Hommage à Nicolas LECA 1908 2002

ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLEVES DE L'ÉCOLE NATIONALE
DE LA FRANCE D'OUTRE-MER

       
" Nous devons apprendre a vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. "

[ Martin Luther King ]



Nicolas LECA est né le 29 mars 1908 à Montélimar, ou son père, d'une vieille famille Corse, était en service dans l'Administration pénitentiaire.
Il est reçu en 1929 au concours de notre Ecole. Il en sort en 1933, breveté, ayant obtenu le diplôme de l'Ecole des Langues Orientales.
Après son service militaire, il débute au Niger comme Elève Administrateur en 1934 et, à part deux séjours en France et un au Tchad, il devait y effectuer toute sa carrière jusqu'à sa retraite en 1974. Il débute à la section du Personnel qui a été jusqu'à l'indépendance, rattachée au Cabinet du Gouverneur. Il passe en 1935 au bureau des Affaires Politiques puis devient adjoint au Commandant de cercle de Niamey ? Enfin fin 1935 et pendant l'année 1936 il obtient un poste en brousse : Chef de la Subdivision de Say.
En 1937 de retour au Niger, il est adjoint au bureau des Affaires Economiques puis Chef de Bureau des Affaires Politiques en 1937 et 1938.
Adjoint au Commandant de Cercle de Tillabéry en 1938-1939, il est mobilisé en 1939-1940 au Régiment des Tirailleurs Sénégalais de Zinder. Il racontait volontiers qu'avec quelques camarades sans grande activité il y était employé à refaire à la main les imprimés des états qui n'arrivaient plus de France, en les recopiant à la plume et qu'il ne manquait pas d'y ajouter en bas la mention d'origine « Imprimerie Charles Lavauzelle ».
Libéré en 1940, il devient jusquà 1941 , commandant de Cercle de Tillabéry (par intérim)
Re mobilisé, on le retrouve en 1944 en France au Ministère de la France d'Outre Mer sous Chef au bureau du personnel et de la comptabilité.
De 1946 à 1948 il devient professeur d'Histoire Indigène de l'Afrique Noire avec les énormes promotions de l'après guerre qui assurèrent sa popularité parmi les anciens élèves. En plus de ses activités d'enseignement il est délégué à Paris du Haut Commissaire de l'AOF en 1947 et 1948.
Il revient enfin au Niger en 1949 comme Secrétaire général par intérim. N'étant pas titularisé à ce poste, il part pour le Tchad comme Chef de Région du Moyen Chari à Fort Archambault en 1949-1951.
Retour en France pour un long congé suivi d'un an de convalescence en 1951 1953. Il est temporairement affecté au Cabinet du Ministre de la FOM puis à la Direction des Affaires Economiques à Paris de 1954 à 1958.
Il revient enfin au Niger en 1959 au Cabinet du Président du gouvernement puis Président de la République Hamani Diori. Collaborateur apprécié et ami il devait y rester jusqu'à sa retraite en 1974.
Il se retire à Paris et en Corse à Calcatoggio. C'est à Paris qu'il devait mourir le 28 décembre 2002.
Officier de la Légion d'Honneur, Nicolas LECA avait publié en 1935 une étude restée très connue sur « Les pêcheurs de GUET-N'DAR ».
Il a laissé parmi les nombreux camarades qui l'ont connu à l'Ecole et au Niger le souvenir d'un « Grand Ancien » amical et sensible à leurs difficultés.
Jacques SERRE Promo 1946

Nicolas LECA, un des doyens d'âge de notre Association, nous a quittés peu après noël.
Il était originaire du même village corse que ma mère, et quand j'étais en famille en vacances à Calcatoggio on parlait souvent de l'Administrateur LECA. Il n'était jamais là, mais cet éloignement l'auréolait de prestige, et peut?être cette aura a t-elle été pour quelque chose dans ma propre vocation à partir Outre Mer. Je ne saurais retracer une carrière que j'ignore, sachant seulement qu'il avait terminé comme Directeur de Cabinet d'Hamani Diori, Président de la République du Niger, pour qui il avait du respect, et dont l'éviction l'avait marqué.
Après sa retraite les liens s'étaient renoués avec ma famille. Il était à peu près de l'âge de mes parents qui eux aussi avaient connu l'Afrique ? J'ai pu alors apprécier ce vieil homme sportif et rapide, frugal et débordant de vie, qui fascinait très vite par l'acuité de son intelligence et la chaleur de son verbe. De ses études aux « langues 0 » il avait conservé le goût de la linguistique, et il jonglait brillamment avec les racines corses et arabo-berbères. Les civilisations islamiques du Maghreb et de l'Afrique sahélienne n'avaient pas de secret pour lui et il ne détestait pas psalmodier le Coran, avec l'évident espoir de choquer un peu. A la fin de sa vie il s'était rapproché du monde autonomiste corse, puis s'en était éloigné, déçu par les dérives violentes et groupusculaires de certains de ses membres. La vie ne l'avait pas épargné, il avait perdu prématurément deux de ses filles, et il terminait sa vie solitaire, dans le petit ermitage qu'il s'était ménagé.
Il pratiquait alors à merveille l'art si méditerranéen de la conversation, où ses talents de vieux conteur s'épanouissaient. Mais il avait résisté à la tentation de « faire de la politique », ce qui ne lui interdisait pas d'apprécier les situations et les hommes avec une ironie dévastatrice qui ne lui faisait pas que des amis. Adieu, NICOLAS...
On ne t'entendra plus raconter qu'en qualité de Chevalier de l'Ordre de Malte tu avais le droit d'entrer dans les Eglises à cheval, exploit que seule l'inaccessibilité de celle du village, perché en haut d'escaliers inabordables aux montures, lui interdisait de réaliser. On ne te verra plus avec effroi, ces dernières années encore, surgir des virages de nos vicinales à la vitesse d'un cavalier touareg bien lancé.
Ton long parcours dans le siècle a été comme une promenade dans I'histoire de la colonisation, Il est dommage que tu n'aies laissé aucune trace écrite de ton oeuvre. Et comme pour les vieux sages auxquels tu étais parvenu à te comparer, ta disparition est bel et bien celle de labibliothèque d'histoire de langues de religion et de civilisation du Sahel africain que ton immense érudition, ton savoir et ton expérience avaient rassemblée au long des années.
P. VILLIEN Magistrat Promo 1957


                                                                       Le Conseil d'Administration renouvelle aux familles éprouvées l'assurance de ses biens sincères...

Info du JSC: A lire de Nicolas LECA "Les pecheurs de Guet N'Dar" [The fishermen of Guet N’Dar]. Avec une note sur les Wolof, leur parler, les langages secrets, par Henri Labouret [With a note on the Wolof, their speech and secret languagesg by Henri Labouret]. Paris, Librairie Larose, 1935. 4, 111 p. illus., maps. lhttp://www.lib.mankato.msus.edu/lib/files/ms.html


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