BAGDAD Texte d'avril 1789

Quelques citations de l'auteur :

Le meilleur moyen de tenir sa parole est de ne jamais la donner...

L'homme n'a pas d'amis, c'est son bonheur qui en a.

La diplomatie est la police en grand costume.

Il n'y a que deux puissances au monde, le sabre et l'esprit : à la longue, le sabre est toujours vaincu par l'esprit.

Dans l'an 160 de l'hégire, Mahadi régnait à Bagdad ; ce prince, grand, généreux, éclairé, magnanime, voyait prospérer l'Empire arabe dans le sein de la paix. Craint et respecté de ses voisins, il s'occupait à faire fleurir les sciences et en accélérait les progrès lorsque la tranquillité fut troublée par Hakem, qui, du fond du Korassan, commençait à se faire des sectateurs dans toutes les parties de l'Empire.
Hakem, d'une haute stature, d'une éloquence mâle et emportée, se disait l'Envoyé de Dieu; il prêchait une morale pure qui plaisait à la multitude : l'égalité des rangs, des fortunes était le texte ordinaire de ses sermons. Le peuple se rangeant sous ses enseignes, Hakem eut une armée.
Le Calife et les grands sentirent la d'étouffer dans sa naissance une insurrection si dangereuse, mais leurs troupes furent fois battues et Hakem acquérait tous une nouvelle prépondérance.
Cependant, une maladie cruelle, suite des fatigues de la guerre, vint défigurer le visage du prophète. Ce ne fut plus le plus beau des Arabes ; ces traits nobles et fiers, ces yeux grands et pleins de feu étaient défigurés Hakem devint aveugle. Ce changement eût pu ralentir l'enthousiasme de ses partisans : Il imagina de porter un masque d'argent.
Il parut au milieu de ses sectateurs. Hakem n'avait rien perdu de son éloquence. Son discours avait la même force. Il leur parla et les convainquit qu'il ne portait le masque que pour empêcher les hommes d'être éblouis par la lumière qui sortait de sa figure.
Il espérait plus que jamais dans le délire des peuples qu'il avait exaltés, lorsque la perte d'une bataille vint ruiner ses affaires, diminuer ses partisans et affaiblir leur croyance. Il est assiégé, la garnison est peu nombreuse. Hakem, il faut périr ou tes ennemis vont s'emparer de ta personne ! Il assemble ses sectateurs et leur dit : " Fidèles, vous que Dieu et Mahomet ont choisis pour restaurer l'Empire et regrader notre nation, pourquoi le nombre de nos ennemis vous décourage-t-il? Écoutez : La nuit dernière, comme vous étiez tous plongés dans le sommeil, je me suis prosterné et ai dit à Dieu : « Mon père, tu m'as protégé pendant « tant d'années. Moi ou les miens t'aurions? nous offensé puisque tu nous abandonnes? »
Un moment après j'ai entendu une voix qui me disait : « Hakem! ceux seuls qui ne t'ont pas abandonné sont tes vrais amis et seuls sont élus. Ils partageront avec toi les richesses de tes superbes ennemis. Attends la nouvelle lune, fais creuser de larges fossés et tes ennemis viendront s'y précipiter comme des mouches étourdies par la fumée. »
Les fossés sont bientôt creusés, l’on en remplit un de chaux. L'on pose des cuves pleines de vins spiritueux sur le bord.
Tout cela fait, l'on sert un repas en commun, l'on boit du même vin et tous meurent avec les mêmes symptômes.
Hakem traîne leurs corps dans la chaux qui les consume, met le feu aux liqueurs et s'y précipite. Le lendemain, les troupes du Calife veulent avancer, mais s'arrêtent en voyant les portes ouvertes. L'on entre avec précaution et l'on ne trouve qu'une femme, maîtresse d'Hakem, qui lui a survécu.
Telle fut la fin d'Hakem surnommé Burkaï que ses sectateurs croient avoir été enlevé au ciel avec les siens.
Cet exemple est incroyable. jusqu'où peut porter la fureur de l'illustration?


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