«Je ne supporte plus la vérité, parce que je me suis habitué au
mensonge, à la manipulation, pire au non-dit...» Cette phrase tirée du
courrier des lecteurs illustre mieux qu'un long discours la profonde
nécessité d'en revenir à la sincérité, au courage et à la réflexion sans
arrière-pensée ni calcul. Nos compatriotes semblent avoir assez soupé
des politiques de gribouille ou d'accommodement qui, pour remporter les
élections, mettent le pays en difficulté au lieu de le mettre en
position de gagner. Nous sommes bien placés au journal «La Une», qui
avons toujours refusé l'alignement sur un camp ou sur un dogme, qui
avons toujours refusé de condamner un gouvernement avant de l'avoir vu à
l'œuvre ; nous sommes bien placés, donc, pour sentir et exprimer le
besoin réaliste de notre peuple pour un retour en grâce des valeurs
d'ambition, de prospérité, d'intégrité, d'autorité, et de renouveau...
L'appétit du pays est à cet égard énorme. Certains signes ne trompent
pas. Sans même revenir à la victoire à la dernière Coupe du Monde, et le
triomphe des drapeaux tricolores dans les rues qui s'en suivit,
surprenant bien des observateurs. Ni même sur la nostalgie jamais aussi
vivace pour un personnage aussi considérable que De Gaulle (le héros
politique français par excellence du XXe et peut-être aussi du XXIe).
Jusqu'à la réussite surprise de la liste Pasqua au nez et à la barbe des
apparatchiks du RPR. Les prémices d'un sursaut de l'idée patriotique
sont manifestes dans le pays qui, certes, prend goût à la liberté
individuelle et au vent du grand large, mais qui, dans le même mouvement
(instinct de survie ?), aspire aussi au plan collectif à se retrouver
dans un grand et bel élan pour renouer avec son avenir, tout en tenant
compte de ses valeurs et traditions... Lisez à ce sujet l'entretien que
nous publions dans le numéro 32, de notre ami Jacques Dauer. Il est
édifiant et va donner des sueurs froides à bien des bonnes consciences
qui, depuis bien des années, s'évertuent à vouloir étouffer dans l'œuf
l'esprit vital de notre pays. Un retour aux sources nécessaire et qui,
malgré des épisodes sans gloire de notre histoire récente, présente bien
des intérêts, y compris et surtout pour les générations montantes, à
commencer par celles venues de l'immigration récente. Oui, au plan de la
tolérance, de l'éducation, de la culture, des sciences, de la création
ou de l'art de vivre, notre nation peut s'appuyer sur son passé afin de
se tourner avec ouverture vers la modernité. Ceux qui prétendent le
contraire sont les vrais «archéosringards» du moment, et ils seront
vite balayés par le sens de l'histoire. Ne pas se fier aux apparences. «Les EtatsUnis produisent plus d'ennui par tête d'habitant que
n'importe quel pays du monde...» avait coutume de dire l'écrivain
américain Henry Miller, qui avait, il est vrai, fait le choix de vivre
dans l'hexagone. Comme on le comprend. Avant de recopier tête baissée le
modèle de consommation américaine, certains beaux esprits à la mode
devraient être un peu moins oublieux de tout ce que notre savoir vivre a
apporté à la civilisation du monde.
Nul doute que la diffusion ininterrompue, dans notre publication
originale, d'idées positives telles que l'intelligence, l'ouverture, le
courage, l'indépendance d'esprit, l'autonomie intellectuelle, le refus
de la haine, l'affirmation des traditions, le sens de l'histoire,
l'ouverture au monde et à la concurrence, bref la liberté de conscience
humaniste et raisonnée, et le respect de la personne face aux appareils
totalitaires puisse changer bien des choses. Certes nous ne sommes pas
les seuls, certes nous ne resterons pas seuls non plus ; mais qu'importe
puisque nous sommes en train d'ouvrir la voie : celle du renouveau des
idées. Et rien qu'en cela, c'est une petite révolution qui peut avoir
d'heureuses et grandes conséquences. Car c'est en se réconciliant
d'abord avec soi-même, et ensuite avec les autres, que notre pays pourra
enfin recommencer à redresser la tête, à s'aimer et à étonner le
monde... C'est tout notre combat. Il est très bien expliqué dans ce
numéro par Dominique Jamet. Celui-ci ne fait que commencer. Il est
ouvert à tous les hommes de bonne volonté, et Dieu sait s'ils sont
nombreux dans notre très beau pays. Merci de vos soutiens.
Robert LAFONT
Avec l'aimable autorisation de «La Une»
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