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"Je souhaite que toutes les falsifications
disparaissent......." M HAMLOUI MEKACHERA.
La "Corse est le premier département français libéré"
en octobre 1943, avant tout débarquement et avec un an d'avance
sur les plans des états-majors alliés. Pourtant les
livres scolaires ( classes de 3ème et 1ère ) présentent
Bayeux comme la "première ville française libérée"en
oubliant Ajaccio qui s'est soulevée et qui a immédiatement
proclamée son rattachement à la France Libre du général
de Gaulle.
Alors les anciens résistants considèrent que les livres
, les dictionnaires et les programmes d'histoire ne font pas une place
honnête à la Résistance et à la Libération
de la Corse. Ils estiment que les pouvoirs publics tardent à
rétablir la vérité historique Cet "oubli"
est-il un préjudice à l'encontre de la
Corse? Peut-on parler de "modèle corse" de la libération?
Pour en savoir plus nous avons rencontré HELENE CHAUBIN qui
a dirigé l'édition corse du CDRom "La Résistance
en régions" dans la collection l'Histoire en Mémoire
du CNDP.
Bientôt 2004 et malgré les courriers
du Président de la République et déclarations
des ministres en visite dans l'île, rien n'a réellement
changé dans les manuels, les dictionnaires et les programmes
scolaires Pourtant à Ajaccio le 9 septembre 2003, le Secrétaire
d' Etat aux Anciens Combattants M. HAMLAOUI MEKACHERA
(secrétaire d'Etat aux anciens combattants) s'est clairement
exprimé : " Je souhaite que toutes les falsifications
disparaissent. Je ne comprends pas pour parler franchement, pourquoi
la réalité tarde tant à être rétablie".
S'agit il d'un combat d'arrière-garde ?
Peut-on mettre en avant les difficultés de la vie quotidienne
pour songer à rétablir une "vérité
historique" concernant des événements vieux de
soixante ans ?
Pour les résistants de l'ANACR 2B qui ont animé LA TRIBUNE
DES MANUELS SCOLAIRES depuis 2 ans dans LE PETIT BASTIAIS , il ne
s'agit pas " d'une médiocre affaire d'amour propre".
Quand on connaît le poids des mots, la force des idées
et par là l'impact de ce qui est lu, appris et retenu par les
élèves, futurs citoyens, on peut poser la question :
cet oubli , qui se prolonge, est-il un préjudice à l'encontre
de la Corse ? "
Un "oubli" préjudice à l'encontre
de la Corse.
Aujourd'hui quand on tourne les pages des livres
scolaires de 3éme et 1ére, le constat est sévère.
Sur certaines cartes de la Meditérranée ( Première.
De 1942 à 1944 chez Hachette-Education 2003 ) la Corse y est
une île inconnue, sans nom et sans passé, traversée
de grandes flêches indiquant l'avancée des forces alliées
jusqu'au débarquement de Provence, sans autre explication...Quand
on connaît le coup de tonnerre que la libération de la
Corse a fait retentir sur le continent, il y a de quoi s'interroger.
Chez Nathan, le livre de classe Terminale "Le monde de 1939 à
nos jours" n'est pas plus prolixe. Les auteurs passent sans états
d'âme, de " L'unification de la Résistance à
la Libération" en évoquant Jean Moulin, la fondation
du Conseil National de la Résistance , de Gaulle à Alger
et la Libération de Paris. Mais sans mentionner "le modèle
corse", lequel avait pourtant fonctionné comme une véritable
répétition générale en réalisant
l'union entre les gaullistes et les communistes au sein du Front National
de libération chargé de la coordination de la résistance.
L'île libre a-t-elle été un atout stratégique
pour les forces françaises libres? Quelle fût l'écho
des combats libérateurs sur la détermination et le moral
des réseaux de résistance sur le continent? L'action
diplomatique, la réflexion et les projets du général
de Gaulle à Londres puis à Alger, fûrent ils influencés
par l'accueil triomphal qu'il reçut à Ajaccio le 8 octobre
1943? L'île a été libérée en 1943...
mais par qui et comment? Mystère.
