Par
Nicolas HULOT
A y vivre à l'année, surtout dans les montagnes, nous ne sommes pas beaucoup,
et dans les gens un peu connus, je suis le seul.
Il y a deux types de relations avec la Corse : effectivement ceux qui viennent
en Corse comme s'ils allaient à St Tropez, moi j'ai pris la Corse dans son ensemble.
Mon choix est affectif : je prends la Corse et les Corses, tout en n'ayant pas
une image d'Epinal des choses. Je reste impartial et pas démago faisant preuve
d'esprit critique.
Je ne me suis pas installé à Sperone : ce n'est pas un jugement, ce n'est pas
la même démarche.
Je suis dans un petit village de deux cents habitants qui incarnent la Corse
authentique.

Mon engagement n'est pas local il est global. J'agis partout où je peux
agir. En Corse par l'intermédiaire de ma fondation et d'un certain nombre de
clubs, on est présents;
quand on me sollicite dans le cadre de cet engagement écologique et quand mon
emploi de temps me le permet, je réponds à cette demande. Mais mon intervention
ne se limite pas à du local : elle se manifeste par un travail de fond, partout
où je peux apporter une graine de conscience écologique, aussi bien dans une
maternelle qu'auprès d'un président de la République.
J'ai fait des émissions sur la Corse dans l'ancienne version de Ushuaïa,
qui était plus superficielle. J'ai réfléchi à un Ushuaïa nature réservé à la
Corse, mais le problème est que dans une émission comme Ushuaïa, il faut une
grande diversité de matières et avec la Corse je ne pourrai tenir qu'une partie
de l'émission. J'ai beaucoup travaillé avec Jean-Paul Quilici à l'élaboration
d'un thème et d'un fil conducteur sur la Corse. La Corse mériterait de constituer
une bonne partie de l'émission.
Il en reste toujours, ce n'est pas parce que vous avez été trois fois en
Australie que vous connaissez l'Australie !
De la même manière ce n'est pas parce que je vis depuis cinq ans en Corse que
je connais la Corse.
Je connais assez bien l'Alta Rocca mais j'ai tout à découvrir ailleurs.
Quelqu'un disait: " la connaissance c'est quelques lacunes dans notre ignorance
"
Par exemple je ne connais ni l'Inde ni le Brésil. Mais ma soif de voyage commence
à s'étancher :
je suis un nomade en voie de sédentarisation.
Ce que l'on peut m'accorder c'est que je suis resté moi-même. La télévision
est un outil. Je refuse la tentation qu'ont les hommes lorsqu'ils opèrent dans
un univers d'épouser cet univers et de s'identifier par rapport à un milieu.
Ce n'est pas parce que l'on joue au foot que l'on doit épouser tous les codes
du foot. Il y a à prendre et à rejeter dans chaque milieu, d'autant plus dans
des milieux un peu exacerbés où plus rien n'est à sa juste dimension. Si moi
j'ai réussi à rester dans cet univers, dur, sans perdre mon âme, c'est que j'en
ai gardé une certaine distance. Je prends çà avec beaucoup d'humour et de philosophie.
C'est une chance de bénéficier de tribunes, c'est à dire pouvoir faire rêver
9 à 10 millions de personnes, mais cela ne suffit pas, il faut donner du fond
et du sens. J'ai transformé un phénomène de notoriété stérile par une prise
de conscience. Les gens qui nous regardent maintenant se sentent interpeller
par l'environnement.
Nous remercions Nicolas Hulot pour son accueil chaleureux et son livre offert
et gentillement dédicacé
" A mes risques et périls " paru chez Pocket.