Interview pour le Journal Scolaire de la Corse

Une Proposition légèrement Utopique pour la Cornouaille
Les pieds sur Terre

Pourquoi le Végétal en général et les Jardins en particulier ?
Qui peut se sentir concerné par cette approche ?
Concrètement, à quoi cela pourrait-il ressembler dans quelques années?
Le Jardin Pas à Pas, c'est quoi ?
Quels autres thèmes de travail pourraient être retenus ?
S'agira-t-il d'une banale auberge espagnole ?
Quel sens donner au mot Utopie ?
Quelle aire d'action ?
Comment ce dispositif sera-t-il porté à la connaissance des intéressés ?
Les pieds sur terre s'adresse-t-il seulement aux entreprises ?
Comment l'Internet trouve-t-il sa place là-dedans ?

Pourquoi le Végétal en général et les Jardins en particulier ?

Ce premier thème correspond à un engouement de plus en plus fort dans notre société. Le nombre et la fréquentation des salons et expositions spécialisés en attestent, de même que l'accroissement des titres de livres, revues ainsi que des émissions de radio ou TV. Il se prépare même en France des Parcs d'attraction basés sur le végétal, supposés rivaliser avec Disneyland et Futuropolis. Dans notre région, les Côtes d'Armor ont opté pour une valorisation touristique des jardins (divers circuits de visite). Il est à parier qu'une palette plus complète d'offres à caractère touristique pourrait fort bien se construire sur ce thème, dont la validité couvrirait une plus large période de l'année que celle dont nous sommes familiers. Voir l'avant-projet Le jardin Pas à Pas. L'engouement du public pour le Végétal ne semble pas un effet de mode. Il faut donc rechercher tout le parti qui peut en être tiré ici, y compris à moyen et long termes, en termes de développement économique. Déjà des entreprises se sont positionnées sur ce créneau. L'on sait aussi que le Végétal ouvre sur la cuisine, l'art, sans oublier diverses industries, pas seulement alimentaires. Par ailleurs, le Végétal est non seulement un terrain de création très fertile, mais aussi une école de la vie où l'on apprend par la force des choses que le "court terme" n'est pas la seule échéance à prendre en compte, que l'on doit anticiper et prévoir, tout en sachant que l'imprévu dicte sa loi, qu'un résultat décevant n'est pas toujours une catastrophe, que la méthode essai/erreur a beaucoup de vertus, etc. D'une certaine manière, le domaine végétal rend observable le changement perpétuel en forme de destruction créatrice ; lequel changement constitue le trait permanent de toute vie, y compris dans le domaine socio-économique qui aujourd'hui inquiète bien du monde... Il est probable que les citoyens auront de plus en plus de raison de se préoccuper de questions qui se feront jour dans ce domaine : que l'on pense, par exemple, aux plantes transgéniques et à la colonisation du vivant qu'elles impliquent. Mais c'est aussi --et déjà-- le cas dans le domaine des traitements et de la fertilisation. La poursuite de l'aventure humaine, à l'échelle de la planète, est tributaire de la manière dont sera traité le Végétal dans les toutes prochaines décennies. Retenir un axe "Végétal", c'est aussi prendre le parti de voir venir le XIXème siècle, en se fixant pour objectif - est-ce une ambition si démesurée ? - de participer à l'invention des jardins de 2020, ainsi qu'à celle des campagnes de 2050, etc. Avec la chance de doter la région d'une "vocation" qui sera probablement très porteuse à long terme. Et puis, et peut-être même surtout, les Jardins, tels qu'ils sont envisagés, constitueront, si tout va bien, le lieu physique où auront lieu de multiples échanges d'idées et où pourront naître des projets, individuels ou collectifs. A vrai dire, échanges d'idées et gestation de projets n'ont aucune raison de se passer au cours de réunions autour de tables, comme cela est le plus souvent proposé, ou seulement au cours de visites-express de cultures ; il y a des personnes que les réunions font fuir, et chacun connaît trop de réunions où l'on tourne en rond... Par contre, en travaillant - en travaillant réellement - ensemble à un jardin, des personnes sont en mesure de faire connaissance de façon bien plus judicieuse qu'autour d'une table. Quand bien même Les Pieds sur Terre n'aboutirait qu'à créer un brassage efficace à l'échelle régionale, ce dispositif n'aurait pas échoué...
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Qui peut se sentir concerné par cette approche ?

