Si le naufrage de l'ERIKA s'était produit en Méditerranée, mer fermée, sans marées…,
nous aurions connu un véritable désastre au niveau écologique et touristique,
une mort qui aurait durée des décennies.
Que sont les matières dangereuses ?
Le MONTE ROTONDO est le seul cargo qui transporte des matières dangereuses sur la Corse. Il en a le droit du fait qu'il accueille moins de douze passagers. Les autres cargos mixtes ne peuvent pas transporter de matières dangereuses car ils prennent des passagers. En ce qui concerne les " matières dangereuses ", une réglementation existe déjà. Tous les produits dangereux sont répertoriés dans le monde entier : bombes, produits chimiques, gaz …
Il existe des " classes " selon le danger.
En fait, la pétition concerne les matières polluantes, principalement les hydrocarbures, les produits chimiques et gaz.
Que dit la réglementation actuelle ?
On peut traverser un Détroit international, c'est la loi et les Bouches de Bonifacio sont considérées comme Détroit international.
Mais il existe un flou et une interrogation sur cette définition, contestée par de nombreuses personnes.
Toute modification de la réglementation doit recevoir l'aval de l'O.M.I. (Organisation Maritime Internationale) qui ne souhaite pas qu'on interdise la circulation dans les Bouches, même si elle est d'accord pour qu'on la règlemente, craignant que cela ne crée un précédent pour les détroits, tels les détroits Turcs (les Dardanelles, le Bosphore) et Indonésiens (de Malacca, de la Sonde) où passent tous les bateaux du monde entier.
Les Bouches de Bonifacio, quant à elles, ne sont pas un passage obligé, d'autres routes existent. Le détroit turque a connu, après l'Erika, une marée noire, dans la mer de Marmara.
Aujourd'hui, tuer un environnement peut être considéré comme " un crime contre l'humanité ". Est-ce que l'O.M.I. est prête à assumer ses responsabilités en cas de marée noire ?
Un accord a été conclu entre l'Italie et la France interdisant aux navires, sous leur pavillon, transportant des hydrocarbures, de franchir les Bouches de Bonifacio. Grâce à cet accord, depuis 1993, le trafic de matières dangereuses a diminué de 75 %.
Mais cela n'est pas suffisant puisqu'il suffit de naviguer avec un autre pavillon, de complaisance pour passer. Le ERIKA devait suivre cette route …
Aussi, beaucoup ne veulent pas renoncer, même s'il est difficile d'interdire le passage des bateaux dans des eaux internationales. En effet, la France et l'Italie ont fait ce qu'elles pouvaient mais ne peuvent pas décider toutes seules, il y a des conventions internationales, on est obligé de les respecter.
Depuis deux ans, conformément aux prescriptions de l'O.M.I., un arrêté du Préfet Maritime recommande une route pour le transit. Un balisage va être mis en place. Il s'agit d'un rail de séparation du trafic pour prévenir les risques de collision, qui définit deux sens Est-Ouest et Ouest-Est. Certes, ce rail apporte une sécurité supplémentaire mais pas de solution à un risque de marée noire. D'autre part, cette zone est sous la surveillance du sémaphore de Pertusato qui peut éventuellement guider les bateaux.
Quels sont les chiffres de trafic ?
Pour 1999, 4.074 bateaux transportant un total de 498.501 tonnes de produits polluants (hydrocarbures, produits chimiques, gaz) sont passés par les Bouches de Bonifacio, la très grande majorité d'entre eux provenant d'Italie à destination de Porto Torres.
Quelles mesures prendre avant qu'une catastrophe ne se produise ?
- Sachant qu'un cargo navigue, pour ses besoins propres, avec environ 600 à 1000 tonnes d'hydrocarbures, il est clair que cela ferait déjà des dégâts considérables en cas de naufrage. Cette éventualité est à prendre en considération très sérieusement.
- Une idée est celle du pilote que l'on ferait monter à bord.
- Un effort considérable doit être également fait au niveau de la chasse aux bateaux pourris, tel l'ERIKA dont tout le monde connaissait l'état de délabrement, SHELL et BP n'en avait d'ailleurs pas voulu,
TOTAL a passé outre.
