur, il a écrit 9 symphonies.
Je suis parti de sa vie, et de sa biographie, et tous les documents d'époque pour retracer son parcours à la fois comme chef d'orchestre directeur de l'opéra de Vienne, comme compositeur et en même temps en évoquant sa vie privée.
La pièce part d'un fait historique, le soir de son dernier concert à l'opéra de Vienne, où il s'adresse à ses musiciens qui sont dans la fosse d'orchestre, là, il règle ses comptes. C'est à la fois le parcours artistique de Gustav Mahler comme on aurait pu évoquer le parcours de Mozart ou de Beethoven ou bien de Wagner.
La pièce évoque aussi sa vie à Vienne à cette époque là : c'est à dire au vu de la situation politique.
Qu'est ce qui vous a mené à jouer en Corse ?
J'ai voulu faire une tournée sur tout le territoire français et comme la Corse fait partie du territoire français :
je suis venu ici en Corse. J'ai failli en effet venir plusieurs fois, je suis très ami avec Marie-José Nat qui est corse bien sûr et qui habite à Bonifacio.
Plusieurs fois, nous avons failli venir. Mais nous avions des tournages, pourtant nous nous étions jurés après " Terre Indigo " avec Marie-José de venir passer des vacances ici.

Vos impressions ?
Demain, je vais visiter Ajaccio.
Je ressens le besoin de voir par moi-même puisque je suis en train d'écrire une pièce sur Napoléon.
Je suis très intéressé par ce que je vais ressentir dans la ville. Je pense que ceux qui arrivent de France sont très étonnés.
Depuis que je suis arrivé, tout à l'heure, alors que j'étais sur la plage au bar Marina, je regardais c'est vraiment étonnant cet esprit de solidarité qui règne chez vous et c'est ce que j'ai remarqué dans tous les textes sur Napoléon.
Que connaissez-vous de l'univers culturel corse ?
Je sais ce qu'il y avait cette année au théâtre puisque c'était la programmation dont je faisais partie.
Nous sommes complètement inconscients de ce qui se passe ici, à part le Gazelec d'Ajaccio et le S.C.B.
Pour nous, la Corse à part les problèmes qui surviennent tous les X temps reste un mystère.
Aussi non, je ne connais pas d'acteurs corses excepté Marie-José Nat.
Et Robin Renucci ?
Ah oui ! ! !
J'ai tourné avec lui au moment de " La Grande Cabriole " qui était un film de Nina Companez, où il y avait Bernard Giraudeaux, Fanny Ardant...
Et je sais qu'il fait ici un festival de théâtre, il a justement ce côté de clan et on le ressent très bien ici.
Avez-vous un conseil à donner aux jeunes acteurs ?
Je donnerai trois conseils:
le premier c'est qu'on ne peut pas le faire tout seul, c'est impossible, et ce n'est pas la peine de cirer les bottes à des personnes célèbres ; il faut faire coalition avec les gens de sa génération. Nous, nous avons eu la chance d'être au conservatoire : une promotion exceptionnelle et incroyable nous avons tous réussi, c'était un coup de bol, cela arrive très rarement. Avant il y a eu la promotion avec Belmondo, Jean Pierre Marielle... Donc on ne peut pas le faire tout seul, ça c'est le premier point.
Le deuxième point c'est de choisir un cours d'art dramatique qui vous ressemble. Il ne faut pas aller forcément dans un cours célèbre, mais dans un cours où les élèves vous ressemblent, donc c'est là où il faut être.
Ce n'est pas le professeur, si par coup de bol, c'est quelqu'un de célèbre, c'est quelqu'un de célèbre ! Si c'est quelqu'un d'inconnu, ce n'est pas grave, on s'en fout. Le principal c'est de bien situer les élèves, c'est la même chose qu'un joueur de foot, si c'est un grand joueur il faut que les gars de l'équipe soient comme lui, lui ressemblent.
Le troisième, c'est de s'accrocher parce que ce qu'un jeune comédien doit comprendre c'est qu'il y en a qui vont réussir entre quinze et vingt, d'autres leur carrière commencera à cinquante ans. Il y a des carrières qui commencent très tard, cela dépend de l'emploi qu'on a. Nous ne sommes qu'une dizaine à avoir jouer continuellement, et à avoir pu passer le cap des 20 ans, 30, 50 ans. Il y en a qui explosent à 35 ans et d'autres qui finissent leur carrière même à 25 ans.
Et vous, comment avez-vous débuté ?
Moi j'ai débuté complètement par accident, je devais être médecin et puis finalement je me suis cassé la jambe au ski et donc j'ai pris des cours de théâtre au lieu d'aller au foot parce que j'avais la jambe dans le plâtre.
Comme je devais être médecin, c'était important de ne pas être timide et on m'a conseillé de prendre des cours de théâtre, uniquement pour cela et puis, je suis rentré au conservatoire très vite.
Ça a été vraiment très rapide. J'étais à la comédie française et je ne devais rester qu'un an et j'y suis resté dix ans.
Pareil à la compagnie Barrault. Tu ne peux pas faire ce métier si tu ne prends pas de cours de théâtre : c'est bidon, il ne faut pas écouter les discours scandaleux de comédiens qui parce que tout à coup font trois films au cinéma et montent les marches à Cannes se permettent de dire qu'apprendre ça ne sert à rien et ce n'est pas vrai, ce sont de sales hypocrites !
Parce que sans les cours de théâtre, ils n'y seraient jamais arrivés, il y en a un sur dix mille qui réussirent sans prendre de cours, c'est comme les gens qui disent qu'ils font du tennis sans jamais avoir pris de cours, " O.K. mon vieux très bien ", deux ans après ils se font un tennis Elbow.