Le végétal présente la particularité de concerner aussi bien des agriculteurs que des particuliers ou des services techniques des communes, sans oublier les fournisseurs de biens et services de ce secteur : commerces, centres de formation, etc. Bien des activités, actuelles ou à venir, sont donc concernées. Du point de vue quantitatif, les agriculteurs sont bien sûr aux premières loges : 62 % de la production agricole française est végétale, et cette proportion est en croissance. Mais les agriculteurs ont déjà de multiples cadres dans lesquels avancer sur cette question. Il est probable que les personnes qui sont aujourd'hui en train de nouer de premiers contacts sérieux avec le végétal seront au départ plus sensibles à l'offre. C'est pourquoi l'avant-projet Le Jardin Pas à Pas (plus bas) s'adresse tout particulièrement aux débutants et faux-débutants en jardinage. La rencontre des uns et des autres sera favorisée par tout moyen utile ! Diverses initiatives montrent que les agriculteurs sont très demandeurs d'échanges avec les autres composantes de la société.
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Concrètement, à quoi cela pourrait-il ressembler dans quelques années ?


Difficile à dire, à ce stade. Nous n'en sommes qu'à énoncer quelques premières idées. Les cadres communs (le Végétal peut constituer un cadre commun, mais il peut y en avoir bien d'autres !) joueront d'abord le rôle d'une auberge espagnole, dans laquelle sera mis en oeuvre le principe de "réceptivité active" ; c'est-à-dire qu'ils serviront à fédérer, à structurer, à appuyer si besoin. Ce qui est certain, c'est que l'initiative individuelle sera au centre du dispositif... Ce n'est d'ailleurs que si une multiplicité d'initiatives individuelles est au rendez-vous que ce dispositif Les Pieds sur Terre pourra être mis en oeuvre. Dans le domaine du Végétal (en attendant que d'autres thèmes s'affichent) quelques pistes apparaissent. Par exemple, un avant-projet de coopérative d'apprentissage appelée Le Jardin Pas à Pas (voir ci-dessous) pourrait connaître un début de réalisation dans les 12 mois. Idem en ce qui concerne le projet d'expérimentations coordonnées (voir le document présentant ce projet) On peut penser aussi que le brassage d'idées sur le plan du Végétal incitera à l'émergence d'activités très concrètes et non encore imaginées à ce jour. Exemple : il n'est pas si facile pour un jardinier amateur de se préparer lui-même le "couvert" dont sa terre a besoin pour à la fois éviter l'évaporation et empêcher la pousse des "mauvaises herbes" : pourquoi un créateur d'activités ne s'intéresserait-il pas à ce marché du "couvert" qui semble ne connaître aujourd'hui que des offres très limitées ? Certains couverts sont plus appropriés à certaines cultures, et un marché de couverts différenciés est à étudier.

Le Jardin Pas à Pas, c'est quoi ?

