Jean-Michel Raffalli



 

La Corse :
Grain de beauté du monde
 !


 

Un paradis agité !

 

Quel beau Pays ! La nature y est belle et hospitalière, le climat serein et chaleureux, les gens qui y habitent sont particuliers et attachants. Et pourtant la pollution existe bel et bien ! Elle n’est pas de celle dont nous entendons parler couramment dans les grandes villes, de celle qui pourrit l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons et les fruits que nous mangeons, non elle est tout autre ! Il s’agit d’une contamination de l’esprit, d’une souillure de l’âme. On parle de famille lorsqu’il faudrait parler de clientélisme, on parle de fraternité lorsqu’il faudrait parler de favoritisme, on parle de politique lorsqu’on devrait parler de tromperie.

Dans mes souvenirs, les turbulences n’ont jamais fait de trêve. En fait, la confusion et le désordre font partie du vécu de cette île et de ses occupants. 260.000 âmes ! Comment ces quelques rejetons d’un Creuset pourtant porteur de tellement de qualités humaines, de chaleur et de fraternité, peuvent-ils faire preuve de tant de sottise et d’ingénuité. Ils répondent à une violence politique par une violence aveugle, incohérente et suicidaire. Prêts à tuer, prêts à meurtrir, prêts à mourir aussi sans doute, pour une cause et un combat qui deviennent – à chaque nouvelle explosion – plus difficile à comprendre.

 

Qui est responsable ?

 

Nous portons la plus grande part de la faute ! Nous, peuple corse, nous n’avons jamais vraiment cru en nos capacités créatrices, innovatrices et en nos possibilités de développement. Et lorsque nous avions quelques velléités soit nous n’étions pas à la hauteur de celles-ci, soient nous faisions preuve de trop d'appétence. Notre mère patrie à ouvert les robinets et a arrosé de primes, de subventions et autres contributions cette malheureuse île de beauté en panne de croissance. La conséquence de cette cascade de soutiens financiers – souvent inopportun et distribués inconsidérément – est la Corse que nous connaissons aujourd’hui et que nous nous apprêtons à léguer à nos enfants. Les résultats de ces erreurs passées et encore trop souvent présentes nous regardent en face et nous jugent.

Mais la faute n’est pas essentiellement de notre côté. Elle incombe aussi à ceux qui nous dirigent, à ceux qui sont élus et grassement payés pour trouver des solutions aux problèmes républicains. Cette république qui montre des signes de fatigue, de faiblesse, cette république qui ressemble tellement à une monarchie maquillée. Les nobles, les cours, les transmissions de pouvoirs et les justices plus ou moins justes selon les caractéristiques du jugé : relations, périmètre politique et financier et surtout capacité de nuisance. À tous les niveaux, nous retrouvons le modèle politique qui a fait que nos ancêtres ont renversé le pouvoir en place. Hier encore ce schéma était sournoisement dissimulé, aujourd’hui il est bien visible pour qui a les yeux ouverts.

Les signes avant-coureurs d’une révolution proche sont tous là, attendant qu’un Danton se manifeste. Mon grand-père disait souvent qu’il faudrait de temps en temps couper quelques têtes pour que tout aille mieux. Je crois que je commence à comprendre ce qu’il voulait dire. En Corse aujourd’hui – mais ne pourrait-on pas dire en France – plus aucune règle n’est respectée. De nouvelles lois sont crées au fur et à mesure que ceux-là mêmes qui les édictent ont besoin de désobéir aux précédentes.