Libération de la Corse: une répétition
générale?
Au vu de ce qu'ils lisent aujourd'hui dans les livres
d'histoire, les élèves ne peuvent pas réellement
comprendre les données de l'époque dans l'Europe occupée.
Dans tous les pays : le droit de vote, les partis politiques et les
syndicats étaient interdits à l'exception des mouvements
fascistes en Italie et nazis en Allemagne. Sont passés sous
silence : l'insurrection populaire d'Ajaccio ( avant tout débarquement!)
les combats des résistants corses ( 11000 hommes armés
aux côtés des troupes marocaines et françaises
libres) contre les unités d'élite de l'Africa Korps
( 34000 soldats allemands) .
Ces épisodes du conflit mondial , on peut parler d'épopée,
restent à ce jour ignorés de la plupart des gens. Ni
à l'école ni plus tard on ne leur a expliqué
que les résistants corses avaient eu de l'intuition et de l'audace
dans leurs luttes pour le retour des libertés démocratiques.
La connaissance de l'histoire de la Corse, de France et d'Europe en
est faussée.
Non pour les historiens et spécialistes mais pour les simples
citoyens qui, finalement gardent de la Corse une image floue et inexacte.
De quoi réflechir quand on sait que l'histoire officielle est
un vecteur qui peut réunir ou séparer les peuples, installer
la coopération ou la haine et promouvoir la cohésion
sociale ou son contraire.
Peut-on parler d'un modele corse ?
Pourtant un fragile espoir est là, grâce au CDRom sur
la LIBERATION DE LA CORSE , réalisé par l'équipe
de l'historienne HELENE CHAUBIN professeur honoraire. Après
dix années de recherches dans les archives militaires de la
2ème guerre mondiale menées en Corse, à Paris,
à Rome et à Londres, cette agrégée d'histoire
a publiée avec sept autres chercheurs de l'AERI ce premier
CDRom qui inaugure la collection "La résistance en régions"
diffusée par le Centre National de Documentation Pédagogique
( antenne CRDP à Ajaccio) .
La libération a-t-elle fonctionné comme un détonateur
et un exemple? En tant que correspondante de l' Institut d'Histoire
du Temps Présent du CNRS, HELENE CHAUBIN revient sur l'hypothèse
d'un "modéle corse: "Les dirigeants de la résistance
corse n'ont bien évidement pas programmé la libération
de l'île comme une répétition générale
mais ils avaient à l'esprit cette idée d'élan,
d'incitation. Pour démontrer que l'impossible est possible!
Les correspondances que j'ai en mains le prouvent, le Front National
de libération, a clairement vu la possibilité d'agir,
de créer un mouvement populaire en Corse pour faire bouger
les choses plus loin. Cela a été très audacieux.
La libération de la Corse a retentit dans le pays tout entier
comme une chose admirable". C'était aussi une façon
de contrer les "attentistes", les partisans d'un débarquement
venu de l'extérieur. Ce n'était pas seulement un élan
patriotique comme je vous le disais, c'est plus compliqué.
Il y avait un enjeu politique simple, ne parlons pas de révolution.
Les dirigeants de la Résistance avaient le projet de transformer
la société, de créer un monde nouveau, d'être
présent très tot dans les pouvoirs locaux pour y initier
des réformes.