L'une des propositions, dont la faisabilité reste encore à confirmer (étude de marché, etc.), consiste à fournir aux jardiniers "débutants", ainsi qu'aux nombreux "faux-débutants", un terrain d'apprentissage basé sur deux principes :
1- l'expérience pratique, et
2 - le co-apprentissage.
1- Le jardinage ne s'apprend ni dans les livres ou les revues, ni dans les émissions de radio ou de télévision : il s'apprend ...au jardin !
2- Il est souvent plus efficace d'apprendre avec d'autres (en faisant ensemble des erreurs...) que de s'arracher les cheveux seul dans son coin.
L'ambition de Le Jardin Pas à Pas est de constituer, dans la région, sur 5 à 10 ans, une cinquantaine de jardins très différents les uns des autres, et couvrant l'éventail des jardins de particuliers sur la côte française de l'Atlantique. Sur ces jardins - pour leur élaboration, comme pour leur entretien - seront organisés en quasi-permanence des stages de co-apprentissage pratique. Ces stages seront proposés aux habitants de la région, mais aussi, et très largement, à des personnes venant d'ailleurs. Il faudra que l'offre soit assez attractive pour qu'on espérer voir, par exemple, des salariés en année sabbatique venir y passer plusieurs semaines, voire plusieurs mois. En complément des stages, l'internet permettra de constituer une banque d'informations réunies dans ces jardins, et qui sera mise à disposition des coopérateurs moyennant une participation financière. S'y ajoutera, toujours via l'internet, une sorte de SVP/Jardins : tout coopérateur pourra obtenir dans un délai très bref des éléments de réponse à une question pratique et urgente comme :
Je viens de découvrir ce matin de petits vers bien verts sur plusieurs plants de choux : est-ce bien la pieride du chou ? et que puis-je faire ?
C'est là un résumé succinct de cet avant-projet Le Jardin Pas à Pas.
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Quels autres thèmes de travail pourraient être retenus ?

Le Végétal n'est donné ici qu'à titre d'exemple. Il se pourrait d'ailleurs que les forces soient insuffisantes pour un tel chantier d'ensemble , et que ce soit un autre qui rencontre la faveur des personnes qui s'intéresseront à Les Pieds sur Terre. Toute création suppose une bonne dose d'opportunisme... ! Par exemple, l'univers de la pêche --sommé au moins autant que l'agriculture de se renouveler en permanence-- pourrait être à l'origine de projets bien différents. A ce stade, tout est ouvert. Et même si le réalisme exigera de définir des priorités, il faut même ajouter que cette ouverture devra rester une règle.
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S'agira-t-il d'une banale auberge espagnole ?

Oui, ce sera une auberge espagnole : c'est même l'image qui doit primer au début. Pas question de prédéfinir autre chose que des "dimensions" comme Ici/Ailleurs, Utopie/Pragmatisme, Tradition/Modernité, Internet, auxquelles on pourrait en ajouter encore quelques-une comme Individuel/Collectif, qui sont autant d'enjeux en elles-mêmes. Si cette offre d'ensemble ne rencontrait pas d'offres concrètes pour lui donner corps, il faudra tirer la conclusion qu'elle n'était pas appropriée, ou pas appropriée à la région à laquelle elle s'adresse, ou qu'elle vient trop tôt. Le noyau du dispositif se situera dans le fait de réunir globalement les multiples conditions de la faisabilité des divers projets qui constitueront l'ensemble. Petit à petit devrait se constituer une sorte d'archipel, en fonction des thèmes bien sûr, mais aussi des sensibilités.

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Quel sens donner au mot Utopie ?

Plusieurs sens sont possibles quand on parle d'utopie sans précision. Nous en excluons a priori au moins deux : - L'Utopie entendue comme un modèle de société idéale ; de Thomas More à Pol Pot, pas mal de fous se sont donnés à coeur joie sous la bannière de l'Utopie, la plupart du temps en envisageant de créer une société fermée sur elle-même. Loin de nous ces folies ! - L'Utopie comme quelque chose de radicalement irréaliste et irréalisable : une pure chimère. Il va de soi que, parmi les projets qui pourront être émis, il y en aura qui s'avèreront ainsi totalement irréalisables, définitivement ou provisoirement. Pas question d'embarquer pour des destinations scabreuses ! Victor Hugo écrivit à peu près : "l'utopie d'aujourd'hui est la réalité de demain" ; c'est en ce sens que nous entendons être utopistes. Le mot Utopie est, ici, à entendre comme une petite provocation : comme une alternative aux procédures figées de réflexion sur ce qui est possible et ce qui ne l'est pas. D'une certaine manière, on pourrait dire qu'il s'agit d'être "culotté", de ne pas écarter trop vite une proposition inhabituelle, d'oser faire quelque chose qui ne s'est encore jamais fait, etc. Si quelque chose paraît irréalisable dans les conditions actuelles, eh bien peut-être faut-il s'attacher à réunir les conditions qui demain lui donneront toutes les chances d'aboutir. Les ingrédients d'une telle démarche sont probablement : intuition + anticipation + culot + expérientation pratique + mélange des genres + large participation... Anticiper ce n'est pas seulement parier sur ce que sera demain, c'est aussi se familiariser avec des règles nouvelles et des processus nouveaux, ceux qui se forgent aujourd'hui pour demain : complexité, tenir plusieurs enjeux simultanément, Multi-causes/Multi-effets, etc. Ce n'est pas non plus seulement adopter des innovations venant d'ailleurs, c'est aussi se mettre à créer authentiquement ; ce qui exige de se positionner autrement qu'en consommateurs d'une évolution en cours.

