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L'internet, c'est cela aussi

www.radiophare.net un maillon
Dans l'internet citoyen

locmaria 


" On réfléchissait au Radiophare depuis des mois. Un système en réseaux via l'internet, d'information mutuelle sur les risques littoraux. Le projet devait aboutir pour l'été. Le naufrage de l'Erika nous a contraint à sauter le pas plus tôt que prévu mais avait-on le choix ? "
Bref, dès le 13 décembre Olivier Zablocki depuis Saint Pierre en Ré et Henri Gueguen à Concarneau mettent en route le projet. Le premier est géographe, rompu à l'internet qui lui sert pour échanger des données avec des collègues. Le second est conseil régional vert, très vigilant sur les questions de marées noires et qui a signé récemment un livre sur l'Amoco Cadiz et l'histoire des collectivités bretonnes engagées dans un procès inédit qui pour la première fois vit la condamnation d'une compagnie pétrolière.
Radiophare.net au sud
(http://www.radiophare.net/erika/index.html) et Concar.net au nord, (http://www.concar.net/erika/liens.shtml) à chacun des bouts du secteur littoral touché par le fuel de l'Erika ; rapidement épaulés par le Rézo Alizé d'un atelier montpelliérain de géographes, puis d'une petite société informatique de Tours, Artcique.com, qui propose un système de vigie littorale. Bientôt, une trentaine de sites web gravitent dans la synergie du Radiophare. Un vrai système de poupées  russes où il n'est pas facile de se repérer d'un premier coup d'œil.
"

Je passe beaucoup de temps avec des gens qui sont déconcertés lorsqu'ils découvrent le site parce qu'il ne ressemble à rien de ce qu'ils ont l'habitude de croiser sur le web. On se veut bien sûr grand public, mais ce n'est pas un site d'information comme on en trouve habituellement. Le Radiophare est d'abord un outil de travail pour des gens qui échangent de l'information sur l'internet
" précise très vite Olivier Zablocki.

Cartographies d'un naufrage

fuelerika 


L'ergonomie un peu déroutante du site rappelle sûrement un peu la précipitation dans laquelle tout cela s'est déclenché. La forme actuelle du radiophare n'est qu'un pis aller. L'un des ateliers mis en place dès la mi-décembre réfléchit d'ailleurs au site futur du Radiophare.
Mais cette faiblesse dans la forme ne doit pas dissuader de rentrer un peu plus avant dans le fond du propos. Car l'expérimentation qui y est proposée est une application pleine d'avenir.
On ne peut qu'être étonné de la vitalité qui entoure cet authentique réseau, de la rapidité avec laquelle il s'est constitué, et la richesse de son contenu, cinq semaines seulement après sa mise en œuvre. Le travail de collecte d'informations qui est fait là n'est en fait qu'un prémisse, une bibliothèque, une mémoire qui s'enrichit au jour le jour. Le véritable travail de compréhension de l'impact de cette marée noire sur les côtes interviendra plus tard, dans l'étude croisée de ces données.
Sûrement parce que c'est un collectif de géographes qui constitue l'épine dorsale de cette entreprise, le travail de cartographie fait l'objet d'un suivi précis. Cartographie des zones touchées, commune par commune, cartographie de la nappe d'après les données fournies par Météo-France.
Ce travail s'accompagne d'un système d'audition publique qui recherche l'efficacité au détriment du débat spectacle. Une forme que la télévision nous a fait oublier. " 
Tout le monde peut venir proposer des contributions sachant qu'il y a une règle impérative. L'exposé doit nous être adressé au préalable au secrétariat de Radiophare et la présentation en publique est limitée à trois minutes. C'est là aussi un travail de collecte " résume Olivier Zablocki.
Ces auditions publiques permettent aux populations concernées d'être en prise avec le travail qui se fait. La forme très encadrée des ces auditions laisse la possibilité d'engager des débats avec le public présent. Ce n'est pas l'essentiel , parce que chacun à la possibilité, à titre individuel ou dans un cadre associatif (associations de l'île de Ré par exemple, mais aussi du marais poitevin ou la ligue de protection des oiseaux), de contribuer au travail du Radiophare. Au final, tout est fait pour encourager les uns et les autres, à avoir une démarche active dont l'internet est l'un des supports mais pas le seul.