Le peuple corse est une énigme
Ayant enseigné en Corse de 1953 à 1986,
HELENE CHAUBIN , membre du Comité d'Histoire du Ministère
de l'Education Nationale, s'est passionnée pour le peuple corse
: " Les beaux paysages on les trouve partout...mais le peuple
corse est unique. C'est un mélange de chaleur, de fierté
avec de la dignité et de courage. Et un esprit de décision
exceptionnel! Ce peuple de culture très ancienne, qui fait
preuve d'une continuité remarquable, possède un humour
extraordinaire". Mobilisée pour aider à une meilleure
connaissance du rôle de l'île dans la Deuxième
guerre mondiale , le travail d'HELENE CHAUBIN prend l'allure d'une
réhabilitation. Un terme pas si excessif quand on constate
l'image déplorable de la Corse dans la presse nationale. Il
faut rappeler deux constantes de la libération en Corse. Ici
des villages et des familles ont résistés en bloc, parfois
des "pièves" entières comme "La Castagniccia
ribella"ou le Sartenais avec Petreto-Bicchisano et ses 38 déportés
dont le normalien CHARLES BONAFEDI tué par des SS. Ensuite,
de nombreux corses ont participé et dirigés des maquis
en France continentale comme si le sentiment de la liberté
et le respect de chaque être humain était une composante
génétique de tout corse quelque soit son lieu de résidence.
TITUS BARTOLI instituteur à la retraite est le plus âgé
des FUSILLES DE CHATEAUBRIANT il y a aussi DANIELLE CASANOVA morte
en déportation à Auschwitz en 1943 , ANTOINE FRATUCCI
de Moltifao fusillé par les allemands en 1944, GABRIEL PERI
fusillé au MT VALERIEN en 1941 et tant d'autres...
Dans les questions d'actualité à l'Assemblée:
la Libération de la Corse
Ce CDRom de la collection l'HISTOIRE EN MEMOIRE"
va-t-il réellement aider à la compréhension du
processus ici de lutte contre le nazisme? Et de l'impact de la libération
anticipée de la Corse au sein d'une Europe encore sous la botte
nazie? Va-t-il permettre aux écoliers et lycéens de
France continentale de comprendre la dynamique de la reconstruction
de la France et la signification du mot "pacte républicain"?
Comme le dit ALBERT FERRACCI " Persister dans cette indifférence
à l'égard de l'histoire, c'est faire comme si la Corse
n'était pas la France!."
Le député communiste du Nord ALAIN BOCQUET a interpellé
( le 16 juillet 2003 à l'Assemblée) le Ministre de l'Education
Nationale sur la question de l'unité nationale : "sur
la revendication des anciens résistants relative à l'intégration
et à l'inscription dans les manuels scolaires, d'un fait trop
souvent méconnu et passé sous silence, de nature pourtant
à témoigner de la région et de la population
corse au sein de l'unité nationale.
En effet, dès le 9 septembre
1943, la Corse se libérait par ses propres moyens, avec
le concours des FFL, libération qui allait faciliter le débarquement
de Provence. Il serait donc juste que les ouvrages d'enseignements
portent témoignages des événements suivants Ajaccio
première ville de France libérée. "
Dans sa réponse, le ministre LUC FERRY salue le partenariat
entre l'AERI ( Association pour des Etudes sur la Résistance
Intérieure et le CNDP puis renvoie la balle dans le camp des
éditeurs...comme avant lui son prédécesseur JACK
LANG :" Les programmes d'histoire établissent un ensemble
de choix cohérents qui permettent aux élèves
d'accéder à une compréhension globale du monde.
(...) Ils permettent de présenter la libération de la
Corse et de l'inscrire dans la chronologie de la libération
du territoire national. (...) Les éditeurs des manuels scolaires
auront probablement à coeur de s'appuyer sur l'établissement
et la mise en lumière d'un corpus d'une grande richesse ( la
collection des CDRom La résistance en régions) pour
nourrir la rédaction des manuels scolaires.(...)
Le soixantième anniversaire de la Libération de la Corse,
s'accompagne aussi d'une redécouverte historiographique et
d'une production pédagogique sans précédent.
L'ensemble soit permettre au corps professoral, de donner aux événements,
dont les anciens combattants et résistants de Corse portent
la mémoire, toute la place qu'ils méritent. La compréhension
d'une telle période, par les jeunes générations,
constitue en effet un enjeu civique de la plus haute importance."