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Quelle aire d'action ?

L'initiative a émergé sur incitation du Comité de Bassin d'Emploi du Pays Bigouden, et l'on peut espérer que celui-ci demeurera un de ses piliers.
Localement, elle connaîtra l'extension géographique qui sera le mieux adaptée aux initiatives qui voudront bien s'y fédérer. Après tout, si l'ensemble du Pays de Cornouaille veut y collaborer...
Via l'internet notamment - mais pas seulement - il est convenu de créer la résonnance avec des initiatives qui existent déjà ou existeront en divers points de la planète, voire d'accueillir ici des initiatives qui n'auront pas trouvé ailleurs de terrain assez porteur.

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Comment ce dispositif sera-t-il porté à la connaissance des intéressés ?

Tous les moyens habituels sont actuellement sollicités : presse, contacts directs avec des personnes et des organisations, diffusion de documents sommaires d'information. Deux rencontres préliminaires sont organisées les jeudi 14 et 21 septembre à Pont-l'Abbé, et le seront sans doute ailleurs en octobre. Plus tard, deux ou trois Auditions publiques seraient organisées selon un processus bien codifié, sur des sujets comme : L'Utopie à quoi bon ? ou Traitements et fertilisation au jardin, etc. Dans chacun des cas, il s'agira - d'abord d'inviter les participants à communiquer aux autres les informations qu'ils estiment pouvoir leur être utiles, - de provoquer un début d'échanges d'idées, - de permettre aux uns et aux autres de repérer des personnes avec qui envisager coopérer de près ou de loin, - de favoriser l'émergence de projets. Un site web devrait voir aussi le jour, à l'initiative du Comité de Bassin du Pays Bigouden. En outre, il serait fort agréable de constater que divers partenaires se proposent spontanément de diffuser l'information, à leur convenance, dans leurs propres réseaux. Mais surtout, il sera fait confiance à un "bouche à oreille" que les moyens ci-dessus auront pour fonction de favoriser.

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Les Pieds sur Terre s'adresse-t-il seulement aux créateurs d'entreprises ?

Qu'est-ce qui distingue aujourd'hui quelqu'un qui créera une micro-entreprise dans 5 ans de celui qui ne fera pas la même démarche ? Difficile de le dire ! Travaillant dans le moyen terme, l'un des buts est de donner confiance dans les possibilités d'action individuelles. Certaines de celles-ci aboutiront, il faut l'espérer, à des créations dans le registre économique, d'autres non. Et, dans ce registre économique, il n'existe de toutes façons pas que les chefs d'entreprises ! L'une des conditions de la réussite d'une entreprise, quelle qu'elle soit, c'est qu'elle dispose d'un environnement favorable. Cet environnement favorable peut prendre la forme d'une pépinière (!) d'entreprises, ou celle d'un "district" professionnel ; ici, c'est une autre perspective qui sera adoptée : le mélange délibéré des préoccupations professionnelles et non-professionnelles sur des thèmes communs, susceptible d'agir aussi bien sur la qualité des salariés que sur celle des fournisseurs, des clients, des banquiers, etc... Il faut ajouter qu'un bon nombre d'activités aujourd'hui largement reconnues comme constituant le PIB ont pris pour partie naissance sous forme d'activités non marchandes. Que l'on pense à l'enseignement qui, d'activité caritative qu'il était lorsqu'il concernait les classes populaires, va sans doute devenir, avec l'avènement du multimédia, l'un des marchés mondiaux du siècle.