De ces acteurs, il y en a un sur dix mille qui réussit, et il est obligé deux ans après de prendre des cours.
Oui, il faut de la technique ?
Et bien c'est à dire, que je ne peux pas donner de meilleur exemple que celui du tennis, lorsque tu ne prends pas de cours de théâtre tu ne sais pas respirer et au bout de deux représentations tu as la voix pétée, tu sais ton texte et au bout de la dixième tu l'oublies, c'est un métier où il faut apprendre.
Vous pensez que le cinéma et le théâtre sont complémentaires ?
Je pense que les acteurs de cinéma n'arrivent pas à la cheville des acteurs de théâtre.
Bon, il y a bien des films artistiques absolument superbes, c'est normal qu'ils en fassent la promotion. Mais on ne peut pas comparer un acteur de cinéma et un acteur de théâtre comme on ne peut pas comparer quelqu'un qui fait du golf et un recordman du cent mètres en athlétisme : il n'y a pas de sots métiers.
Il y a des acteurs de cinéma sublimes mais comme par hasard il y en a 90 pour cent qui ont fait du théâtre. Je n'ai aucun à priori sur les acteurs du cinéma et quand on me demande de faire du cinéma par rapport à mes projets de théâtre j'y vais. Je suis très content d'avoir fait " le dîner de cons " mais si tu veux, je sais qu'il faut surtout enlever de la tête des jeunes qu'acteur de cinéma ça suffit. Ce n'est pas vrai ça leur suffira pas dans leur vie, il y a un moment où ils sont obligés de faire du théâtre mais attention le théâtre ne se limite pas seulement au classique.
Elie Semoun et Dieudonné, ce sont des acteurs qui n'ont rien à apprendre. Alors si demain, ils veulent jouer l'un Othello et l'autre Sganarelle de Dom Juan, ils seront absolument géniaux. Ce sont des gars qui ont appris leur métier en faisant ce que j'appelle du théâtre c'est à dire de la scène : un rapport direct avec le public. Le théâtre c'est du music-hall avec un texte écrit.
Par conte au cinéma, c'est autre chose, au cinéma quand tu as la chance d'être parmi les quatre ou cinq stars, tu apprends ton métier sur vingt ans ou quarante ans de métier. Tu les entendras tous dire, " je suis content je refais du théâtre ".
Que pensez-vous du nouveau cinéma français ?
Aussi bien dans le cinéma que dans le théâtre, il y a un renouveau. Je pense que le cinéma doit être diversifié, c'est comme la cuisine, il doit y avoir de tout : aussi bien du foie gras, que du mac do, aussi bien des pâtes que du chinois, du couscous ou ce que tu veux. Pareil, pour le cinéma, il ne faut pas croire qu'il y a un cinéma meilleur que les autres, il ne faut pas croire que les pâtes soient mieux que le foie gras ou que la langouste c'est mieux que le calendos. Je crois que ce qui est magnifique dans le cinéma français et dans le renouveau, c'est qu'il est très personnel, donc il amène quelque chose.
Il y a dix ans c'était le renouveau du cinéma espagnol, dix ans avant c'était le renouveau du cinéma anglais, et le renouveau du cinéma allemand. Dans dix ans, ce sera le renouveau du cinéma russe. A chaque fois, c'est une petite pierre de plus.
Pour parler de mes goûts personnels, je trouve que tous les vingt ans il y a une bataille, entre celui qui prend le dessus entre l'auteur, entre l'acteur et entre le metteur en scène.
Alors suivant les années, c'est le metteur en scène qui prend le dessus, ça donne un certain style de film et suivant les années ce sont les acteurs, ça en donne un autre, les autres années ce sont les auteurs. Je trouve que pour l'instant, dans le cinéma français, nous sommes dans une période qui est très délicate parce que le metteur en scène veut être à la fois auteur et acteur. Même s'il prend un acteur, il prend un acteur qui lui ressemble, qui a la même " tronche ", le même style :
C'est lui qui joue en fait, avec une marionnette qu'il appelle l'acteur. Et pour l'écriture du film, c'est pareil, c'est lui qui écrit, c'est lui qui fait. Alors on est une espèce de période comme ça qui ressemble à la période où des mecs lorsqu'ils prenaient leur guitare, et écrivaient quelques chansons, se prenaient tous pour Jacques Brel ou pour Brassens ou pour Ferré.
Nous sommes dans une période qui est à la fois extraordinairement libre et en même temps très dangereuse parce qu'il ne faudrait pas que leurs qualités de metteur en scène soient réduites à néant parce qu'ils sont de piètres scénaristes et de piètres acteurs. Cela précède une grande période qui va arriver maintenant ou chacun sera à sa place.
On a parlé tout à l'heure de vos débuts, reste-t-il encore des acteurs et des réalisateurs avec qui vous voudriez tourner ?
Je pense que lorsque j'aurais fini avec le théâtre dans 10 ans. Je me donne en effet encore cinq ou dix ans, à ce moment là il y aura des réalisateurs style Spielberg, d'ailleurs j'aimerai bien, qu'il se décide enfin à tourner en Europe des films européens.
De jeunes comédiens amateurs ne pouvaient laisser passer l'occasion d'interviewer pour le jeune journal scolaire de la Corse l'acteur au talent unanimement reconnu qu'est Francis Huster.
Merci Monsieur Francis Huster de nous avoir consacré ce moment privilégié !
Interview réalisée par des comédiens amateurs à Ajaccio, Julien, Lisa et Cécilia
le 30 mai 2000 dans les studios de FR3 Corse (dont nous remercions les responsables pour leur accueil).
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