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"doublevédoublevéculture.France" à Hourtin Par Martin Jouanneau |
Dimanche soir Les quatre fleurs de lys du drapeau québécois
flottent au vent humide, à la porte du bar "les moussaillons"
de l’université d’été de la communication d’Hourtin.
Les maudits Français font patienter la délégation
de l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ).
Le légendaire sens de l’organisation à la française
fournit rapidement aux participants un sac plein de formulaires
publicitaires, mais tarde à livrer les clefs des "chalets". Lundi matin Levée aux aurores, elle entame une série de débats. Se jouant encore une fois de l'organisation "à la française qui n'a pas su lui indiquer correctement le lieu de débat", les Québécois, Français et Africains qui composent la délégation de l'OFQJ squattent le restaurant. Simplement, librement, ils évoquent le thème de la création artistique sur Internet. Face à la difficulté de l'écriture multimédia, surtout dans l'utilisation du "média riche", Guillaume Aniorté, de l'agence Inpix Média, regrette que le Web se borne à répliquer des modèles connus. Ainsi, il explique l'échec des Web TV. "Sans doute le public n'est pas capable de recevoir son média dans un format différent de celui auquel il est habitué." Le débat vire à la comparaison entre
télé et Net : "Internet ne peut pas être
uniquement un système de diffusion... Standardisée
et passive, la télévision s'oppose à Internet".
Pourtant, confiant dans l'avenir, certains vont même jusqu'à
espérer que "la télé soit, un jour, influencée
par le réseau". On constate alors que, des deux côtés
de l'Atlantique, l'Etat joue sur la même ambivalence. Selon
Pierre-Emmanuel Moyse, avocat au barreau de Montréal, "l'Etat
est plus un empêcheur qu'un moteur de création au niveau
légal". Le même souligne pourtant que "l'Etat
doit assurer un soutien financier à la vie artistique d'un
pays, garante de la diversité culturelle". "Les
modèles d'affaires" qui fonctionnent dans le domaine
des arts ne sont pas légions. Moustapha Mbengue, documentaliste à Dakar et Webmestre de l'union pour l'étude de la population Africaine, rappelle la délégation à la réalité des pays sous développés. "La possibilité, apportée par Internet, de multiplier les contacts, de s'ouvrir sur le monde est une révolution pour les artistes des pays qui souffraient d'un monopole d'Etat sur les médias conventionnels... Même si l'accès au réseau reste un problème." Après avoir évoqué l'état des technologies, le rôle des ingénieurs et le travail d'équipe dans la création artistique numérique, Gilles Monnier, graphiste à Angoulême présente brièvement d'intéressants travaux de fin d'études sous forme de vidéos interactives. Fictions pures ou présentations multimédia d'œuvres de musée, son travail illustre bien les nombreuses possibilités d'un artiste qui touche à l'électronique. On se quitte en se donnant rendez-vous pour recevoir le ministre de la Culture sur le stand de l'OFQJ, prévu à 11h30.
"On n'a pas coupé le bandeau" souffle le ministre de la Culture et de la communication, Jean-Jacques Aillagon, à sa suite. C'est chose faite quelques minutes plus tard. Le Ministre arrive au terme d'un marathon dans le sable mouillé du village des exposants d'Hourtin. Il a manifesté un grand intérêt à tout ce qui touche à l'Education. Ce n'est pas son portefeuille mais l'on sent bien qu'il n'aurait pas craché dessus. Il n'a malheureusement pas eu le temps de passer voir les Québécois. "Promis, il reviendra après la conférence" S'attachant au thème de la semaine : "les futurs", le maire d'Hourtin, premier à prendre la parole évoque Johannesburg et le futur de la planète. Revenant à sa réalité, il dénonce les autoroutes de l'information qui ne viennent pas jusqu'à sa commune rurale, les crédits qui ne suivent pas la décentralisation. Tout y passe : l'entretien des plages, la gestion de la forêt, les routes ravagées par la tempête. Le ministre est officiellement interpellé. L'assemblée applaudit en riant, Jean-Jacques Aillagon déboutonne sa veste jaune. Pour sa dernière conférence inaugurale, Marcel Desvergne, instigateur et héros de l'ombre des Universités d'été de la communication, explique le thème "Futurs", choisi pour 2002. Il demande au Ministre de bien vouloir soumettre à l'assemblée ses grands projets pour mettre en place une société de l'information en France. Alain Rousset, président du conseil régional d'Aquitaine, n'oublie pas ses problèmes de clocher. "Il faudrait 200 millions d'EUR pour les réseaux d'Aquitaine ". Aussi suggère-t-il de renforcer la notion de service public de France Télécom, notamment en ce qui concerne l'infrastructure de transfert de données. Le ministre parlera beaucoup de service public, mais pour la télévision. D'Internet, il évoque le site du ministère "doublevédoublevéculture.France", transformé en portail grâce au concours "d'une agence Web". L'annonce fracassante arrive : "l'ensemble des musées nationaux sera doté d'un site Web dynamique d'ici la fin 2003". Rien de neuf pour la fracture numérique, thème survolé, mais le ministre s'attarde sur la "numérisation du Patrimoine", sa priorité. Ce travail de fourmis est selon lui nécessaire "pour favoriser l'accès à une culture plus vaste pour le plus grand nombre". On est loin des échanges fructueux sur la
création numérique de la délégation
du Québec. Dans le village, le Ministre n'aura d'ailleurs
pu rencontrer que les deux permanents du "Kiosque" (stand)
du Québec, avec trois heures de retard sur l'horaire. Peu
sensibles aux longues palabres, les autres étaient repartis
sous la pluie débattre de diversité culturelle.
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : François Vadrot Pourquoi ai-je aimé ce texte... ? Lisez
notre prochaine "une" mon commentaire et mon analyse de
québécois sur le traitement des NTIC en pays de Gaule...
Bravo en tout cas à M. Jouanneau, et merci à François
Vadrot pour son autorisation de diffusion ! |