Ce qui me fait peur c’est que je ne crois pas que les injustices, les méfaits, les crimes contre la société et cette violence politique – bien plus sournoise et plus lâche que l’autre – soient spécifiques à notre région. Cette île joue le rôle d’une caisse de résonance dont les médias nationaux jouent à merveille. Mais cette information est, elle aussi, très sélective, très subjective. Lorsque la grève d’une institution dite publique asphyxie les entreprises déjà si peu nombreuses et si peu rentables ; lorsque les mouvements sociaux secouent et isolent – avec certes une justification sans ambiguïté – encore un peu plus cette région de France ; lorsque nos élus laissent pourrir des situations que la mesure et le bon sens voudraient que l’on règle dans des délais encore plus réduits qu’ailleurs ; lorsque les salaires sont connus pour être parmi les plus bas de France et les prix parmi les plus hauts : Est-ce criminel que de demander un traitement juste et équitable ? Réclamer le droit à l’état qui nous fait sans doute encore plus défaut – dans certains cas – que l’état de droit ? Ne sommes-nous plus français dans ces cas là ? Ne sommes-nous français que pour payer nos impôts et pour participer aux constructions monumentales qui font l’honneur des seuls franciliens ? Tous ces musées, tous ces théâtres, tous ces spectacles qu’il nous faut construire, qu’il nous faut produire et que nous ne voyons jamais. La justice, la décence et le partage ne voudraient-ils pas  que de temps en temps le centre de la France soit un peu moins Parisien !

Messieurs les décideurs, messieurs les politiques, votre violence est certes moins visible, moins palpable, la chair s’en ressent moins, mais est-elle moins intolérable pour autant ? La seule différence entre cette violence dont vous êtes coupable et l’autre, c’est que vous avez institutionnalisé la première et condamné la seconde. Moi aujourd’hui, je les condamne toutes les deux de la même manière. Et je pense aussi que le véritable dialogue – indispensable à l’émergence d’une solution – ne peut s’engager tant que les violences continueront. Mais je suis également persuadé que toutes les violences sont condamnables, celle qui fait bruit et celle qui n’en fait pas ! 

 

Derrière le miroir se cache…

 

Les questions sont : peut-on aujourd’hui faire en sorte que la Corse bénéficie du traitement qui doit être le sien en tant que province française ? Peut-on espérer que ce traitement prenne en compte l’insularité dans toutes ses dimensions, tant sur le plan isolement que sur le plan caractéristique ethnique et moral ? Peut-on attendre de nos dirigeants insulaires qu’ils soient un relais efficace et représentatif – même si leur élection leur confère théoriquement cette représentativité – du peuple qui leur fait confiance ? Peut-on attendre de ces gouverneurs Nationaux que du haut de leurs méfaits tout aussi nationaux, ils nous regardent avec un peu moins de condescendance et qu’ils abandonnent comme le leur suggère la décence une injurieuse suffisance ? Peut-on enfin, espérer de nous-mêmes, une habileté à nous faire comprendre, un bon sens retrouvé dans le choix de nos élus, de nos porte-parole et dans notre manière de nous exprimer ? Il faut répondre OUI ! À chacune de ces questions avant de pouvoir espérer entrevoir la lumière salvatrice. Cette lumière qui fera que nos enfants n’auront connu que très superficiellement les ténèbres dans lesquelles nous nous trouvons aujourd’hui.

 

…peut-être les solutions !

 

Non, je n’ai pas de solution miracle ! En revanche, il y a une chose dont je suis certain, c’est que sur cette île vivent aussi des gens tranquilles, des amoureux de la terre et de la paix. Je suis persuadé qu’elle regorge de bonnes et de belles volontés prêtes encore à s’offrir mais plus à souffrir. Nous avons des moyens bien plus colorés et tout aussi résolus d’exprimer notre corsitude. Je souhaite que très rapidement nous entrevoyions les autres chemins, ceux de la sagesse, ceux qui véritablement font bouger les choses, ceux qui feront aimer la Corse. Faisons parler d’elle pour autre chose que toutes ces violences qui lui ressemblent si peu. Soyons digne de la réputation d’accueil, de bonté et de chaleur que nos ancêtres ont su édifier pour nous. Les solutions se révéleront au fur et à mesure que les esprits s’apaiseront et ce coin de paradis redeviendra la terre d’accueil, de repos et d’apaisement qu’il n’aurait jamais du cesser d’être.



 


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