Mettre en alerte

A commencer par le travail de repérage de l'avancée de la marée noire, qui a reposé sur les observations faites à terre lors de l'arrivée des nappes. Commune par commune depuis Brest jusqu'à l'estuaire de la Gironde (et même pour les communes de l'intérieur de l'estuaire comme Mescher), chaque témoin de l'arrivée d'une nappe peut faire part de ses observations et décrire la situation. C'est le système de vigie qui a permis une cartographie précise de la marée noire et permet d'appréhender en temps réel l'évolution sur le terrain, dans une situation de transparence totale.

rodel-erika 

Bien sûr on va trouver des forums dans ce réseau, avec des contributions qui reflètent un certain état de l'opinion (ne serait ce que parce que les internautes représentent encore des catégories socio professionnelles singulières, où la ménagère de moins de 50 ans est nettement sous représentée pour dire les choses telles qu'elle sont). Mais ce sont des propos qui parfois peuvent mettre en alerte. Comme ce message qui signale que la composition exacte du fuel de l'Erika pose peut-être problème.
L'institut français du pétrole n'a toujours pas fait de communiqué la dessus et le rapport des prélèvements de la DDASS de Loire Atlantique est bloqué sur le bureau du préfet depuis vendredi (14 janvier).
Cet intervenant dans le forum fait référence à une source au sein de Total pour qui "
les pires nouvelles restaient à venir, surtout en ce qui concernait la composition du produit et les effets de celle ci sur l'environnement".
Sur le site du CEDRE
(http://www.ifremer.fr/accidents/erika/que_sait_on.html), on peut se faire une première idée de cette composition (comparé au fuel du Tanio) qui se singularise par une présence significative (8%) d'asphaltènes. Est-ce qu'il s'agit là de cette famille cousine des dérivés des benzènes dont fait état ce correspondant ?
Le propos est brut de décoffrage et doit être apprécié avec cette réserve. Info ou intox : l'avenir dira si la piste est sérieuse.

Cellule Civile d'Information

Enfin pour se faire une bonne idée des ambitions du Radiophare, il faut aller faire un tour à la CCI.
La cellule civile d'information est le point d'entrée sur la liste de discussion Erika (pour participer ou simplement s'informer des actions entreprises) et surtout vers la douzaine d'ateliers, pour échanger de l'aide ou des informations sur des sujets très divers. Comme l'atelier Radiolab, qui s'attache aux questions techniques dans le souci de sortir du confinement des seuls experts, le GeoRezo (spécialisé dans le traitement de l'information géographique) ; Juris Line pour tout ce qui concerne les aspects juridiques de la marée noire ou Media Log, pour échanger avec les médias. Il ne fait pas oublier un atelier TotalBoycott qui porte bien son nom (le thème du boycott fait beaucoup d'émules et on y trouve une grande diversité d'opinions, souvent contradictoires.
A vous de retrouver les images contre publicitaires et détournées, soumises par un infographiste : je n'ai pas indexé le lien et j'ai été incapable par la suite de retrouver le bon chemin dans le fouillis de ce système en poupées russes).
Ou encore cet atelier Article21 chargé de répondre à la demande grandissante du milieu scolaire ou de l'enseignement supérieur pour participer aux travaux du Radiophare. Mais il reste vide pour l'instant.

A voir et à surfer

Sur ce thème de l'Erika, il y a aujourd'hui une offre pléthorique de sites. Il paraît d'ailleurs que les noms de domaine portant la mention "marée noire" ont été très demandés au cours des semaines passées. A signaler par exemple
: le très militant site  http://www.maree-noire.org. Ou bien http://www.mareenoire.org et http://www.mareenoire.com.
Total est aussi présent sur l'internet et son site donne l'éclairage de la compagnie sur le naufrage de l'Erika. http://www.total.com/fr/erika/000105.html. Total Fina s'accroche à l'idée que la compagnie n'est pas responsable et le rapport de la commission d'enquête va lui causer de sérieux soucis. Pour ceux qui veulent en lire l'intégralité : http://www.equipement.gouv.fr, sur le site du ministère de l'Equipement.
Consulter aussi le serveur de l'Ifremer dont dépend le laboratoire du CEDRE, telle la page suivante :
http://www.ifremer.fr/cedre/accidents/erika/reponses_questions.htm. On y trouve aussi une page de liens assez complète avec notamment le récit du naufrage telle que la marine nationale en a été témoin.
De toute façon, il y a déjà plusieurs dizaines de liens en rapport avec le naufrage de l'Erika. Pour apporter une certaine note de fraîcheur dans ce torrent d'info, noir et nauséabond, allez donc jeter un oeil sur ces dessins d'enfants d'une classe de primaire à Belle Ile :
http://belle-ile-en-mer.org/Maree/locmaria.htm. Et lisez leurs témoignages, comme celui de la petite Laura, 10 ans : "Je suis allée enlever le mazout qu'il y a sur les plages. A mon avis, cette marée noire, je m'en souviendrai longtemps à cause de cette odeur, des oiseaux mazoutés et de la "merde" qui recouvrait les plages."

Rainban

Article de:
Jean-Luc Fontaine  

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