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INTERNET ?

La préoccupation de l'Internet --et plus globalement des nouvelles technologies de communication et d'information-- est au départ de ce processsus.
Le co-apprentissage de l'internet et de ses usages constitue, en tout état de cause, une dimension importante du projet. Et il est à espérer que ceux qui sont en recherche d'une manière fiable de faire leurs premiers pas dans le réseau continueront de trouver, avec MicroBigoud (initiative du Comité de bassin d'emploi du pays bigouden), le contexte adapté pour que ces premiers pas ne soient pas déconnectés de leurs préoccupations professionnelles et autres. Mais ni MicroBigoud ni Les Pieds sur Terre n'ont vocation à se limiter à un rôle d'initiation. Par exemple, le réseau de communication électronique en cours d'élaboration au niveau de la région prévoit semble-t-il divers points d'accès à (Quimper, Pont-l'Abbé, Douarnenez, etc.).
Faut-il en la circonstance se plaindre que l'équipement précède les prévisions d'usage ?
Ce n'est pas sûr, s'agissant d'activités en émergence. En tout cas, la dimension "Internet" de Les Pieds sur Terre indique que ce dispositif a bien l'intention de participer à la définition des usages qui en seront faits localement. Plus généralement, l'Internet sera un moyen de communication normal pour la conduite des activités. Via l'internet, diverses modalités de travail peuvent être envisagées. Pas seulement pour communiquer avec ailleurs, ni même "être à la fois Ici et Ailleurs", mais aussi et d'abord pour favoriser la communication ici, sur le territoire qui nous intéresse au premier chef.

Comment ceux qui n'"ont pas internet" peuvent-ils s'impliquer ?

L'équipement en matière d'internet continue sa progression, mais il est certain que beaucoup de personnes désireuses de prendre place dans le dispositif Les Pieds sur Terre sont à l'heure actuelle "sans internet". Il faut en tenir le plus grand compte. D'abord, leur indiquer les points d'accès publics à l'internet auxquels ils peuvent recourir dans la région. Mais aussi leur proposer de créer un tandem avec une personne disposant personnellement d'un accès à l'internet. Et puis, peut-être, ensuite constituer de multiples points d'affichage des informations écrites concernant l'évolution de l'expérience.

Une expérience de ce genre a-t-elle déjà été menée ailleurs ?

Présentée dans les diverses dimensions qui constituent Les Pieds sur Terre, nous ne connaissons d'expérience comparable ni en France ni ailleurs. Mais il est probable que sous tel ou tel aspect, nous aurons à nous mettre à l'école d'expériences déjà menées ailleurs. Ceci dit, il serait très intéressant de créer une sorte de jumelage avec une autre petite région, un "pays", qui adopterait ex nihilo un même dispositif ou un dispositif voisin. Un appel devrait être prochainement lancé via l'internet auprès de responsables d'opérations de développement local. Là aussi le co-apprentissage pourrait s'avérer éminemment profitable !

Toutes les catégories d'âge sont-elles invitées à se creuser la cervelle et à s'impliquer ?

Depuis bien avant 7 ans jusqu'à bien après 77ans, les énergies seront bien accueillies ! S'agissant du Végétal, il semble qu'un programme académique est en cours pour développer des jardins dans les écoles primaires. Il faudra aller voir de ce côté-là, tout autant que du côté des sociétés d'Horticulture. Le but est de constituer, sur quelques thèmes, un environnement le plus porteur possible. Il n'y a, dans cette perspective, aucune ressource à laisser de côté ! Quelle sera la structure juridique de Les Pieds sur Terre ? Impossible à dire à ce stade. Tout dépendra des forces qui voudront s'y fédérer. Il faut constituer dès maintenant un noyau "de préfiguration", et l'une de ses tâches sera aussi de faire des propositions dans ce domaine. L'idéal serait de trouver une structure juridique associant aussi bien des entreprises privées que des collectivités publiques, des associations et des sociétés à buts coopératifs, en s'assurant que tout ce monde y trouve son compte. Il semble bien qu'une telle structure, peu connue, existe en droit français. Pour un tel projet, il faut de l'argent... Oui. Et peut-être même beaucoup d'argent ! Non seulement parce qu'objectivement cet argent sera nécessaire, mais aussi parce que, dans certains circuits de financement, la crédibilité d'un projet se juge à la dimension de ses prévisions financières ! ;-) Ce genre de dispositif implique assurément de disposer d'argent public. S'agissant d'un projet qui s'intéresse globalement au moyen et au long termes de la région, le priver de ressources publiques ne serait pas raisonnable. On peut imaginer, par exemple, qu'une part - autre que symbolique - du financement du pays de Cornouaille via le contra de plan Etat-Région pourrait être affecté par les décideurs politiques à ce type de préoccupations. Mais, largement basé sur la dynamique d'entreprise, il doit aussi subvenir à ses propres besoins pour ce qui ressortit aux produits en direction du marché.