Malgré ces déclarations répétées
des pouvoirs publics : en 2003 rien n'a bougé dans les manuels
scolaires. Certes les professeurs pourront s'appuyer sur le CDRom
sur la libération de la Corse, mais auront-ils " à
coeur" de rappeler la chronologie exacte des faits de 1939 à
1943 en Corse" premier morceau de France libéré"
selon le général de Gaulle lors de son discours du 8
octobre 1943 à Ajaccio? Cet événement est-il
important ou s'agit-il d'un fait mineur dans l'histoire du conflit
mondial?
En fait il existe une continuité entre la Libération
de la Corse et d'autres moments de l'histoire de l'île.
De la Constitution de Paoli à la Libération
de la Corse
Au Siècle des Lumières toute l'Europe
commentait la Constitution de PASCAL PAOLI. Ce texte pionnier, écrit
en 1755 , constituait une étape importante dans la progression
de la pensée démocratique. A cette époque c'est
la Corse et les partisans de Paoli qui font le lien, et qui rendent
possible "ce régime idéal" hérité
de l'Antiquite mais considéré comme utopique.
La révolution américaine s'est directement inspirée
de la constitution corse de Pascal Paoli comme ensuite la Constituante.
"La diète générale du peuple corse, légitimemant
maître de lui-même...."
JEAN MARIE ARRIGHI remarque que ces mots proclamés en Corse
ont ensuite inspirés toutes les autres déclarations
des droits humains sur lesquels sont fondés les Etats modernes.
Ensuite cette participation de la Corse à l'enchaînement
des faits révolutionnaires fut occulté.
L'histoire se répète après l'insurrection d'octobre
1943 en Corse certains historiens ont des difficultés à
accepter ce fait. La Corse invente la libération et joue sa
partition à l'avant-garde active du mouvement dans une Europe
totalement occupée par les nazis. Avec en plus sur son propre
sol insulaire la présence de quatre-vingt milles soldats italiens
( en moyenne un homme adulte sur deux était un occupant). Une
péréquation appliquée à la population
française en donnerait quinze millions de soldats allemands
en France continentale en 1943!
Cette libération totalement inespérée fait l'effet
d'une bombe mais elle n'est ni souhaitée, ni programmée
par de Gaulle. Non plus que par Giraud, explique HELENE CHAUBIN "
Il n'a jamais eu pour objectif une quelconque insurrection en Corse.
Les armes ont été parachutées mais sans plan
du gouvernement provisoire d'Alger, sinon aider les armées
régulières quand elles arriveraient Le but de Giraud
était de créer un coup d'éclat et de positionner
la Corse du point de vue stratégique. Les historiens ont conscience
du rôle que jouent les citoyens. Nous savons que toutes les
situations sont mouvantes et que tout est ouvert en permanence alors
c'est certain l'île a ouvert les portes!". Le Front National
a déclenché l'insurrection et en moins de vingt jours,
l'affaire était bouclée avec un minimum de pertes humaines.
Un exploit quand on sait qu'au même moment, les unités
allemandes d'élites en fuite ont traversés l'île
du sud au nord.
Quelle en est la signification profonde de la Libération anticipée
de la Corse? Quelles ont été les répercussions
sur la façon dont l'Europe a retrouvé ses libertés
démocratiques? Peut-on parler de préjudice à
l'encontre de la Corse? Difficile d'épuiser le débat
mais il est certain que les dangers de la xénophobie, de l'intolérance
menaçant la cohésion sociale, les responsables des programmes
scolaires seraient bien inspirés de revoir leurs copies. L'historienne
irlandaise CARMEL GALLAGUER alerte en particulier les enseignants
" les manuels scolaires exercent une influence considérable
en diffusant une conception de l'histoire qui fait figure de connaissance
fiable, ayant acquis la qualité de propriété
publique".
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