Des sociétés telle le R.I.N.A. (le " Bureau Véritas " italien) sont mandatées par des Etats pour contrôler les bateaux de A à Z, mais l'honnêteté fait parfois place au pot-de-vin.
Quand ce type de navire arrive dans un port, il ne faut plus qu'il reparte et, aujourd'hui, avec l'I.S.M. (International Safety Management), on a les moyens de bloquer n'importe quel bateau qui ne répond pas aux normes de sécurité.
- Enfin, l'idée majeure reste d'interdire carrément le passage à tout navire transportant des matières polluantes. Ils n'ont qu'à faire le tour. Un problème a été soulevé : aucun contrôle de cargaison n'est effectué à bord des bateaux, c'est sur la parole du Capitaine, sa parole est contractuelle.
Que se passe-t-il en cas de naufrage ? :
Cependant, il faut souligner de nouveau que tout navire demeure dangereux, du fait qu'il transporte son fuel dans ses soutes pour ses besoins propres. Un naufrage même d'un navire classique présente de gros dangers. Aussi, quoi qu'il en soit, il est nécessaire qu'une équipe soit prête à prendre les choses en main en cas de problème, et que l'on dispose d'un gros remorqueur sur la zone.
Pourrait-on, par exemple, conclure un accord entre la France et l'Italie pour se payer un remorqueur d'intervention ?
Il y a une base militaire, la Maddalena : ont-ils un remorqueur ?
Pourraient-ils apporter une aide ? Peut-on s'associer à eux ?
Est-ce que la Marine Nationale a une équipe de sécurité à hélitreuiller tout de suite en cas de problème : par exemple si le Commandant est malade… ?
En cas de mauvais temps, un bateau de la Marine Nationale, le MEROU, est mis à disposition, à Bonifacio, afin de remorquer éventuellement un navire en difficulté. Est-il suffisant ?
L'idée d'un pilote hauturier pour les Bouches de Bonifacio est-elle la solution ?
Pour en revenir au cas spécifique des Bouches de Bonifacio, faire un pilotage à cet endroit, comme en Manche où un pilote est obligatoire (mais uniquement pour le trafic anti-collision), fera rire les Commandants de bateaux pour qui ce passage est le B.A.-BA de la navigation, sans parler de l'aide du satellite qui donne les positionnements précis.
Néanmoins, s'il y avait eu un pilote pour le MONTE STELLO, le navire ne se serait peut-être pas échoué sur les rochers en Sardaigne.
Ce naufrage ne se serait peut-être pas produit.
L'expérience du Commandant et la surveillance du sémaphore de Pertusato n'ont pas suffit pour empêcher ce naufrage car, parfois, l'homme est le jouet d'un concours de circonstances.
Il semble que ce " pilotage " présente diverses difficultés a priori :
Comment, par exemple, embarquer un pilote ?
Par hélicoptère comme au Havre ?
Quel serait alors le tarif ?
On ne peut pas comparer les moyens d'un port tel le Havre. Et s'il fait mauvais temps, on ne pourrait pas embarquer ce pilote alors que ce serait justement là qu'il le faudrait.
D'autre part, si un bateau est en avarie et dérive sur les côtes, un pilote ne serait plus d'aucune utilité :
il faudrait alors des remorqueurs très puissants pour le détourner des côtes. Et il est presque insensé de laisser à disposition douze mois sur douze un remorqueur monstrueux. On peut souligner que dès l'instant qu'un bateau s'approche des côtes, il y a un risque, risque d'avarie et qu'un vent le pousse vers les rochers.
Ainsi, l'interdiction pure et simple de passage à tout navire transportant des produits polluants semble à nouveau la meilleure solution, mais elle s'oppose pour l'instant à la législation.
Dossier réalisé par Stella
[Signez ici la pétition en ligne]
[Intervenez vous aussi] [Le
sommaire] [Imprimez la PETITION]
[Blocage des Bouches de BONIFACIO]