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"On commence à vieillir quand on
finit d'apprendre."
[ Proverbe japonais ]
"Bien informés, les hommes sont des
citoyens mal informés ils deviennent des
sujets."
[ Alfred Sauvy ]
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Je répondrais que c'est un besoin. Quand je dis un besoin,
je ne prétends pas dire que « L'Oeuf » le comblera
tout entier, (ni même qu'il sera à la hauteur de la
tâche qu'au départ il s'est donnée, à
savoir d'être le porte parole, l'organe, par lequel un tas
de questions auxquelles la jeunesse en général se
trouve étroitement liée, seront posées noir
sur blanc avec la réponse que suppose toute question), en
tout cas cela est son ambition. La réponse que nous donnerons
à ces questions ne sera pas une réponse fantaisiste,
une réponse de journaliste amoureux du mythe de la «
Nouvelle Vague » ? comme si les jeunes avaient fait et étaient
responsables de ce qu'on appelle avec une naïveté convaincue
: la Nouvelle Vague, encore un mythe qui avec celui du « blouson
noir » ou « doré » chéri par les
journalistes, empêche la plus grande partie d'entre nous,
pour ne pas dire la majorité, de discuter tout bonnement
de ce qui nous intéresse au premier chef ? mais une réponse
autorisée, simple et vraie : la nôtre.
Nous sommes il est vrai dans un siècle et dans un milieu
où seul le sensationnel a la faveur des foules. Pour vendre
à un million d'exemplaires, il faut titrer à la «
une » avec force photos : « Voici l'homme qui fait souffrir
B.B. ». Et alors les petits crétins, ceux qui lisent
toutes ces cochonneries imprimées, s'imaginent participer
au monde et « être dans le coup ». Pauvres niais
! Il est vrai qu'ils font partie de cette race supérieure
d'individus qui vous lâchent le, se croyant sans doute intelligents
: « Moi, la politique, ça m'intéresse pas, je
m'en fous ! » C'est à dire, traduit en clair : «
Moi, mes affaires, je m'en moque !». Si, demain, il y a une
guerre, ils ne sauront pas pourquoi ils vont crever, mais le derrière
de Brigitte Bardot, ils pourront vous le dessiner les yeux fermés
1 Alors, bien sûr, lorsqu'on n'a pas à parier de Brigitte
Bardot ? au demeurant fort belle, là n'est pas la question
? de scandales de toutes sortes, de politique en général,
parce que nous ne sommes pas un journal d'information proprement
dit et que nous n'avons pas la compétence, on se sent devant
quatre pages à remplir, bien inquiet, et « tout petit
garçon ». Heureusement que nous serons très
nombreux à participer à ce journal. En effet, «
L'OEÙF » a été créé pour
être la voix des quatre à cinq mille lycéens,
lycéennes, normaliens, normaliennes, collégiens, collégiennes,
écoliers « de tous âges et de toutes conditions
», dirait Henri TISOT, de la ville, et des jeunes en général.
Nous disons bien, la leur, dans la mesure où ils le voudront,
et non pas celle de quelques-uns. Bien sûr, il les faut ces
quelques-uns, pour que, matériellement, le journal existe
; mais ce ne sont pas eux seulement (ils sont cinq garçons
et deux filles) qui le rempliront, mais vous aussi : vous, c'est
à dire, vous qui lisez ce premier numéro. Comment
? Il y aura dans « L'Oeuf » des rubriques qui pour exister
tout bonnement, auront besoin de tout le monde. Il y a, en effet,
une place réservée aux petites annonces pour ceux
qui voudraient vendre, acheter ou échanger n'importe quoi.
Il y a également une rubrique qui devrait être délicieuse
: « Le Courrier du Cœur », une place réservée
aux interviews du tel ou du tel, et souvent des enquêtes sur
un tas de problèmes modestes et surtout locaux. Tous les
quinze jours, le meilleur élève du mois (une fois
chez les garçons, une fois chez les filles) sera l'objet
d'un article, il sera caricaturé et interviewé bon
gré mai gré. Il y aura une boite aux lettres pour
les internes des deux Lycées, afin qu'ils puissent s'exprimer
sur leurs problèmes, tout autant que les externes et les
autres. Le journal publiera, tous les trimestres, s'il parvient
à durer, son budget. Ceux qui voudront écrire dans
le journal n'auront qu'à envoyer leur papier à l'adresse
du journal publié avec la signature de son auteur. Le lettres
non signées qui nous parviendront, seront publiées
ou non : le journal en décidera, car il en aura alors la
responsabilité et les endossera. Donc, pour participer à
« L'Oeuf », aucune difficulté : écrire
à «l'Oeuf».
