Interview donnée au Journal Scolaire de la Corse

Nicolas Hulot, nous accueille en famille, dans sa maison de Quenza. De manière très simple, il se livre à nous en toute franchise.
Par Nicolas HULOT
Ecologiste, cinéaste et aventurier ...


Quel rôle joue la Corse dans votre vie ?
N'avez-vous pas lancé la mode de la Corse ?
Quels sont vos engagements pour la protection de l'environnement en Corse ?
Quel a été votre tout premier contact avec la Corse ?
N'auriez-vous pas envie de faire une émission spécialement sur la Corse ?
Après tant d'années de voyage vous reste-t-il encore des endroits à découvrir ?
Vous sentez-vous en marge de la production télévisuelle française et du star-system ?


Quel rôle joue la Corse dans votre vie ?

Elle a un rôle modérateur. C'est ici que je me ressource. Je remets ici les choses à leur juste dimension.
Moi, j'ai besoin d'espace. Ici, au sens propre comme au sens figuré, il y a de l'espace.
J'habite ici et je travaille de chez moi. C'est ici que je coordonne mes engagements professionnels et écologiques.
La Corse est une chance, c'est étonnant de trouver un lieu si préservé à la fin du XXème siècle et aussi proche du Continent.
La rencontre entre un lieu et une personne, ça ne s'explique pas ça se constate.
La Corse, j'y suis bien. Si je ne suis pas bien dans mon environnement je ne suis pas bien dans ma tête..

N'avez-vous pas lancé la mode de la Corse ?


A y vivre à l'année, surtout dans les montagnes, nous ne sommes pas beaucoup, et dans les gens un peu connus, je suis le seul.
Il y a deux types de relations avec la Corse : effectivement ceux qui viennent en Corse comme s'ils allaient à St Tropez, moi j'ai pris la Corse dans son ensemble.
Mon choix est affectif : je prends la Corse et les Corses, tout en n'ayant pas une image d'Epinal des choses. Je reste impartial et pas démago faisant preuve d'esprit critique.
Je ne me suis pas installé à Sperone : ce n'est pas un jugement, ce n'est pas la même démarche.
Je suis dans un petit village de deux cents habitants qui incarnent la Corse authentique.

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Quels sont vos engagements pour la protection de l'environnement en Corse ?


Mon engagement n'est pas local il est global. J'agis partout où je peux agir. En Corse par l'intermédiaire de ma fondation et d'un certain nombre de clubs, on est présents;
quand on me sollicite dans le cadre de cet engagement écologique et quand mon emploi de temps me le permet, je réponds à cette demande. Mais mon intervention ne se limite pas à du local : elle se manifeste par un travail de fond, partout où je peux apporter une graine de conscience écologique, aussi bien dans une maternelle qu'auprès d'un président de la République.

Quel a été votre tout premier contact avec la Corse ?

C'était dans les années soixante-dix, j'effectuais le tour de Corse moto et le hasard a voulu que j'y découvre un cousin germain anesthésiste à Ajaccio. J'y suis donc revenu régulièrement pour le voir. D'autres contacts se sont faits au point de vue maritime : il m'est arrivé de passer trois mois de suite sur un bateau et de longer les côtes corses. J'ai fait ensuite des incursions dans l'intérieur et j'ai découvert que la Corse était doublement sublime, puisqu'elle est belle de la mer et depuis l'intérieur.
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N'auriez-vous pas envie de faire une émission spécialement sur la Corse ?


J'ai fait des émissions sur la Corse dans l'ancienne version de Ushuaïa, qui était plus superficielle. J'ai réfléchi à un Ushuaïa nature réservé à la Corse, mais le problème est que dans une émission comme Ushuaïa, il faut une grande diversité de matières et avec la Corse je ne pourrai tenir qu'une partie de l'émission. J'ai beaucoup travaillé avec Jean-Paul Quilici à l'élaboration d'un thème et d'un fil conducteur sur la Corse. La Corse mériterait de constituer une bonne partie de l'émission.

Après tant d'années de voyage vous reste-t-il encore des endroits à découvrir ?


Il en reste toujours, ce n'est pas parce que vous avez été trois fois en Australie que vous connaissez l'Australie !
De la même manière ce n'est pas parce que je vis depuis cinq ans en Corse que je connais la Corse.
Je connais assez bien l'Alta Rocca mais j'ai tout à découvrir ailleurs.
Quelqu'un disait: " la connaissance c'est quelques lacunes dans notre ignorance "
Par exemple je ne connais ni l'Inde ni le Brésil. Mais ma soif de voyage commence à s'étancher :
je suis un nomade en voie de sédentarisation.

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Vous sentez-vous en marge de la production télévisuelle française et du star-system ?


Ce que l'on peut m'accorder c'est que je suis resté moi-même. La télévision est un outil. Je refuse la tentation qu'ont les hommes lorsqu'ils opèrent dans un univers d'épouser cet univers et de s'identifier par rapport à un milieu. Ce n'est pas parce que l'on joue au foot que l'on doit épouser tous les codes du foot. Il y a à prendre et à rejeter dans chaque milieu, d'autant plus dans des milieux un peu exacerbés où plus rien n'est à sa juste dimension. Si moi j'ai réussi à rester dans cet univers, dur, sans perdre mon âme, c'est que j'en ai gardé une certaine distance. Je prends çà avec beaucoup d'humour et de philosophie. C'est une chance de bénéficier de tribunes, c'est à dire pouvoir faire rêver 9 à 10 millions de personnes, mais cela ne suffit pas, il faut donner du fond et du sens. J'ai transformé un phénomène de notoriété stérile par une prise de conscience. Les gens qui nous regardent maintenant se sentent interpeller par l'environnement.

Nous remercions Nicolas Hulot pour son accueil chaleureux et son livre offert et gentillement dédicacé
" A mes risques et périls " paru chez Pocket.

 

Interview recueilli en décembre 2000 par Lisa et Julien

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