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14 Août 96 - INTERNATIONAL

Iqbal Mashi, le martyr

d'une enfance volée

IQBAL MASHI n'était encore qu'un petit enfant pakistanais lorsque ses parents l'ont vendu pour éponger la dette familiale, contractée lors du mariage de son frère. A quatre ans, Iqbal rejoint une de ces fabriques de tapis qui exploitent déjà huit millions de gosses. 'Exploités', le mot est dramatiquement faible: volés, violés, humiliés. Leurs chevilles émaciées sont couvertes de cicatrices à force d'être enchaînés comme des bagnards. A dix ans, l'enfant-esclave a déjà une tête de vieillard et les mains ravagées d'avoir noué douze heures par jour pendant six ans de précieux tapis revendus à prix d'or en Occident.

Un jour de 1993, son calvaire prend fin grâce à Eshan Kahn, président de la Ligue contre le travail des enfants (BLLF), qui le découvre effrayé et hagard, blotti dans le recoin d'une salle de réunion. Son libérateur l'arrache de son métier à tisser pour lui redonner le goût de vivre et la rage de se battre. Iqbal devient alors le symbole de cette jeunesse martyrisée. Il parcourt son pays et le reste du monde afin d'alerter l'opinion internationale.

En janvier 1995, il participe à une Convention contre l'esclavage des enfants à Lahore. Il se rend en Suède et aux Etats-Unis, où il reçoit un prix de la firme américaine Reebok. Grâce à lui, trois mille petits esclaves sortent de leur enfer, et, sous la pression internationale, le gouvernement pakistanais ferme plusieurs dizaines de fabriques de tapis. Pendant deux ans, il témoignera pour ses frères et soeurs du Pakistan, de l'Inde, du Bangladesh et d'ailleurs qui ont partagé son sort.

Iqbal n'aura humé que peu de temps le souffle de la liberté. Son périple prend fin le 16 avril 1995. Il meurt assassiné sur son vélo, le corps criblé de plomb gisant sur la lande de Chapa Kana Mill, près de Lahore. Il avait reçu des menaces de 'la mafia de l'industrie du tapis', comme l'affirmait Eshan Kahn, mais la police pakistanaise écrira sur son rapport: 'L'assassinat résulte d'une dispute entre un paysan et Iqbal.'

Histoire sordide d'un porte-parole qui devenait gênant. Les pistes de ce meurtre sont brouillées alors que la Commission des droits de l'homme du Pakistan a 'adopté' la version des autorités. Permettra-t-on que son combat ait été vain?

KRISTELL HUBERDEAU.


Page réalisée par Intern@tif - Dimanche 5 Janvier 1997
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