S'agit-il d'une expérience à risques ?

Il faut, oui, considérer tout ça comme une expérience, et donc aussi bien avec les limites qu'avec les atouts d'une expérience. Mais les risques ne sont pas si nombreux ! S'il y en a un dont il faut tout particulièrement se garder, c'est de décevoir. Les résultats devront être à la hauteur des objectifs annoncés. Certes, l'ambition ne peut être que très élevée, mais à chaque étape, les objectifs concrets et leur intérêt --pour la collectivité autant que pour les entrepreneurs qui se seront jetés à l'eau--devront être affichés clairement, afin qu'une évaluation soit possible par quiconque. La confiance dans le processus ne peut s'établir qu'à ce prix. Et elle sera une affaire de progressivité. Peut-être l'affaire d'une génération... Ce point --créer et entretenir la confiance-- est, comme dans toute opération économique, de première importance. C'est pourquoi l'on peut imaginer d'accorder des moyens tout particuliers à la prévention des risques d'échec.

Comment résumer les buts de cette expérience ?

Le but stratégique est : prendre les moyens de créer un 21ème siècle qui ne soit pas seulement le fruit de schémas traditionnels, ou de solutions élaborées ailleurs. Et pour cela, commencer par créer la confiance dans la capacité de la collectivité à effectuer de bons choix pour le court comme pour le long termes, en se reposant pour beaucoup sur ses ressources propres. Au moment où les processus, tant techniques qu'économiques, connaissent des mutations en série dont les rythmes semblent aller toujours croissants, deux attitudes s'opposent :
- les choses étant réputées bien compliquées, attendre que les injonctions nous viennent d'ailleurs en même temps que les moyens d'action (un grand classique, hélas !),
- considérer que chaque territoire peut, dans l'intérêt collectif, effectuer des choix tout aussi raisonnés que ceux qui pourraient émerger des cerveaux des spécialistes en "aménagement du territoire" ou autres experts. Bien entendu --et l'axe "Ici<=>Ailleurs" retenu pour charpenter l'expérience le dit nettement-- il n'est pas question de travailler en vase clos. Mais l'expérience consiste à placer le centre de la réflexion et de l'action ici-même. A toute activité économique correspond une ressource de base ;
sur quelle ressource s'appuiera l'expérience ?
Les ressources mises en oeuvre ici par les deux piliers économiques --agriculture & pêche-- ont constitué ici depuis longtemps les ressources majeures. L'industrie en a dépendu dans sa quasi-totalité, tandis que les services n'ont pas non plus connu de développement réellement indépendant. Depuis 50 ans, le tourisme apporte un complément d'activités marchandes, mais dont l'impact présente des aspects négatifs (précarité des emplois, etc.) et dont l'existence-même peut être remise en cause au moindre chimiquier faisant naufrage au printemps... Tout de même, il est à remarquer que ces différentes activités mettent en oeuvre ...du vivant : même les touristes --car c'est bien le touriste qui constitue la ressource du tourisme-- sont du vivant ! La proposition de départ : travailler au Végétal pris dans son ensemble, est passablement en phase avec cette tradition de traiter du vivant. Cependant, la ressource la plus précieuse aujourd'hui est probablement la matière grise. Et à cet égard la région peut compter d'une part sur l'existence d'une ressource locale plutôt au-dessus de la moyenne (non ?), et d'autre part sur l'attraction qu'elle exercerait sur des cerveaux.
Des laboratoires de recherche, donc, ou quelque chose du genre ?
Pas forcément. L'on a bien vu que les décisions prises en haut lieu, il y a quelques années, de doter la Cornouaille d'une petite portion de l'Inra n'ont pas conduit quantitativement à de grands résultats. La matière grise pourrait être orientée vers l'établissement de relations avec Ailleurs, comme l'indique le "Ici<=>Ailleurs" du document sommaire de présentation de Les Pieds sur Terre.