Bien sûr, en ce qui concerne le Courrier du Cœur, il n'est
besoin d'aucune signature, si ce n'est un pseudonyme quelconque
qui permettre de s'y retrouver.
Je veux insister, tant pis si je me répète, sur ce
point capital : c'est dans la mesure où tout le monde, c'est
à dire tous ceux qui le voudront, participera à ce
journal, y mettra opportunément son « grain de sel
», que ce journal aura un « sens », qu'il pourra
nous intéresser tous.
Bien sûr, nous savons que nous ne ferons jamais l'unanimité,
car c'est impossible ; mais aucun de nous n'étant un spécialiste
du calambour, ni un Fernand Raynaud de la plume, nous ne voyons
pas comment nous pourrions intéresser durant quatre pages
avec nos fadaises personnelles, si ce n'est justement en permettant
à ceux qui ont quelque chose à dire de le dire et
en donnant la possibilité à tous d'écrire.
« L'Oeuf » doit être, avant tout, une oeuvre collective
: c'est justement en cela qu'il remplira le besoin dont je parlais
au début.
Il y avait, évidemment, dans la page régionale de
nos grands journaux, et en particulier dans Le Provençal,
certains articles qui nous étaient plus ou moins consacrés.
Je pense notamment au « 6 à 8 » de Monsieur Pascal
BONTEMPI, qui, s'il manifestait parfois un certain intérêt
à nos problèmes, demeurait, par sa brièveté,
par son style, ses thèmes, par le caractère propre
de son auteur, un prétexte à boutades, la chronique
personnelle d'un Monsieur qui donnait son avis et se livrait souvent
à de hâtives et pompeuses généralisations
sur la jeunesse.
Il est très difficile d'être brillant à d'être
vrai en même temps dans un article, à moins d'avoir
beaucoup de talent. M. BONTEMPI a souvent préféré
être brillant. Que ceux qui n'aiment pas M. BONTEMPI, pour
diverses raisons, ne fassent pas cependant des « gorges chaudes
», car si nous sommes amenés à parler de lui
ici c'est parce que qu'au moins il a fait quelque chose dans le
sens qui nous intéressait ; nous ne pouvons évidemment
pas critiquer ceux qui n'ont rien fait, étant bien entendu
que celui qui ne fait rien ne se trompe pas.
D'autre part, nous savons qu'un journal de jeunes et de moins jeunes,
n'est pas une idée bien nouvelle, puisque avant « l’œuf
» parurent « les pieds dans le plat » qu'avant
« L'Oeuf » parurent « Les pieds dans le plat et
« Les Enfants terribles ». A propos d'eux, nous voudrions
dire tout de suite que nous ne leur ressemblons pas. Qu'ais-je dit
cette phrase : je vois déjà une grosse déception
sur la figure de « nos enfants terribles ». Qu'ils se
rassurent cependant : ce n'est pas parce que nous me nous cantonnerons
pas systématiquement dans la moquerie et l'insulte à
l'égard de ceux dont par la force des choses nous dépendons,
que nous serons, pour autant, et des peureux, et des emmerdeurs,
et des fils à papa.
« Allons ! La route est belle, le chemin est difficile, mais
la partie est digne de nous », dirait l'autre.
Vive « l’Oeuf » Vive Ajaccio ! Vive la République
!
Nous avons voulu rendre hommage à nos aînés du
Lycée FESCH (Ajaccio), comment ne pas voir dans cet Edito daté
de 1962 une actualité toujours présente...
Oui les besoins et les envies de la jeunesse sont les mêmes,
le malheur est que ceux qui vieillissent oublient qu'ils ont été
jeunes... Le JSC se rapelle ainsi à leur bon souvenir... JP |