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Lettre ouverte à mes jeunes compatriotes
Chers amis,
La société corse est entrée dans une période de détente et de rapide mutation suite aux initiatives prises par Lionel Jospin d’ouvrir le
dialogue de Matignon.
Vous constaterez d’abord que c’est à la suite d’une initiative politique que l’amélioration s’est produite, montrant bien que,
contrairement à ce que certains prétendent, la politique continue à tenir un rôle majeur dans la vie quotidienne de chacun d’entre nous.
Cette heureuse initiative pourrait aboutir à doter la Corse d’un statut nouveau donnant d’avantage de pouvoir aux élus et permettant des
simplifications administratives.
Mais quelque soient les changements politiques, rien d’utile ne pourra être fait pour l’île si nous ne changeons pas notre propre
engagement dans la cité.
Il faut savoir que le temps où les hommes politiques pouvaient distribuer subventions et emplois est dépassé. Vous entendrez encore
certains autour de vous prétendre bénéficier ou connaître des gens qui bénéficient encore de ces avantages. Sachez qu’ils sont et
seront de moins en moins nombreux et qu’ils auront disparu, mis à part les recrutements normaux de la fonction publique, lorsque
vous serez vous-mêmes en âge de travailler.
Les raisons de cette disparition annoncée tiennent d’une part à l’évolution des sociétés modernes : on crée de moins en moins
d’emplois publics, car on fait d’avantage confiance que dans le passé au rôle du talent et de la compétence de chacun pour créer des
richesses.
Elles tiennent aussi à des raisons spécifiques à la Corse où beaucoup d’emplois publics ont été crée au point de mettre à mal les
finances des collectivités locales qui doivent aussi pouvoir investir pour réaliser des équipements : routes, écoles, hôpitaux.
Elles tiennent enfin à la volonté d’une majorité de corses qui ont pris conscience que cette situation de dépendance à l’égard de crédits
publics, qui viennent pour l’essentiel de France, conduit à cultiver des comportements d’assisté incompatibles avec la nécessité de
développer l’île et l’exercice d’ une certaine souveraineté.
Ainsi, vous arriverez à l’âge de travailler à un moment plus difficile que vos parents, car il vous faudra trouver un emploi dans la
nouvelle économie privée de l’île et peut-être, pour certains d’entre vous, créer leur propre entreprise.
Vous ne serez plus alors considérés comme des personnes assistées que l’on relègue à la seconde place et à qui on demande
seulement de voter en contrepartie d’ un emploi ou d’ un avantage, mais vous assumerez pleinement votre rôle de citoyen informé des
décisions qui le concernent et choisissant librement et en connaissance de cause.
N’oublions jamais que l’autonomie politique dont on parle tant en ce moment repose d’abord sur l’autonomie des individus qui
composent la société.
Ainsi donc la période qui s’ouvre pourrait être riche de possibilités nouvelles où des libertés nouvelles accompagneront des
responsabilités nouvelles. Je vous souhaite et je souhaite pour toute le Corse que vous en soyez bientôt des acteurs majeurs.
Charles NAPOLEON,
mars 2000.
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