Comment cela ?
En mettant des centaines de personnes devant des claviers d'ordinateurs reliés à l'internet, et en leur proposant d'aller à la "pêche" ?
Peu porteur... On peut par contre, établir des relations entre une bonne part de la matière grise de plusieurs cantons et deux ou trois points d'ancrage bien spécifiés. Dans un souci de cohérence, prenons un exemple dans le domaine du Végétal. Les enjeux autour du Végétal sont en train d'apparaître comme majeurs : les modifications génétiques entraînent potentiellement le bouleversement d'une multitude de situations acquises. Le sens commun ne leur accorde peut-être pas la même importance éthique qu'à celles portant sur l'être humain mais l'on peut parier qu'en matière scientifique, économique, "de société" et même stratégique, le terrain soit fertile en débats et en rapports de force. Or, l'on constate du côté de la "communauté scientifique" --comme on l'appelle bizarrement-- un souci croissant de reconquérir la confiance du public, qui a commencé à fondre à propos du nucléaire puis s'est poursuivi à l'occasion de nombreuses situations délicates. On peut sans doute prêter à beaucoup de scientifiques à travers le monde la conclusion de la présidente de l'Association américaine pour l'avancement de la science, selon laquelle à cet égard "mener ses affaires comme d'habitude ne suffira pas".
Pourquoi ne pas creuser l'idée d'un échange à caractère opérationnel, au sein duquel le vulgum pecus trouvera une place non seulement dans le processus d'élaboration des connaissances, mais aussi dans le processus d'orientation de la recherche (qui compte tout autant !) ?
Bien entendu, l'on peut commencer par rechercher des accords ponctuels avec l'Institut National de la Recherche Agronomique ou avec d'autres Recherches Instituées. La conjoncture actuelle porte peut-être ces organismes à des attitudes moins ostracistes que par le passé, quand des agriculteurs conduisaient de manière indépendante et à leurs risques exclusifs des expérimentations dont se gargarisait la pensée officielle avant d'en venir à une sérieuse révision de leur suffisance...
Des développements plus ambitieux peuvent ensuite voir le jour sur ce même terrain. Et prendrait ainsi forme petit à petit une sorte de modèle de laboratoire généralisé, non pas axé sur la recherche fondamentale, ni même spécialement sur les développements découlant de la recherche appliquée mais ceci : existe-t-il une chance pour qu'un territoire devienne, en tant que tel, un lieu de travail sur une question qui préoccupe la science aujourd'hui ?
Pas être un simple support passif pour la recherche, comme ce fut le cas, en matière de sciences humaines, à Plozévet (la différence d'avec la conjoncture d'il y a 30 ans serait intéressante à développer pour expliciter ce qui est proposé ici). Mais mettre en oeuvre un principe peut-être plus important que le droit à l'éducation pour tous : le Droit à la recherche pour tous.

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Quelles conditions pour que ce genre de mise en oeuvre devienne possible ?
Effectivement, de but en blanc, l'on ne peut espérer voir sauter dans ce genre d'aventure du jour au lendemain tous les habitants d'un territoire. D'abord, concerner des pro-actifs, qu'ils soient ou non en recherche de positionnement professionnel. Puis, petit à petit, l'on verra apparaître une nouvelle conscience collective : celle d'appartenir à un groupe humain qui va de l'avant.

Contacts : Henri Guéguen - rue Lann - 29180 Locronan Tél 02 98 91 78 54 ou 02 98 51 81 11


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